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Peut-on croire en un « arbitrage maison » pour ce France - Afrique du Sud ?

France - Afrique du Sud : Peut-on croire en un « arbitrage maison » pour ce quart de finale ?

RugbyLe Néo-Zélandais Ben O’Keeffe sera l’arbitre de ce match décisif de la Coupe du monde de rugby, dimanche soir au Stade de France
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Pays hôte de la Coupe du monde, la France défiera les tenants du titre sud-africains dimanche (21 heures) à Saint-Denis.
  • Le jeune mais expérimenté Néo-Zélandais Ben O’Keeffe (34 ans) a été choisi par World Rugby pour diriger cette rencontre.
  • Malgré des précédents, qui ont parfois tourné en défaveur des Bleus, il semble difficile d’espérer ou de craindre (rayer la mention inutile) un arbitrage maison.

Jusqu’à dimanche soir, 21 heures, Ben O’Keeffe a tout pour plaire au Français moyen. Parfait bilingue, l’arbitre du quart de finale de Coupe du monde entre la bande à « Toto » Dupont et l’Afrique du Sud était déjà au sifflet quand les Bleus sont allés corriger l’Angleterre à Twickenham (10-53), lors du dernier Tournoi des VI Nations.

Sourire avenant, physique à intégrer le MCU pour un énième Avengers, l’ophtalmo néo-zélandais a par ailleurs co-fondé Odocs Eye Care, entreprise destinée à rendre les soins oculaires plus accessibles à l’échelle mondiale. En résumé, vu de Toulouse, Brest ou Nouméa : O’Keeffe affiche le profil d’un candidat à la canonisation plutôt que celui d’un futur ennemi public numéro 1, comme le Gallois Derek Bevan ou le Sud-Africain Craig Joubert en leur temps.

Petite plongée dans le passé pour les plus jeunes : le premier avait dirigé la demi-finale de la Coupe du monde 1995 en Afrique du Sud, remportée (19-15) par les Springboks face aux Bleus d’Abdel Benazzi, qui s’était vu refuser un essai dans les dernières minutes pour une raison aussi obscure que l’origine de la langue basque. Bevan y gagnera une montre en or lors du banquet d’après-finale, et le cinéma le très oubliable Invictus de Clint Eastwood.

Joël Dumé et le « zéro erreur »

Quant à Joubert, il avait affiché une touchante bienveillance lors des ultimes instants de la finale 2011, devant les ballons pourris plus ou moins légalement par les All Blacks de Richie McCaw vainqueurs de la France (8-7) dans leur jardin de l’Eden Park d’Auckland.

Interrogé à l’époque par 20 Minutes, Joël Dumé, alors directeur technique national de l’arbitrage français, avait toutefois évoqué « un arbitrage cohérent ». « On ne l’a pas entendu beaucoup siffler parce qu’il ne voulait pas décider du score par ses coups de sifflet, avait complété l’ancien sifflet international aux trois Coupes du monde (1995, 1999 et 2003) au sujet de Joubert. Il a arbitré sans siffler. Seules les fautes claires et évidentes l’ont été à partir du score 8-7. »

Douze ans plus tard, Joël Dumé reste sur la même longueur d’onde au sujet de la pression qui pèsera sur les robustes épaules de Ben O’Keeffe, dimanche au Stade de France : « Il s’agit d’essayer, encore plus que d’habitude, de faire zéro erreur, en tout en cas de ne pas faire une erreur qui aurait une influence sur le score, que j’imagine serré, détaille l’actuel consultant arbitrage de Rugby Europe. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’aide, vidéo notamment, et on peut parler d’un vrai arbitrage à trois, avec des arbitres assistants très au point. Tout est réuni pour le zéro erreur. »

Quel arbitrage dans le « money time » ?

On n’est pas près de revivre le scénario du fameux France - All Blacks de 2007 (20-18), lorsque l’Anglais Wayne Barnes avait validé un essai de la nation hôte du Mondial (même si ce quart de finale se jouait à Cardiff…) malgré un énorme en avant en amont de l’action conclue par Yannick Jauzion.

