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JusticeA son procès en appel, Chalureau continue de nier toute insulte raciste

XV de France : A son procès en appel, Bastien Chalureau continue de nier toute insulte raciste

JusticeHuit mois de prison avec sursis ont été requis contre le 2e ligne international, pour une affaire remontant à 2020
Bastien Chalureau aux côtés de son avocat David Mendel, lors de son arrivée à la cour d'appel de Toulouse, ce mardi.
Bastien Chalureau aux côtés de son avocat David Mendel, lors de son arrivée à la cour d'appel de Toulouse, ce mardi. - Valentine Chapuis / AFP
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Le procès en appel du 2e ligne du XV de France Bastien Chalureau a eu lieu ce mardi à Toulouse.
  • L’avocat général a requis huit mois de prison avec sursis pour l’agression raciste de deux anciens joueurs de rugby en janvier 2020. En première instance, l’actuel joueur de Montpellier avait été condamné à six mois de prison avec sursis.
  • Chalureau et son avocat ont reconnu les violences, mais continuent de nier toute insulte raciste, alors que les victimes maintiennent leur version.

Il faudra attendre le 16 janvier pour que la décision de la cour d’appel de Toulouse statue sur le sort de Bastien Chalureau. Ce mardi, huit mois de prison avec sursis ont été requis par l’avocat général contre l’actuel 2e ligne international de Montpellier, qui a disputé la dernière Coupe du monde de rugby.

En première instance, en novembre 2020, Chalureau (31 ans) avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour « violences ­commises en raison de la race, ­l’ethnie, la nation ou la religion » après l’agression de deux anciens joueurs de rugby, Yannick Larguet et Nassim Arif, dans la nuit du 30 au 31 janvier 2020, dans le centre-ville de Toulouse.

Mardi, pendant l’audience, l’avant aux sept sélections en Bleu et son avocat David Mendel ont martelé le même message : oui, il y a eu violence, alors que Chalureau avait bu « une dizaine de verres » dans la soirée et était ivre, mais non, il n’y a eu aucune injure raciste. Une ligne déjà défendue par le joueur lors de sa conférence de presse du 4 septembre, quatre jours avant le début du Mondial, alors que sa sélection pour suppléer le forfait de Paul Willemse avait provoqué des remous politiques jusqu’au sommet de l’Etat. Finalement, l’ancien réserviste n’a disputé qu’une demi-heure dans la compétition, le 14 septembre à Lille contre l’Uruguay (27-12).

Les deux victimes continuent quant à elles d’affirmer que l’actuel Héraultais, qui évoluait au Stade Toulousain au moment des faits, a bien lâché « ça va les bougnoules ? » avant de les frapper à coups de poing vers 4 heures du matin, à proximité du parking Jean-Jaurès. « Je n’ai jamais dit un mot plus haut que l’autre, s’est défendu le joueur à l’audience. J’ai été élevé dans une famille modeste, j’ai été assez vite dans un internat, avec une mixité totale. »

« Un passage difficile » au moment de l’agression

Cette « mixité », il l’a retrouvée dans le rugby, où « je suis régulièrement en chambre avec Yacouba Camara ». Le capitaine du MHR, ancien international français, a d’ailleurs produit un témoignage pour défendre son coéquipier. « Vous n’avez aucune preuve », a ajouté l’avocat de Chalureau, qui s’est dit « persuadé qu’il n’y a pas eu d’injure à caractère raciste », après que l’avocat général a assené, « ce sont des propos racistes qui ont été tenus ».

Veste bleue sur t-shirt blanc, jean de couleur sombre et lunettes, le joueur était accompagné de ses parents et de sa petite amie à l’audience. Il a affiché un profil bas, en rappelant qu’au moment des faits, il y a près de trois ans, il « vivait un passage difficile ».

Son ami a dû le calmer d’un coup de poing

« Au Stade Toulousain, ça ne se passait pas bien, j’avais retrouvé des amis [Victor Moreaux et Tudor Stroe, alors à Castres] pour passer une bonne soirée, j’avais trop bu. » Moreaux assommera même son copain, faute d’arriver à le calmer de manière plus conventionnelle, après qu’il a agressé Larguet et Arif, qui discutaient avec Stroe… Ce coup de poing à la tempe expliquerait, selon Chalureau, qu’il ait affirmé 12 jours plus tard devant les policiers n’avoir commis aucune violence, contrairement à ce qu’il concède aujourd’hui : « J’avais la mémoire altérée. »

« Dès le lendemain, j’ai consulté un psychologue qui me suit toujours », a poursuivi le 2e ligne, qui a ensuite quitté Toulouse, où il était persona non grata, pour Montpellier, où il a explosé sur le tard, pour gagner un Bouclier de Brennus en 2022 et découvrir l’équipe de France. « J’ai changé de club, j’ai arrêté l’alcool, je fais attention à mon hygiène de vie », a indiqué l’intéressé. Celui-ci affirme avoir perdu 15 kg et n’avoir bu qu’une fois de l’alcool depuis les faits, « du champagne pour les 80 ans de ma grand-mère ».

Pas toujours à l’aise à la barre, l’international a répondu de manière souvent laconique, comme lorsque l’avocat général lui a demandé s’il avait présenté ses excuses à ses victimes : « Non. »

Bastien Chalureau lors de France - Namibie pendant le Mondial, le 21 septembre à Marseille. Le 2e ligne n'a joué qu'une demi-heure pendant la compétition, face à l'Uruguay.
Bastien Chalureau lors de France - Namibie pendant le Mondial, le 21 septembre à Marseille. Le 2e ligne n'a joué qu'une demi-heure pendant la compétition, face à l'Uruguay. - Neal Simpson

A la sortie de l’audience à laquelle il venait d’assister, Yannick Larguet a précisé : « Il m’a appelé, mais pas pour s’excuser, plutôt pour étouffer l’affaire. » L’ancien joueur de Grenoble, Colomiers et Agen (43 ans) n’avait pas pris la parole depuis un article paru dans La Dépêche du Midi en février 2020, juste après les faits, alors qu’il a été très sollicité lorsque l’affaire a pris une ampleur nationale pendant la Coupe du monde. « J’ai fait le choix de ne pas parler pendant la compétition, on me l’a reproché. Mais la vedette, c’était l’équipe de France. »

Toutefois, l’agression dont il a été victime poursuit ce cadre de la fonction publique à la région Occitanie, par ailleurs entraîneur des U12 au Stade Toulousain. « Partout où je vais, on me parle de ça. Je n’ai aucun intérêt à avoir un quelconque tapage médiatique autour de cette affaire. En revanche, le motif fait que je lâcherai jamais. Mes trois enfants sont métis comme moi, ils ont les cheveux crépus, ils ont ma couleur de peau. Je ne lâcherai jamais. »


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