France - Nouvelle-Zélande : Pourquoi ces All Blacks sont-ils considérés comme « les plus faibles de l’histoire » ?
RUGBY•Pour la première fois de l’histoire, le XV de France aborde cette Coupe du monde 2023 dans la peau d’un favori que n’est plus l’habituel ogre néo-zélandais, son premier adversaire ce vendredi (21h15)Jérémy Laugier
L'essentiel
- Le XV de France dispute le match d’ouverture de la Coupe du monde de rugby 2023, ce vendredi (21h15) au Stade de France, contre la Nouvelle-Zélande.
- Favoris de chaque édition du Mondial, les All Blacks abordent cette compétition en petite forme, à l’image de la claque historique subie il y a deux semaines face à l’Afrique du Sud (7-35).
- 20 Minutes se penche sur les raisons de ce surprenant nouveau statut d’outsider des triples champions du monde néo-zélandais, depuis leur camp de base à Lyon.
Au Matmut Stadium de Gerland, à Lyon,
L’entraîneur de la défense des All Blacks Scott McLeod a beau détailler devant la presse ses parties de pêche de la semaine dans la région lyonnaise, les doutes restent palpables côté néo-zélandais avant le premier choc de la Coupe du monde de rugby, ce vendredi (21h15) contre la France. Historiquement considérés comme la sélection la plus invincible au monde, tous sports collectifs confondus, les All Blacks ont en effet violemment chuté de leur piédestal depuis la fin du Mondial 2019 au Japon (élimination en demies contre l’Angleterre 7-19). Le sélectionneur Ian Foster a ainsi cumulé 10 défaites et 2 nuls en 39 matchs depuis quatre ans, ce qui peut être perçu comme une sacrée incongruité au vu du statut iconique du groupe au haka.
Le coup de grâce a même eu lieu le 25 août, à seulement deux semaines de ce si attendu match d’ouverture au Stade de France, lorsque les All Blacks ont subi leur pire claque depuis 1928, contre l’Afrique du Sud à Twickenham (7-35). « Cette défaite historique, en alignant la meilleure équipe possible, a surpris beaucoup de monde, explique Ollie Ritchie, journaliste pour la chaîne néo-zélandaise Newshub TV. C’était un choc de voir comment toute la discipline de cette équipe s’est écroulée ce jour-là [11 pénalités concédées en première période], et comment le jeu était totalement déstructuré. Ça a donc fait revenir l’inquiétude au pays. »
Un rapport indépendant flingue la fédé néo-zélandaise
Car celle-ci avait ces derniers mois en partie quitté la petite île d’Océanie de 5 millions d’habitants, au gré d’une encourageante série de 11 matchs de rang sans défaite depuis fin août 2022. Et là, patatras dans le pire timing possible, pour l’ultime test avant cette Coupe du monde en France. Mais comment les All Blacks ont-ils pu en arriver à compter aussi peu de certitudes avant un Mondial, eux que tout le monde imagine rouler sur la concurrence tous les quatre ans ?
Le Covid-19 a tout d’abord eu un fort impact sur la compétitivité néo-zélandaise, avec un Rugby Championship très largement perturbé depuis 2020. Après la dernière Coupe du monde, les All Blacks ne se sont ainsi mesurés à l’Afrique du Sud qu’à quatre reprises, pour trois rencontres contre l’Argentine, et une seule face au XV de France et à l’Angleterre. De même, les finances déjà en galère de la New Zealand Rugby Union (NZRU) ont ramassé avec la pandémie (revenus en chute libre de 70 % en 2020). Le rugby y semble structurellement malade, son contesté boss Mark Robinson en tête. Un rapport indépendant a ainsi été rendu plublic le 31 août et a pointé une fédération « inapte à remplir les objectifs ». Celle-ci y est décrite comme une organisation dépassée, inadaptée à l’ère moderne.
« L’héritage du maillot compte énormément »
Côté terrain, certains cadres, qui jouaient encore un rôle majeur au Japon en 2019, ne sont plus là, comme le capitaine Kieran Reid, Sonny Bill Williams ou encore Ryan Crotty. Et si ces All Blacks 2023 présentent ce qu’il faut en expérience, on est face à des joueurs ayant entamé leur déclin, que ce soit Beauden Barrett (32 ans), loin de son niveau de meilleur joueur du monde en 2016 et 2017, Aaron Smith (34 ans) ou Sam Whitelock (34 ans). De même, le capitaine Sam Cane (31 ans) est loin d’avoir l’aura unanimement reconnue de l’un de ses glorieux prédécesseurs, Richie McCaw. « Mais l’héritage du maillot compte énormément pour tous les joueurs, ils veulent lui faire honneur », rappelle Scott McLeod.
