XV de France : Jalibert-Ntamack, une association inévitable (et tout bonus) ?

RUGBY Le Bordelais et le Toulousain vont évoluer pour la première fois côte à côte face à l’Argentine

Clément Carpentier
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Matthieu Jalibert (numéro 10) et Romain Ntamack (numéro 12) vont être associés pour la première fois avec le XV de France.
Matthieu Jalibert (numéro 10) et Romain Ntamack (numéro 12) vont être associés pour la première fois avec le XV de France. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • Le XV de France défie ce samedi (21h) les Pumas au stade de France pour le premier test-match de l’automne.
  • Pour la première fois, Matthieu Jalibert et Romain Ntamack, évolueront ensemble sur le terrain au poste d’ouvreur et de centre.
  • Cette association a de très nombreux avantages selon les spécialistes. Décryptage.

Nous aussi on l’a ! Enfin. Les supporteurs français peuvent le crier sur tous les toits. L’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, eux, peuvent commencer à trembler en vue de la Coupe du Monde 2023. Ça y est, nous avons notre propre paire de 10 (Jalibert-Ntamack), et elle s’apprête bien à rouler sur celle du XV de la Rose (Ford-Farrell) et des All Blacks (Mo’unga-Barrett). Deux ans après sa nomination à la tête des Bleus, Fabien Galthié a décidé de franchir le pas. Les deux ouvreurs de formation seront pour la première fois titulaires ensemble face à l’Argentine ce samedi (21h) pour le premier test-match de la tournée d’automne du XV de France.



Jusqu’à maintenant, le Bordelais et le Toulousain n’ont presque jamais porté le maillot tricolore côte à côte sur le terrain. Cela se limite à huit minutes de jeu, pour être précis. C’était le 20 février 2020, lors de la victoire de la France face au Pays de Galles au Millennium Stadium. Matthieu Jalibert était entré à l’arrière, avant de succéder dans un second temps à Romain Ntamack à l’ouverture. Cette option a d’ailleurs souvent été évoquée depuis l’éclosion des deux hommes au plus haut niveau. Mais le joueur de l’UBB, pas fan du poste, n’a jamais rien fait de transcendant pour essayer de bousculer la hiérarchie (Bouthier puis Dulin et maintenant Jaminet). Finalement, c’est la deuxième option avec Jalibert en 10 et Ntamack en 12 qui verra le jour face aux Pumas.

Un Ntamack plus adaptable

« Cette association, on l’a en tête depuis un petit moment, affirme Laurent Labit, en charge de l’attaque du XV de France. On veut voir ce que ça peut donner. Même si (les centres) Virimi (Vakatawa) et Arthur (Vincent) étaient là, on aurait travaillé de la même façon sur ces deux semaines. » Il était temps ! Même les ennemis jurés du rugby français, Christophe Urios et Ugo Mola, entraîneurs des deux joueurs, regrettaient chacun leur tour de ne pas les voir évoluer ensemble ces derniers mois. Il faut dire, pour la défense du staff tricolore, que le Bordelais n’était peut-être pas forcément au niveau lors de la première année de l’ère Galthié et qu’ensuite, il a fallu faire avec la blessure du Toulousain il y a un an. Et ce n’est que depuis quelque temps que l’on parle d’une vraie (fausse ?) concurrence.

« On veut toujours, ou plutôt les médias veulent toujours, avoir un numéro 1 et un numéro 2. Mais pour moi, il y a avant tout une vraie complémentarité entre eux », explique l’expérimenté François Trinh-Duc.

Matthieu Jalibert, l’attaquant plein de French Flair à faire frétiller de jalousie la Reine d’Angleterre, vs le pragmatique Ntamack, excellent défenseur et toujours très stable émotionnellement. Ce dernier a en plus la capacité « d’adaptation du joueur de très haut niveau » ajoute le trois-quart centre des Bleus, Jonathan Danty. Le fils d’Emile joue parfois en numéro 12 avec le Stade Toulousain et, mieux encore, il occupait ce même poste lors du titre de champion du monde de l’équipe de France des moins de 20 ans en 2018, alors décalé pour faire de la place à Louis Carbonel, désormais distancé par ses rivaux dans la course à l’échalote.

