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Le « feu follet » des Bleus Damian Penaud proche des records les plus fous

France-Italie : Le « feu follet » des Bleus Damian Penaud proche des records les plus fous, tout en « détachement »

RUGBYAuteur de deux nouveaux essais vendredi contre l’Italie (60-7) après une masterclass de dynamiteur, le nouvel ailier de l’UBB se rapproche des huit essais inscrits sur une édition de la Coupe du monde de rugby, comme Lomu, Habana et Savea
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Parmi les acteurs majeurs du récital du XV de France, vendredi contre l’Italie (60-7), on peut difficilement passer à côté de l’ailier Damian Penaud.
  • L’incroyable dynamiteur des Bleus a signé un doublé à Lyon, ce qui porte son total d’essais inscrits à six, soit seulement deux de moins que les records mythiques de Jonah Lomu, Bryan Habana et Julian Savea sur une seule édition de la Coupe du monde de rugby.
  • Plus surprenant encore, l’ancien Clermontois nous a régalés vendredi en glissant au pied un ballon décisif sur l’essai de Louis Bielle-Biarrey.

Au Parc OL,

On pensait Thomas Ramos du genre coéquipier modèle. Mais en fait non : les 58.102 spectateurs du festival du XV de France contre l’Italie (60-7) ont tous vibré sur la sublime et inattendue ouverture au pied de Damian Penaud pour envoyer Louis Bielle-Biarrey à l’essai (14e). Mais pas l’arrière toulousain, qui reconnaissait vendredi soir n’avoir « aucun souvenir de ce coup de pied » du nouvel ailier de l’Union Bordeaux-Bègles.

Il faut dire que le joueur de 27 ans multiplie tellement les coups d’éclat depuis le début de la Coupe du monde de rugby (et même avant) qu’il n’est pas évident de tout garder en tête. Si World Rugby a choisi Grégory Alldritt comme homme du match vendredi, le dynamiteur de cet éclatant succès synonyme de quart de finale le 15 octobre (sans doute contre l’Afrique du Sud) se nommait incontestablement Damian Penaud. Illustration avec quelques extraits de sa monstrueuse première mi-temps.

  • 2e : Hyper opportuniste, il se fait oublier le long de l’aile gauche avant de conclure vite et bien un impeccable mouvement collectif français, via un ultime service de Thomas Ramos (5-0).
  • 11e : Connexion en touche parfaite entre Mauvaka et Woki, et l’ancien Clermontois hérite d’un ballon a priori anodin, après un relais de Lucu et Jalibert. Mais celui-ci se jette plein axe pour transpercer avec une aisance folle (et des cannes de feu) la défense italienne. Bilan des victimes : un joueur mystifié par son crochet et deux plaquages cassés dans la foulée. Toute la France se lève de sa chaise, mais son petit coup de pied en direction de Louis Bielle-Biarrey est aussi bien pensé que mal réalisé.
  • 13e : Damian Penaud va-t-il gamberger après cette conclusion cata au pied ? Pas vraiment, il délivre un amour de passe au pied au-dessus de la défense italienne dont bénéficie donc Louis Bielle-Biarrey (n’en déplaise à Thomas Ramos, 15-0).
  • 37e : Il se fait complètement oublier, cette fois sur l’aile droite, et trace pleine balle lorsque Matthieu Jalibert le trouve au prix d’une merveille de coup de pied lobé. Et hop, un doublé qui le rapproche des sommets du rugby (29-0).

Blanco, Lomu, Habana et Savea dans le viseur (rien que ça)

Car accrochez-vous, ces deux nouveaux essais de Damian Penaud le rendent crédible pour égaler/battre des records mythiques : il devance à présent Vincent Clerc au nombre d’essais inscrits avec les Bleus (35 contre 34) et il n’en compte plus que trois de retard sur le légendaire Serge Blanco. De même, avec déjà six essais sur ce Mondial, il n’est plus qu’à deux longueurs du cercle très fermé des rugbymen ayant claqué huit essais sur une seule édition de Coupe du monde. A savoir Jonah Lomu (1999), Bryan Habana (2007) et Julian Savea (2015). Pas trop dégueu ce casting, non ?

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Il faut croire que ses partenaires ont en tête cette possibilité de voir l’ailier des Bleus marquer l’histoire. Le prometteur Louis Bielle-Biarrey (20 ans) aurait ainsi pu l’avoir mauvaise de se voir chiper la balle d’essai transmise par Thomas Ramos vendredi (2e). « Non, ça va, il faut qu’il aille chercher le record, donc je lui laisse sans problème », glisse son nouveau coéquipier à l’UBB. Bonne ambi chez les Bleus.