Les talents de tout premier plan mondial peinent tout de même à se renouveler, hormis l’ailier Will Jordan (25 ans), le pilier Ethan de Groot (25 ans), et le centre Jordie Barrett (26 ans), forfait sur blessure ce vendredi. La faute au règlement figé de la NZRU, qui empêche certains internationaux en puissance d’être sélectionnés car ils évoluent à l’étranger, notamment en Europe où ils peuvent gagner trois fois plus d’argent qu’au pays [ça va être le cas cette saison du néo-Toulonnais Leicester Fainga’anuku, 23 ans], et ce dans un championnat très compétitif ?
« La fédé néo-zélandaise préférera penser que c’est bien son championnat qui est le meilleur au monde, mais ce n’est peut-être pas le cas, sourit Kimberlee Downs, journaliste pour Television New Zealand. Il y a de petites exceptions mais je n’imagine pas un réel assouplissement de ce règlement. La fédé a besoin de pouvoir compter sur ses plus grandes stars dans son championnat. » »
« Ce match d’ouverture pourrait tourner à la correction »
Dans ce contexte, le maillot All Black ne se révélerait-il pas être un poids pour une sélection en quête de sa gloire d’antan ? « C’était surtout le sentiment de 2020 à 2022, mais il y a vraiment un regain d’optimisme au sujet des All Blacks cette année car les performances sont nettement plus constantes, assure Ollie Ritchie. Il y a toujours un bon mélange de talent et d’expérience dans cette équipe. » Pour autant, c’est bien la première fois de l’histoire que la Nouvelle-Zélande est citée après d’autres nations, comme l’Afrique du Sud, la France et l’Irlande, comme vainqueur potentiel d’un Mondial. « Ça, c’est du bruit extérieur, estime à ce propos le demi de mêlée Finlay Christie, remplaçant ce vendredi. On fait bloc en équipe et on laisse tout ça de côté car ça n’a pas d’importance pour nous si les médias nous voient outsiders sur cette Coupe du monde. »
Champion du monde en 2011 et en 2015, l’ancien emblématique demi d’ouverture néo-zélandais Dan Carter confiait mercredi au Parisien : « Les All Blacks ne font pas partie des grands favoris. C’est quelque chose de nouveau car ils l’ont été dans la plupart des éditions. Je pense que cette édition sera la plus serrée de l’histoire. Six équipes peuvent aller au bout, peut-être même huit ». Ancien international tricolore, Olivier Magne est même allé beaucoup plus loin la semaine dernière, dans une interview accordée au Midi Olympique : « Cette équipe All Black n’est-elle pas la plus faible de l’histoire ? Je me pose vraiment la question. J’ai l’impression que les victoires néo-zélandaises dans le Rugby Championship étaient un peu en trompe-l’œil. Quand je vois le niveau que le XV de France a été en capacité d’afficher sur 80 minutes contre l’Australie [41-17], ce match d’ouverture pourrait tourner à la correction pour les All Blacks ».
Le sélectionneur Ian Foster contesté de bout en bout de son mandat
En évoquant cette punchline auprès de Scott McLeod, on a vu un sourire forcé apparaître sur son visage. « Je n’avais pas vu passer ça, a glissé l’entraîneur de la défense des All Blacks. On a assez de choses à même de nous motiver, comme la dernière fois où nous avions joué en France [revers 40-25 contre les Bleus en novembre 2021], comme cette récente défaite face à l’Afrique du Sud, et la perspective d’un premier match de Coupe du monde contre le pays hôte. On se focalise là-dessus, on n’a pas besoin de cette histoire. » « Jouer la France chez elle pour démarrer une Coupe du monde de rugby, il n’y a pas grand-chose de plus gros que ça », confirme Finlay Christie, très excité par cette affiche.
NOTRE DOSSIER SUR LA COUPE DU MONDE DE RUGBYSon partenaire Ofa Tu’ungafasi poursuit : « A Twickenham, on sait que l’Afrique du Sud nous a mis sous pression, en supériorité numérique. Là, on va entrer dans un combat intense sur le plan physique mais aussi mental contre la France, puis pour toute cette longue compétition. » Il s’agira des dernières semaines du mandat pour le moins contesté de Ian Foster à la tête des All Blacks. « La question du sélectionneur est un gros sujet de débat en Nouvelle-Zélande ces dernières années, indique Kimberlee Downs. Les joueurs lui ont permis de sauver son poste en 2022. Puis l’annonce prématurée par la Fédération de son successeur Scott Robertson en mars a été un choix très controversé. On va vite savoir si ça perturbe cette équipe ou si ça la galvanise en vue d’un tel rendez-vous. » Si on nous avait dit, lors de l’attribution de la Coupe du monde 2017, que le XV de France se retrouverait favori face aux All Blacks…



















