Castres-UBB : Entre accent et langage fleuri, comment les coups de gueule de Christophe Urios sont-ils devenus cultes ?

RUGBY Ce vendredi, les Bordelais se déplacent dans le Tarn pour le « Uriosico »

Clément Carpentier

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Christophe Urios, le manager de l'UBB, maîtrise à merveille l'exercice médiatique.
Christophe Urios, le manager de l'UBB, maîtrise à merveille l'exercice médiatique. — Daniel Vaquero/SIPA
  • L’Union Bordeaux-Bègles de Christophe Urios affronte le Castres Olympique ce vendredi (20h45) à l’occasion de la 9e journée de Top 14.
  • A l’occasion de ce « Uriosico », 20 Minutes revient sur les coups de gueule du manager bordelais.
  • Entre son accent et son langage fleuri, certaines de ses prises de paroles sont devenues cultes.

Il s’y fait rare. Les réseaux sociaux ne sont pas trop son truc. Il a simplement un compte Instagram, où l’on peut y suivre son autre passion, la viticulture. Pourtant, on peut faire confiance à Christophe Urios pour que rien ne lui échappe. Et surtout quand c’est lui qui y fait le « buzz » comme il y a quelques semaines avec son terrible coup de gueule après la défaite de son Union Bordeaux-Bègles à Lyon. Cette séquence vidéo de cinq minutes où il dézingue ses joueurs avec son célèbre phrasé teinté de son accent du Minervois a été largement relayée, partagée et bien sûr détournée par les internautes.

Avec la palme pour le : « Là, j’ai un peu les boules, je pense que demain j’aurai encore plus les boules et après-demain j’aurai encore plus plus les boules ! » Une sortie médiatique dont il a le secret et que son ami Frédéric Rey-Millet qualifie aujourd’hui de « culte » ! Un joueur bordelais avoue « n’avoir jamais reçu un tel soufflon » en dix ans de carrière. Il faut dire que c’était bien la première fois depuis son arrivée à l’UBB en 2019 que l’Audois haussait le ton de cette manière. A Castres, où il se rend avec son équipe ce vendredi (20h45), il l’a fait à bien d’autres reprises. Oui, Christophe Urios est un récidiviste. Ses coups de gueule font même aujourd’hui entièrement partie du personnage.

« Il a un vrai talent pour le verbe »

Pourtant, au départ, l’enfant de Pépieux était un grand « taiseux » comme l’explique Frédéric Rey-Millet, avec qui le manager bordelais vient d’écrire 15 leçons de leadership. A l’époque, il avait même le surnom de « rustique ». « Il a fait la bascule au moment où le rugby professionnel est devenu pro. Les joueurs avaient du temps pour eux et il s’est mis à étudier le management mais aussi la communication. Il travaillait déjà pour son après-carrière. » Et s’il « n’a pas besoin de beaucoup parler pour que tu l’écoutes » comme le rappelait son ancien talonneur Jalil Narjissi dans La Dépêche en 2018, Christophe Urios adore s’exprimer. Au point d’être devenu un orateur hors pair.

D’ailleurs, chacune de ses prises de paroles est souvent minutieusement préparée. Véritable spécialiste du power point, il est l’un des très rares entraîneurs au monde à prendre de son temps au début de chaque saison pour présenter son projet aux journalistes ou aux supporteurs. Et pour reprendre son expression favorite, c’est très loin d’être de « l’enfumage » ! Mais ce qui rend les coups de gueule de Christophe Urios unique, c’est la parfaite symbiose entre le fond et la forme. « Il est entier, il ne joue pas un personnage, c’est lui-même et surtout il ne surjoue pas, décrypte un joueur de l’UBB auprès de 20 Minutes, il est vrai, il ne fait pas du tout ça pour le buzz. Avec nous, il est exactement pareil lors des séances vidéos par exemple et je serais prêt à parier qu’il est le même à la maison. »

Christophe Urios et Frédéric Rey-Millet ont écrit il y quelques mois un premier livre ensemble.
Christophe Urios et Frédéric Rey-Millet ont écrit il y quelques mois un premier livre ensemble. - Frédéric Rey-Millet

Christophe Urios n’est pas là pour « enc… les mouches » ou « faire des articles sur les trucs techniques, les machins… Mon cul ! » comme il disait après une qualification en finale du Top 14. Le manager bordelais passé par Oyonnax et Castres est connu et surtout reconnu pour son franc-parler. Encore faut-il savoir s’en servir à bon escient. C’est là où ce fils de viticulteur excelle pour Frédéric Rey-Millet :

Son point fort, c’est d’être capable de vulgariser ses émotions en quelques mots très simples. Il a un vrai talent pour le verbe ! On ne croirait pas comme ça mais c’est quelqu’un qui a une parfaite maîtrise de la langue française et une immense culture car il passe son temps à lire et sur tout. »

Son accent leur donne une dimension unique

Mais les sorties médiatiques de Christophe Urios, ce ne sont pas que des mots. C’est aussi une expression unique en raison de son accent du terroir ! « Christophe Urios qui aurait l’accent lillois ne serait pas Christophe Urios », reconnaît son coauteur. Il donne en effet une dimension particulière à ses coups de gueule derrière sa robuste mâchoire. « J’avoue que moi le Haut-Savoyard, je ne comprends pas toujours tout du premier du coup, poursuit Frédéric Rey-Millet, il faut parfois qu’il me décrypte plusieurs fois ce qu’il veut dire pour que je pige. »

Ses joueurs, eux, « ne s’arrêtent pas forcément sur son accent » même « s’ils aiment bien l’imiter ». Qui n’a pas vu les imitations de Christophe Urios, de l’arrière de l’UBB Nans Ducuing ? Hilarant. « En revanche, il utilise des expressions, c’est quelque chose… Ça nous tue de rire, poursuit un joueur de l’Union, là il peut y avoir fou rire collectif dans la salle, ça arrive très souvent ! Et franchement, ce n’est pas toujours évident car c’est tellement drôle mais en même temps c’est difficile d’en rire en tant que joueur. Heureusement, il a énormément d’humour. »

C’est aussi l’une des grandes qualités du manager bordelais : « Il a toujours le petit mot pour faire rire tout le monde », ajoute un membre du groupe pro. Sauf quand ça tourne mal. Et là pour ses joueurs, il vaut mieux se mettre à l’abri. Les amateurs de rugby ou Frédéric Rey-Millet, eux, se repassent en boucle ses sorties. Celle contre le LOU est « un bijou de conférence de presse », estime son ami.