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« Il n’y aura pas d’excuses », Galthié met en jeu tout son mandat face aux Boks

France - Afrique du Sud : « Il n’y aura pas d’excuses », Fabien Galthié met en jeu tout son mandat contre les Boks

rugbyLe sélectionneur, qui a pour l’instant tout réussi depuis son arrivée à la tête des Bleus, est confronté dimanche à un match qui peut bousculer tout ce qu’il a accompli
Nicolas Camus (avec W.P.)

Nicolas Camus (avec W.P.)

L'essentiel

  • Le XV de France affronte l’Afrique du Sud, tenante du titre, dimanche en quart de finale de la Coupe du monde.
  • Un sommet « à la vie à la mort » empli d’incertitude, dont l’issue pourrait assombrir tout ce qu’a accompli Fabien Galthié à la tête des Bleus depuis sa prise de fonction en 2019.
  • Car s’arrêter dès les quarts de finale, même au terme d’un match enlevé perdu d’un point à la 79e minute et après quatre années ponctuées de grandes réussites, « serait un échec cuisant », rappelle l’ancien sélectionneur Pierre Berbizier.

Depuis son arrivée à la tête des Bleus, Fabien Galthié fait ce qu’il peut pour le cacher, mais rien n’y fait. Même en observant le personnage d’un peu loin, on ne voit que ça : ça cogite fort, et tout le temps, derrière ces grosses lunettes noires. Le sélectionneur est d’un naturel cérébral, il en donne parfois un aperçu lorsqu’il se laisse entraîner en conférence de presse dans une explication aussi intéressante qu’alambiquée sur un enchaînement en sortie de ruck, la longueur idéale d’un coup de pied face à tel adversaire ou l’utilisation de la data pour établir un référentiel sur le vécu international de son équipe. Le Lotois est ainsi, c’est pour ça qu’on l’aime ou qu’on le retrouve « lourdingue », selon le mot d’un ancien sélectionneur rapporté par les confrères de L’Equipe.

Tournant

Cela fait bientôt quatre ans, maintenant, que les fulgurances de Galthié accompagnent ceux qui s’intéressent au rugby. Plus de 30 ans, en vrai, si l’on prend en compte son passé de joueur, d’entraîneur puis de consultant sur France TV, où il avait déjà le verbe haut et les idées bien arrêtées. Mais quatre années, donc, dans cette fonction suprême dont il rêvait depuis longtemps et qui lui avait échappé à trois reprises, celle de grand patron du XV de France. Un quadriennat qui arrive à un tournant, dimanche, avec ce quart de finale de Coupe du monde contre l’Afrique du Sud.

De l’avis général, le mandat de Galthié est une franche réussite. Comment affirmer l’inverse ? Les années Saint-André, Novès puis Brunel avaient laissé les Bleus dans un état de délabrement avancé. L’ancien de demi de mêlée a remis tout ça d’équerre, grâce à une ligne directrice savamment élaborée et au talent d’une génération hors-norme. Il a également bénéficié de moyens financiers et humains colossaux, octroyés par le président d’alors Bernard Laporte, pour préparer ce Mondial à la maison. Bilan, 31 victoires en 39 matchs jusqu’au match d’ouverture, le premier grand chelem dans le Tournoi depuis 2010, des succès éblouissants contre la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, et un trauma à vie infligé aux Anglais à Twickenham.

Seulement voilà, à la faveur d’un tirage au sort effectué sous Mathusalem, la France, malgré sa première place de poule arrachée de haute lutte aux All Blacks, doit se cogner l’Afrique du Sud dès les quarts. La seule nation au monde (avec l’Irlande, qui était de toute façon dans le même groupe que les Boks) contre qui ces Bleus, aussi impressionnants soient-ils, ne partent pas favoris. C’est du 50-50, une rencontre qui va se jouer à la pièce mais qui va remettre en perspective, qu’on le veuille ou non, tout ce qu’a réalisé Fabien Galthié à la tête de cette équipe.