On insiste tout de même, auprès de notre spécialiste. On évoque le fameux « money time », avec la fatigue et la part d’irrationnel qui peut entourer ces moments…

« Pendant 70 minutes, on doit siffler ce qui est clair et évident et dans les 10 dernières minutes, ce qui est encore plus clair et évident, ce qui ne prête pas à contestation. C’est difficile, mais c’est la force des grands arbitres, des arbitres expérimentés. Ils savent gérer ces derniers moments. Car on se souvient toujours de ce qui s’est passé dans les 10 dernières minutes. » »

A en croire le Girondin de 63 ans — et en exagérant un peu — il faudra vraiment un plongeon grossier dans le camp adverse ou un plaquage à la glotte pour voir O’Keefe sévir dans les ultimes instants. D’accord. Mais imaginons 80.000 Tricolores, moins quelques centaines de Sud’Af, qui s’égosillent derrière leurs favoris menés d’un point dimanche à l’approche de la sirène, en pilonnant encore et toujours la ligne adverse. Le directeur de jeu kiwi n’aura-t-il pas la tentation de lever le bras vers le camp français au moindre pet de travers d’un quelconque Bok ?

Joël Dumé donne des conseils sur l'arbitrage au paquet d'avants du XV de France avant un test-match contre l'Afrique du Sud, le 6 novembre 2001.
Joël Dumé donne des conseils sur l'arbitrage au paquet d'avants du XV de France avant un test-match contre l'Afrique du Sud, le 6 novembre 2001. - Olivier Morin

« L’influence du public ? Je ne suis pas inquiet là-dessus, réplique Dumé. On ne parle pas de débutants, mais d’arbitres expérimentés. Les quatre hommes choisis pour les quarts de finale [O’Keeffe, Mathieu Raynal, Jaco Peyper et Wayne Barnes] affichent chacun 50 ou 60 matchs internationaux en moyenne. »

En outre, le Français pointe « un arbitrage du jeu au sol très cohérent depuis le début de la compétition ». Or, il s’agit vraiment du triangle des Bermudes du rugby, où la différence entre un « contest » valide et irrégulier peut varier au gré des consignes de World Rugby et de la personnalité de l’homme en noir. « Ce qu’on siffle pour les uns, on le siffle pour les autres, nuance Dumé. Si on n’a pas sifflé une action à la 1re minute, on ne va pas la siffler à la dernière. »

Quand on parle pression avec Joël Dumé, on s’adresse à un spécialiste qui, au cours de sa longue carrière, a notamment officié à la touche lors de la fameuse finale Afrique du Sud – Nouvelle-Zélande 1995. A côté, le France – Springboks de dimanche, « simple » quart de finale, c’est un Playmobil dans un évier, pour reprendre Bernard Frédéric dans le film Podium. Même si comme toujours avant ce type de match, l’encadrement du camp visiteur, craintif par rapport à une éventuelle préférence nationale, fait passer des messages plus ou moins discrets.

L’intox d’Erasmus

Rassie Erasmus, directeur du rugby après avoir été le sélectionneur des Boks champions du monde 2019, a ainsi lâché mardi en conférence de presse : « ce que les Français font de bien, c’est que quand il y a une situation de plaquage haut, ils le montrent à l’arbitre. Je pense qu’ils simulent parfois, ce qui est intelligent. » En novembre dernier, Erasmus avait déjà partagé sur Twitter plusieurs vidéos pour contester des décisions arbitrales lors des test-matchs perdus contre l'Irlande (19-16) et la France (30-26).

« Certes, il y a l’expérience des réseaux sociaux, qui n’existaient pas avant et amplifient les choses, reconnaît Joël Dumé. Mais les quatre arbitres choisis ont assez d’expérience pour se concentrer sur leur match et ne pas écouter ou lire ce qui se dit par ailleurs. »

Ben O'Keeffe a arbitré le XV de France lors de cette Coupe du monde 2023, contre l'Uruguay le 14 septembre à Lille.
Ben O'Keeffe a arbitré le XV de France lors de cette Coupe du monde 2023, contre l'Uruguay le 14 septembre à Lille. - LoIc Baratoux/ Label Image

En outre, O’Keeffe connaît déjà les péchés mignons de chaque équipe, qu’il a dirigée une fois chacune en poules : la France lors de la purge face à l’Uruguay (27-12) et l’Afrique du Sud au cours de la somptueuse défaite contre l’Irlande (8-13).

Au total, le Néo-Zélandais a officié lors de 10 rencontres des Bleus, pour un bilan équilibré jusqu’à dimanche (cinq succès – cinq défaites), dont un test largement perdu (37-15) face aux Boks à Durban en juin 2017 qui semble sorti d’un autre siècle, avec Scott Spedding, Kevin Gourdon et Yoann Maestri titulaires. Damian Penaud avait inscrit un essai pour sa première sélection. Au Stade de France, le futur ailier de l’UBB pourrait marquer son 36e en Bleu, son septième dans ce Mondial. Mais il ne faudra visiblement pas compter sur Ben O’Keeffe pour l’y aider.