30 essais sur ses 31 derniers matchs avec le XV de France !

Damian Penaud, c’est 35 essais en 47 sélections, dont 30 essais sur les 31 derniers matchs avec le XV de France, plus 14 essais rien que sur l’année civile 2023, what else ? De quoi avoir la tête qui tourne dans tous les sens et une popularité/médiatisation en passe de rattraper celle d’Antoine Dupont ? Pas vraiment, car l’intéressé se protège à ce propos, au point de ne s’être encore jamais présenté face à la presse après un match depuis le début du Mondial. Il s’est contenté vendredi soir d’une apparition pendant le Mag de la Coupe du monde de rugby sur TF1, dans laquelle il a montré son ton décalé et son autodérision au sujet de ses inattendus coups de patte du soir (pas pour lui-même comme il nous a tant habitués).

« Le problème, c’est que j’ai pris une brasse dans la semaine parce qu’à la fin des entraînements, je mettais directement mes claquettes et j’allais dans le car, sourit Damian Penaud. Lolo [Laurent Labit] est venu me voir pour me dire qu’il fallait que je bosse mon jeu au pied. Je pense qu’il a raison car le premier a fini en touche… » Mais au fait, ces perspectives de prestigieux records à battre ne risquent-elles pas d’obséder l’ancien Clermontois ? « Il ne nous parle pas de ce record d’essais en Coupe du monde, confie Yoram Moefana, lui aussi auteur d’un doublé en fin de match vendredi, C’est nous qui le chambrons parfois avec ça. Lui, il est tranquille, c’est Damian quoi. » Thomas Ramos nous en dit davantage à ce propos.

« Damian ne se prend pas la tête avec toutes ces histoires de records. Sa tranquillité vis-à-vis de tout ça est sa force. De même, parler aux médias, ce n’est pas un exercice qu’il apprécie forcément. Après un match, il aime bien tracer et être tranquille. En restant dans sa bulle, il marque encore deux essais ce soir. Après, même s’il est toujours très détaché, il faut se rendre compte à quel point ce qu’il est en train de faire est quand même immense. » »

Et hop, trois essais de plus, le 15 octobre contre l'Afrique du Sud, et le costume de roi mondial des essais ira à merveille à Damian Penaud.
Et hop, trois essais de plus, le 15 octobre contre l'Afrique du Sud, et le costume de roi mondial des essais ira à merveille à Damian Penaud. - Paul Thomas//SIPA

« Il nous régale, il vous régale, c’est du Damian ! »

Et comment… Le pire, c’est que le loustic est bien plus qu’une infernale machine à scorer. Contre l’Italie, il est ainsi le premier joueur à la distance parcourue avec ballons portés, avec 112 m au total, à égalité avec Matthieu Jalibert, et loin devant Grégory Alldritt (3e du classement avec 84 m). Ajoutez à cela un jeu au pied plein de promesses, à l’image donc de son action décisive sur l’essai de Louis Bielle-Biarrey, et vous avez face à vous le plus gros cheatcode de cette Coupe du monde de rugby, ni plus ni moins. C’est pourquoi dans la foulée de la masterclass du néo-Bordelais, Frédéric Michalak l’a qualifié de « meilleur rugbyman du monde dans la créativité et le jeu offensif ». Un sacré compliment qui n’est pas volé pour le meilleur réalisateur d’essais de la compétition.

NOTRE DOSSIER SUR LA COUPE DU MONDE DE RUGBY

Dans un tel concert de louanges, rien de tel qu’un pondérateur patenté comme Fabien Galthié pour doucher l’euphorie générale à son sujet : « C’est simple : l’ailier est le dernier joueur d’une chaîne de compétences. Damian a la chance de jouer dans une équipe qui performe et qui le met dans des situations confortables. La performance individuelle est servie par le collectif, quel que soit le joueur. Il contribue à la perf de l’équipe et l’équipe contribue à sa perf individuelle, c’est un mélange des deux ». Le sélectionneur des Bleus ne nous en voudra pas de lui préférer les propos de Pierre Bourgarit, plus en phase avec la partition de folie qu’on a vécue vendredi de la part de Damian Penaud (mais aussi de tout le XV de France, évidemment Fabien). « C’est un peu le feu follet de cette équipe, raconte le talonneur de La Rochelle. Il est capable de tout, on l’a encore vu ce soir. Son premier jeu au pied n’était pas forcément le plus qualitatif, mais sur le second, il nous régale, il vous régale. C’est du Damian, et on est bien content de l’avoir avec nous. » Pas mieux.