« Une défaite serait un échec cuisant »

« Il n’y aura pas d’excuses, vu les moyens, la préparation et la qualité de cet effectif, énonce l’ancien sélectionneur Pierre Berbizier. L’équipe de France a su créer un engouement, elle nous a embarqués dans ce rêve-là, maintenant elle est obligée d’aller au bout sinon la déception sera à la hauteur de l’espoir qu’elle a fait naître, forcément. »

La rançon de la gloire, si on veut, et paradoxalement le grand drame de Galthié. Car si jamais ça devait s’arrêter dimanche, même au terme d’un match enlevé perdu d’un point à la 79e minute, ce qui serait loin d'être une infamie, la lecture brute des événements serait celle-ci : la France ne ferait pas mieux qu’en 2015 et 2019. Cruel pour le sélectionneur, ramené au même niveau que l’humiliation du siècle contre les Blacks (62-13) et cette élimination petit bras (ou trop haut, concernant Vahaamahina) face aux Gallois (20-19). « Une défaite serait un échec cuisant », rappelle Berbizier.

« Mais où est-ce que j'ai bien pu foutre ces lunettes ? »
« Mais où est-ce que j'ai bien pu foutre ces lunettes ? » - David Gibson/Fotosport/Shutterst/SIPA

Fabien Galthié le sait bien. Peut-être pour ça, aussi, qu’il se renferme peu à peu depuis le début de la Coupe du monde, qu’il n’entre plus autant dans le détail au moment de parler du jeu et qu’il semble parfois agacé plus que de raison par une question ou un ballon qui tombe à l’entraînement. Evidemment, ses proches se chargent de déminer. « Il n’est pas plus inquiet ou stressé que d’habitude », confie l’un d’eux dans L’Equipe paru jeudi. La veille, William Servat se lançait dans une réponse tarabiscotée au moment d’évoquer l’état d’esprit du patron à l’entame de cette phase finale :

« Fabien est comme tout le monde dans le staff, il a grandement évolué depuis le début du mandat. Aujourd’hui, on a cet événement incroyable qui approche et que l’on soit entraîneur ou joueur, on a passé des saisons entières à se préparer pour vivre ça. Fabien a participé à cinq Coupes du monde, il a une forte expérience. La phase finale apporte une dose d’énergie en plus, mais il y a beaucoup de calme et de stabilité pour préparer ce match. » »

Si ça peut le rassurer, en tout cas, le président de la Fédération Florian Grill ne fait pas d’une victoire finale un préalable à toute discussion pour la suite. « Il ne m’appartient pas de donner un objectif sportif. Le staff et les joueurs sont assez grands, ils ont leur objectif bien en tête, ce n’est pas la peine que je rajoute quelque chose », nous disait-il à l’entame de la compétition. Sa marge de manœuvre est de toute façon réduite, avec la prolongation du contrat du sélectionneur jusqu’à la Coupe du monde 2027, décidée par son prédécesseur et actée en début d’année.

NOTRE DOSSIER XV DE FRANCE

La plus grande incertitude, finalement, serait la manière dont l'intéressé vivrait une élimination si ça devait arriver. Car victoire ou non dimanche, Fabien Galthié semble avoir gagné le droit d’honorer cette prolongation. On n'efface pas non plus comme ça quatre années de progrès, sans compter que dans le fond, une Coupe du monde de rugby n'est qu'une construction des instances imposée au pied de biche : gagner le tournoi des VI Nations, dans son adversité actuelle, n'a pas moins de valeur, et il commence dans trois mois à peine.

« Ça fait déjà quatre ans, Fabien a été renouvelé. Ce n’est pas à nous, à l’extérieur, de juger, estime Pierre Berbizier. Chacun assumera ses responsabilités. » Ancien demi de mêlée lui aussi, finaliste de la première Coupe du monde en 1987 avant de vivre depuis le banc la frustrante défaite en demi-finale huit ans plus tard, « Berbize » veut simplement croire qu’on n’aura pas à mener ce débat. « Pour y avoir joué, pour l’avoir entraînée, pour être passé très près… je n’attends que ça, que cette équipe soit championne du monde. C’est la bonne occasion. »