Coupe du monde de rugby 2023 : Sécurité, arbitrage, audiences… Alors, on retient quoi de ce Mondial en France ?
RUGBY•La France a perdu en quarts de finale chez elle, mais à part ça, cette Coupe du monde de rugby 2023 n’a pas été si mal. C’était plutôt chouette, mêmeWilliam Pereira
L'essentiel
- La Coupe du monde 2023 est terminée, c’est donc l’heure du bilan à froid de ce Mondial de rugby
- Sur le plan sportif, la France n’a pas fini de pleurer son élimination en quarts de finale. Le rugby lui, a fait le deuil du beau jeu en consacrant des Springboks austères
- Les retombées économiques et les audiences ont été plutôt positives pour le Mondial 2023
La dernière image, celle que l’on retiendra de cette Coupe du monde de rugby 2023, n’est pas celle voulue par le peuple français : les Springboks célébrant la reconquête du trophée Webb Ellis sur la pelouse du Stade de France après avoir battu péniblement – cette équipe ne saurait gagner autrement – la Nouvelle-Zélande en finale d’un Mondial promis au XV de France. Ce devait être Dupont, Ollivon, Baille, Penaud, Ramos, etc. sur cette estrade. Maigre consolation, ces cinq hommes auront le privilège de figurer dans l’équipe de l’année de World Rugby. Une belle jambe, comme on dit.
Le temps de la frustration mettra du temps à s’effacer, mais il y a bien un moment où celui-ci doit céder sa place au constat lucide et global qui, au-delà de l’échec de l’équipe de Fabien Galthié, n’est pas si pire. Qu’on se le dise, cette Coupe du monde 2023 était plutôt chouette et même une réussite à un an des JO de Paris 2024, qui seront d’une toute autre ampleur. Alors, que retenir de l’événement ? L’arbitrage, les poules déséquilibrées, les audiences, le bon déroulement des matchs ? Un peu de tout à la fois.
Sécurité : Mission accomplie, à confirmer en 2024
Cette Coupe du monde a été l’occasion de redorer (un peu) le blason français à l’international, notamment dans sa capacité à gérer un événement sportif de cette dimension et à – au hasard – ne pas gazer des supporters anglais qui n’avaient rien demandé à personne. Bref, il fallait laver l’affront de la finale de Ligue des champions 2021. En ça, la mission est accomplie, malgré des couacs le premier week-end : des fans ont raté les premières minutes de leur match à Marseille et à Bordeaux, ne l’oublions pas. Le comité d’organisation du Mondial ainsi que les autorités n’ont pas manqué de s’applaudir au terme de deux mois rondement menés.
« On a rassuré, on s’est affûté, on a au total un dispositif sur le plan de la sécurité qui a été extrêmement robuste en dépit d’un contexte particulièrement exigeant », Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports et des JO, sur FranceInfo. »
Les moyens pour assurer la sécurité des Jeux olympiques, l’année prochaine, et de sa cérémonie d’ouverture inédite sur la Seine à Paris seront « décuplés » par rapport à ceux mobilisés pour le Mondial de rugby, a affirmé dimanche le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, rappelant que « 11.000 » membres des forces de l’ordre et « environ 3.000 policiers municipaux » avaient été mobilisés « chaque jour ». Il a précisé qu’il y avait eu « 500 alertes à la bombe » pendant le Mondial de rugby et « seulement 3 % de défaillance de la sécurité privée ».
Economie : Audiences de feu, 600.000 étrangers accueillis en France, vente de bière massive…
Une micro-déception dans un océan de satisfaction sur le plan des audiences : il n’y a pas eu de record absolu pour un match du XV de France lors de cette Coupe du monde 2023. Le match France-Afrique du Sud a pourtant fait un carton avec 62 % de part d’audience et 16,5 millions de personnes devant leur télé. C’est bien, très bien même, mais pas au niveau de France-Angleterre 2007 qui avait rassemblé 18,3 millions de téléspectateurs devant leurs écrans, avec un pic à 20 millions. En revanche, la finale aura fait sauter une barrière, celle du nombre de téléspectateurs devant un match sans le XV de France : 10,9 millions de téléspectateurs étaient sur TF1 samedi soir, avec un pic à 12,7 millions de spectateurs pour 50 % de part d’audience. Pas trop mal pour un pays censé avoir perdu goût à la vie et au rugby après l’élimination des Bleus.
Pour rester sur les considérations économiques, notons que la France a accueilli 600.000 étrangers sur son sol tout au long de la Coupe du monde. Les retombées économiques sont quant à elles estimées à 2 milliards d’euros de bénéfices par le président du GIP Jacques Rivoal, cité par Capital. Enfin, l’information que vous attendiez tous : d’après le Midol, 137.000 verres de 50 cl de bière consommés. Une consommation de bière « deux fois plus importante » que d’habitude pour les supporters irlandais qu’il a fallu « éliminer » ce qui a occasionné un nettoyage plus important que d’habitude.
Jeu : Un vainqueur peu enthousiasmant, des demies pas au niveau
Il y a des signes qui ne trompent guère : en dépit de leur victoire finale, les Springboks n’ont quasiment pas été représentés dans le XV de l’année des rugby Awards, dominé par les Français. Seul le 2e ligne Eben Etzebeth figure dans le lot. Non pas que cela vaille grand-chose, à la fin, les Sud-Africains ont ramené la Coupe à la maison, et c’est tout ce qui compte. Mais cela vient renforcer l’idée d’une victoire peu reluisante et des vainqueurs sans considération pour le beau jeu. Si on est gentil voire amateur d’oeillères, on dira que la météo pourrie de fin de tournoi n’a pas vraiment aidé.
Le tirage au sort, non plus. Une mention spéciale pour le tableau infâme des demi-finales, heureusement sauvées par la résurrection inattendue d’Anglais à deux doigts de se retrouver en finale sur un malentendu. Mais que les Argentins, très loin de leur meilleur niveau, se soient retrouvés à jouer le podium quand les Français et les Irlandais étaient déjà éliminés est une ineptie en soi. A ce titre, le tirage au sort prématuré de la Coupe du monde a été largement dénoncé. Les instances l’ont bien entendu, bien que le tirage au sort de la Coupe du monde 2027 soit prévue pour janvier 2026. 20 mois d’avance, c’est toujours trop, mais mieux que rien.
Arbitrage : Jamais il n’avait pris autant de place dans l’espace médiatique
Le Néo-Zélandais Ben O’Keeffe est devenu en l’espace de deux semaines l’arbitre le plus connu de la planète rugby, et pas pour le meilleur. Son rôle plus ou moins avéré dans l’élimination du XV de France, avec trois erreurs manifestes sur cinq décelées par les superviseurs de World Rugby, ne l’ont pas aidé à se faire des amis chez nous. Des idiots ont cru bon de harceler et menacer le bonhomme, en prime.
En finale, Wayne Barnes s’est illustré en dégainant des cartons jaunes comme un cow-boy, l’un d’entre eux se transformant en rouge après passage de Sam Cane par le bunker. Une décision incohérente aux yeux des observateurs par rapport au traitement de la faute similaire de Kolisi sur Savea, seulement sanctionnée d’un jaune. « On a vu dans le match deux situations similaires, mais une a été sanctionnée d’un rouge, l’autre d’un jaune, pestait Ian Foster après la rencontre. C’est assez pénible, et je ne dis pas ça comme mauvais perdant. C’est un problème qu’il faut résoudre. » Avant que ça ne parte dans tous les sens, comme dans un sport avec lequel n’aime pas être comparé le rugby.


















