XV de France : Matthieu Jalibert peut-il être mieux qu'une doublure de Romain Ntamack ?

RUGBY Le demi d’ouverture de l’UBB sera l’un des atouts des Bleus face à l’Angleterre ce dimanche (15 heures) lors de la finale de l’Autumn Nations Cup à Twickenham

Clément Carpentier

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Matthieu Jalibert, demi d'ouverture du XV de France.
Matthieu Jalibert, demi d'ouverture du XV de France. — David Gibson/Fotosport/Shutterstock/SIPA
  • Le XV de France défie ce dimanche (15 heures) l’Angleterre en finale de l’Autumn Nations Cup.
  • A la tête d’une équipe tricolore très inexpérimentée, Matthieu Jalibert a une nouvelle occasion de montrer qu’il est mieux qu’une doublure à Romain Ntamack chez les Bleus.
  • Attaquant naturel et joueur d’instinct, le Bordelais doit s’adapter au jeu international fait de coups de pied et de pragmatisme.

C’était en février dernier. Avant un match du tournoi des VI Nations, le staff du XV de France hésite sur le choix de son numéro 10. Romain Ntamack tient la barre depuis quelques mois grâce une Coupe du monde réussie mais Matthieu Jalibert est en grande forme avec l’UBB et ses entraînements à Marcoussis sont excellents. Le sélectionneur, Fabien Galthié, se demande si ce n’est pas le moment de bousculer la hiérarchie entre les deux jeunes ouvreurs qui représentent l’avenir des Bleus. Finalement, le Toulousain sera maintenu.

A l’époque, les deux jeunes hommes sont au coude-à-coude à l’époque. Huit mois plus tard, ce n’est plus la même affaire et le Toulousain a désormais quelques longueurs d’avance sur son voisin bordelais. Deux victoires contre le Pays de Galles et une face l’Irlande avec Romain Ntamack et une défaite en Ecosse en mars dernier avec Matthieu Jalibert sont passés par là entre-temps. Aujourd’hui, il semble bien y avoir un numéro 1 et un numéro 2. Mais ce n’est pas pour autant que le Girondin a dit son dernier mot. Solide lors de la revanche des Bleus en Ecosse puis contre l’Italie ces deux dernières semaines, Matthieu Jalibert sera l’un des fers de lance du XV de France ce dimanche (15 heures) à Twickenham face à l’Angleterre lors de la finale de l’Autumn Nations Cup. Celui qui fera partie des rares à avoir une petite expérience du niveau international côté français a une nouvelle opportunité de se montrer qu’il est mieux qu’une doublure.

Un vrai « numéro 1 bis »

D’ailleurs sur le papier, il n’y a pas vraiment discussion. Anciens, joueurs, entraîneurs parlent souvent de l’ouvreur de l’Union Bordeaux-Bègles comme d’un « numéro 1 bis » à ce poste en équipe de France. « Joueur pétri de talent avec une palette offensive énorme » comme le souligne Frédéric Michalak, le consultant rugby de Canal+, Matthieu Jalibert est depuis son retour de blessure il y a un an et demi l’un des meilleurs joueurs du Top 14 (232 points dont sept essais en 22 matchs en club). Au point de recevoir les louanges de son manager, Christophe Urios :

Matthieu Jalibert est un joueur de classe. Je n’en ai pas eu beaucoup, franchement à son âge. Il voit vite, il comprend vite, il sent les choses, son accélération est terrible… C’est déjà pas mal hein ? »

Le demi d’ouverture n’est bien sûr pas étranger aux excellents résultats de l’UBB. Mais, car il y a toujours un « mais », il doit faire face à une concurrence des plus féroces comme l’expliquait il y a quelques semaines l’ancien international Richard Dourthe : « Il est vraiment très bon depuis le début de la saison mais il n’a pas de chance car Romain Ntamack l’est tout aussi donc on ne peut pas le sortir comme ça du XV de départ. Mais je pense que Matthieu Jalibert mérite du temps de jeu et qu’il prouve avec le maillot qu’il est capable de rééditer ses performances avec son club. Il doit prouver que mentalement, il a les ressources de le faire. »

Les beaux gestes c’est bien, le jeu au pied c’est mieux

Sur ce plan-là, le Bordelais a prouvé qu’il pouvait répondre présent après les deux graves blessures qu’il a connues dans sa jeune carrière. La principale difficulté pour lui est peut-être de s’adapter au jeu international. Comme il le rappelait dans L’Equipe la semaine dernière, il est avant tout un « joueur d’instinct » alors qu’a ce niveau c’est la prime au pragmatisme et à l’efficacité. Les beaux gestes c’est bien, le jeu au pied c’est mieux. « Moi je trouve qu’il fait des bons matchs, affirme son ami et coéquipier à l’UBB Maxime Lamotte, certes peut-être qu’il y a plus de jeu au pied et c’est vrai que c’est moins son jeu mais je trouve qu’il s’adapte plutôt bien »

Matthieu Jalibert doit utiliser beaucoup plus le jeu au pied avec le XV de France.
Matthieu Jalibert doit utiliser beaucoup plus le jeu au pied avec le XV de France. - David Gibson/Shutterstock/SIPA

C’est vrai que sur ses deux titularisations de cet automne, il y a du mieux de ce côté-là. Très attendu en Ecosse il y a deux semaines en raison de la blessure du Toulousain, il a fait le job. Frédéric Michalak « l’a trouvé sérieux et assez discipliné dans ses options de jeu. Les Français avaient choisi d’insister au cœur, c’était donc difficile pour lui de mettre en avant ses qualités offensives. Il n’a pas pu, ni cherché à se mettre en valeur mais a respecté le plan de jeu établi. Il a concrétisé un temps fort par un drop. Au final, s’il n’a pas été flamboyant, il a été propre, notamment dans sa gestion. » Et c’est ce qu’on lui demande aujourd’hui même si lui est « un joueur de possession et non d’occupation » comme le rappelle David Ortiz, son ancien entraîneur avec les Espoirs de l’Union Bordeaux-Bègles.

Un nouveau statut à apprivoiser

L’autre marge de progression de Matthieu Jalibert est aussi de s’adapter à son nouveau statut pour beaucoup plus peser sur les matchs. Aujourd’hui, le staff du XV de France semble vouloir installer une vraie hiérarchie avec un numéro 1 et un numéro 2. Pour bousculer celle-ci, le demi d’ouverture aux sept sélections va devoir se montrer parfois sur seulement une dizaine de minutes. Une nouveauté pour lui. Il a toujours été un titulaire indiscutable en club. Il n’est naturellement pas ce qu’appelle Fabien Galthié « un finisseur » ou un « impact player ». Christophe Urios l’avait aussi noté au moment de le relancer après son retour de blessure à l’été 2019.

« Un joueur ne peut pas être à 300 % seulement quand il sait qu’il sera titulaire, rappelle David Ortiz, il doit apprendre aussi à se préparer pour rentrer en cours de match avec la même envie, ça se travaille. Il doit être capable de peser sur un match même en rentrant quelques minutes. Maintenant, ceux qui rentrent sont souvent plus importants que ceux qui débutent ». C’est le prix à payer aujourd’hui pour Matthieu Jalibert s’il veut demain devenir bien plus qu’une doublure avec le XV de France.