Une formule tout bonus ?

Le nouveau capitaine des Bleus, Antoine Dupont, tient tout de même à rappeler que les « différences entre eux ne sont pas fondamentales et qu’ils ont des profils assez similaires, très portés sur l’offensive, très joueurs. » Alors à quoi peut servir cette association qui fait saliver tous les supporteurs du XV de France ?

Trinh-Duc, partenaire de Jalibert en club, met en avant une plus grande capacité d’adaptation : « C’est une solution en plus pour le staff et surtout, ça peut permettre de s’adapter selon l’adversaire, les conditions météo. Je le répète, ils sont complémentaires, et en fonction du match voire du déroulé du match, le staff a cette chance avec eux de pouvoir s’ajuster. »

Offensivement et défensivement, « l’apport est évident »

Labit, lui, loue la présence d’un meneur supplémentaire : « Dans notre animation offensive, on joue toujours avec deux meneurs de jeu identifiés, en priorité le 10 et le 15 chez nous. Dans l’idée que Romain (Ntamack) serait 12, on aurait donc le 10, le 12 et même le 15. Ça rend la tâche plus facile pour le 10, qui est sûr de trouver un de ces deux joueurs dans notre jeu. Offensivement, l’apport est évident. Défensivement, pareil : Gaël Fickou est au milieu avec eux, c’est notre chef de la défense mais Romain, qu’il soit 10 ou 12, est un très bon défenseur. Cette complémentarité nous permet d’avoir plus d’assise sur notre trio défensif. »

Danty, enfin, souligne l’apport possible du duo dans le jeu au pied et la communication. « Romain a une belle vision du jeu étant donné son poste et sa formation à l’ouverture, et il a un jeu au pied très intéressant pour soulager le demi d’ouverture. C’est aussi intéressant pour les avants qui auront trois voix (Dupont, Jalibert et Ntamack) à entendre sur le terrain pour se repérer. »

Cela fait un bon pied de plus, aussi, pour parfaire l’adaptation de la nouvelle règle 50/22 au plus vite (l’équipe attaquante garde le lancer quand elle trouve une touche dans les 22 mètres adverses depuis sa propre moitié de terrain), alors que les Bleus évoluent sans trois-quart centre capable expert du coup de tatane depuis Damien Traille.

Ne pas en perdre un en cours de route

Enfin, aligner la paire Jalibert-Ntamack permet de ménager les égos. Sortir l’un des deux de l’équipe pourrait être mal vécu par le perdant,​ alors que les deux hommes sont au-dessus du lot à leur poste. Comme le rappelle judicieusement François Trinh-Duc, « un titre, ça ne se gagne pas à 15 mais avec 30-35 joueurs de très haut niveau capables de maintenir le niveau de l’équipe peu importe les absents ». Il ne faudrait donc pas en perdre un en cours de route.



En plus, coup de bol, « ces deux-là, s’entendent plutôt bien depuis le début de la préparation », dixit François Cros. Ntamack, qui a bien fait comprendre en club qu’il se voyait comme un demi d’ouverture exclusif, n’a pas moufté quand le staff tricolore lui a refilé la chasuble du premier centre, en lui ôtant également la responsabilité de buter. « Je ne suis pas dans leur tête mais il n’y a aucune animosité entre eux, assure le troisième ligne du Stade Toulousain, ils collaborent bien. Vous savez, ce groupe France est plutôt sain. Il n’y a pas de problématiques d’égos. Le but, c’est de gagner quelque chose ensemble. » Et avec Matthieu Jalibert et Romain Ntamack sur le terrain, ça peut aider.