Coupe du monde de rugby : L’échec des Bleus en quarts est « une cicatrice que l’on aura à vie », selon Fabien Galthié
rugby•Le sélectionneur du XV de France s’est exprimé ce mercredi pour la première fois depuis la défaite en quart de finale de la Coupe du monde contre l’Afrique du SudNicolas Camus
L'essentiel
- Fabien Galthié s’est exprimé ce mercredi pour la première fois depuis la défaite du XV de France en quart de finale de la Coupe du monde contre l’Afrique du Sud.
- Le sélectionneur est revenu sur cette « énorme déception », sans remettre en cause ses choix tactiques dans l’approche du match.
- Il s’est également projeté vers l’avenir, et les moyens alloués à l’équipe de France qui doivent selon lui perdurer pour que les Bleus restent au plus haut niveau mondial.
Vingt-quatre jours, ça a semblé long à certains mais pas à Fabien Galthié. Le sélectionneur du XV de France, qu’on n’avait plus entendu depuis son passage en état de choc dans l’auditorium du Stade de France après la cruelle défaite en quart de finale contre l’Afrique du Sud, le 15 octobre, est réapparu ce mercredi pour débriefer plus en longueur cet échec. Il avait d’ailleurs prévu de ne le faire qu’à la fin du mois, mais devant l’instance médiatique, il a décidé d’accélérer un peu les choses.
Après avoir entraîné les jeunes du PUC pendant l’après-midi, le sélectionneur a donc donné rendez-vous au club house du stade Charléty, un poil trop exigu pour l’occasion. Décontracté, de bonne humeur après s’être « bien amusé » aux côtés des gamins du club parisien, Galthié a justifié ce silence par la nécessité de laisser la place aux équipes encore en compétition et surtout « un temps de deuil à respecter » après avoir vu son grand rêve s’envoler pour un petit point.
« Ça a été énorme déception pour nous tous, rappelle-t-il. Quatre ans de travail acharné, réussi, qu’on le veuille ou non, avec une progression cohérente… Mais notre seul objectif était d’être champions du monde. La déception aurait été la même si on avait perdu d’un point en demi-finale ou en finale. La seule différence est qu’on voulait vivre ces deux semaines de plus ensemble. On voulait vivre ces moments-là, pour lesquels on bossait depuis quatre ans. Cette blessure se transformera en cicatrice, et celle-là on l’aura à vie. »
Depuis cette funeste soirée, le sélectionneur a pris le temps d’appeler ses cadres et les membres de son staff pour savoir comment chacun allait. Il a également revu le match une dizaine de fois, passée la finale entre l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Il en est ressorti avec une conviction : lui et son staff ne se sont « absolument pas » trompés dans l’approche tactique du match. Quelques preuves selon lui, chiffres à l’appui :
- Les Bleus sont entrés 11 fois dans la zone de marque avec le ballon. « C’est 50 % de plus que notre objectif, on avait prévu 6. Sur les sept matchs de phase finale plus les deux plus gros matchs de poule (France-Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud-Irlande), on est la seule équipe à s’être procuré autant de temps fort. »
- Un potentiel de marque de 37 points selon les datas. « On en a mis 28, c’est qu’à un moment, sur le dernier geste, le dernier choix, ça n’a pas souri. »
- L’Afrique du Sud a posé un ruck pour la première fois dans les 22 mètres français à la 55e minute. « Avant ça, ils marquent sur trois fulgurances, des actions sur lesquelles on est battus dans les duels. »
- Le potentiel de marque des Springboks était de 24 points. « Ils en marquent 29. Bravo à eux. Cette équipe a été capable de maximiser ses chances, comme en demi-finale et en finale, d’ailleurs. »
« Si c’était à refaire, je ne changerai rien, assène-t-il. On meurt à un point… » Quant à l’arbitrage, sujet sur lequel il est venu au fil de l’analyse sans être interrogé spécifiquement dessus, Galthié a simplement fait remarquer qu’avec son référent Jérôme Garcès, ils avaient envoyé à Joël Jutge (le patron des arbitres à World Rugby) et Ben O’Keeffe neuf situations où ils estiment « avoir besoin de réponses sur les décisions qui ont été prises ». Une démarche habituelle après chaque match international.
Sortie de bulle
Ces trois dernières semaines, le sélectionneur n’a pas non plus passé son temps à ruminer et compter le nombre de fois où il a eu envie d’étriper Eben Etzebeth. Il s’est aussi rendu compte « en sortant de cette bulle Coupe du monde » comme les gens, à l’extérieur, attendaient eux aussi de fêter le premier titre mondial de l’histoire du rugby français, et que pour eux aussi, la descente a été rude. « On le sentait pendant la compétition, mais en revenant au contact de la vraie vie j’ai vu comme les Français nous aimaient, souligne-t-il. Ça ne va pas nous donner le titre, mais voilà. »
Voilà, ça donne du baume au cœur pour rebondir, et se projeter sur la suite, parce qu’il va bien falloir. Sans parler – encore – des joueurs qui vont faire partie ou non du nouveau cycle qui va démarrer avec le prochain Tournoi, en février, Galthié s’est voulu assez clair sur les moyens mis à disposition du XV de France. Pour lui, il n’y a aucune raison que la priorité donnée aux Bleus ces quatre dernières années s’arrête net sous prétexte d’avoir échoué.
« Je veux croire qu’on va continuer à marcher ensemble »
Le Grand Chelem de 2022, les 80 % de victoires, le retour des Tricolores dans le gratin mondial et les matchs à guichets fermés sont autant de gages pour continuer, estime le sélectionneur. « Lorsque l’équipe de France marche bien, c’est d’abord des ressources supplémentaires pour tous les clubs, dit-il. Elle est un centre de recettes, pas de dépenses. Je veux croire qu’on va continuer à marcher ensemble, que tout le monde a bien compris l’intérêt pour la Ligue et la Fédération d’être associées. Dans les bons comme les mauvais moments. »
NOTRE DOSSIER COUPE DU MONDE DE RUGBYIl aura l’occasion de le redire, si besoin, au président de la LNR René Bouscatel, qu’il va rencontrer bientôt pour discuter de la convention qui dicte la mise à disposition des joueurs internationaux. En attendant, Galthié ne pouvait pas nous quitter sur une tirade dont il a le secret. Pas de « bons conseils de Darwin » ou de « révélateur des hommes et des âmes », cette fois, mais une ode à l’ambition qui doit habiter chaque joueur de rugby de notre beau pays.
« Tous les joueurs doivent penser qu’ils peuvent jouer en équipe de France. La leçon à retenir de cette expérience est qu’il n’y a pas de limite à l’exigence pour avoir la meilleure équipe possible, professe-t-il. Essayons de tous monter encore d’un cran notre niveau. C’est à ce prix qu’on sera encore plus performant. » Il l’a même dit aux gamins qu’il a rencontrés dans l’après-midi. C’est peut-être comme ça que l’on forme ceux qui apporteront à la France sa première Coupe du monde, puisque le chantier reste ouvert.


















