Top 14 : « Il n’y a pas le feu au lac »… Faut-il (déjà) s’inquiéter pour l’Union Bordeaux-Bègles ?

RUGBY Après avoir marché sur le Top 14 la saison dernière, le club bordelais vit un début de saison compliqué

Clément Carpentier

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L'UBB de Marais est dans la nasse en ce début de saison.
L'UBB de Marais est dans la nasse en ce début de saison. — THIBAUD MORITZ / AFP
  • L’UBB vient d’enchaîner quatre défaites d’affilée dont trois en Top 14.
  • Ce début de saison très moyen peut s’expliquer par le calendrier tronqué pour les Bordelais mais le départ de Semi Radradra se fait aussi déjà sentir.
  • L’Union ne panique pas et espère se refaire la cerise lors des deux prochains matchs avec les réceptions d’Agen et Bayonne.

C’est très rare. Alors forcément, ça illustre bien la situation actuelle. Si à l’Union Bordeaux-Bègles, on a l’habitude des coups de gueule de son manager Christophe Urios, le dernier date du début du mois, celui de Matthieu Jalibert est beaucoup moins fréquent. Voire inexistant. Le demi d’ouverture international a beau avoir un fort caractère, il s’emporte rarement au micro. Mais dimanche soir quelques secondes après la défaite à La Rochelle, il n’a pas pu se retenir sur Canal+ :

On ne respecte pas le maillot. On manque d’agressivité, on manque d’engagement. Il y en a marre de dire toutes les semaines qu’on a des regrets parce que la deuxième mi-temps, on se réveille mais c’est bien trop tard ! Il faut qu’on commence les matchs pied au plancher. On réagit aujourd’hui mais encore heureux qu’on réagisse sinon on passe pour des peintres. »

C’est vrai que les artistes bordelais, qui ont survolé le championnat la saison dernière avant son arrêt en raison de l’épidémie de Covid-19, ne sont pas inspirés en ce début de saison, avec une victoire pour trois défaites en Top 14 et une série de quatre revers d’affilée avec la défaite en demi-finale de la Challenge Cup. « On est loin de ce qu’on avait imaginé », avoue Christophe Urios. Il n’est pas le seul puisque les acteurs du monde du rugby avaient fait de l’UBB leur favori pour le titre cette année avec Toulouse. La 12e place actuelle du club interpelle forcément. Quelles explications ? Faut-il être inquiet pour l’Union ?

Non car il y a un chat noir au club

Déjà Laurent Marti, le président de l’UBB, doit se demander s’il n’y a pas un chat noir qui se balade dans les couloirs du centre d’entraînement car il y a encore quelques mois tout allait bien. Mais depuis le début de l’épidémie, toute part à vau-l’eau et le club n’est vraiment pas épargné : pas de première qualification en phases finales la saison dernière, pas de titre, une préparation complètement tronquée, un premier match de championnat reporté pour cas de Covid-19 au Stade Français, des cas positifs dans l’effectif et le report du match contre Clermont…

Pour Matthieu Jalibert, « ce sont que des excuses ça ! Si on commence à parler de Covid, pas Covid ou matchs reportés… » S’il y a « plein de choses qui n’aident pas » reconnaît pour sa part Christophe Urios, cela n’empêche pas d’être au rendez-vous le jour du match : « Les excuses ? Il ne faut pas raisonner comme ça. Ce sont les faibles qui raisonnent comme ça. Il faut s’accrocher. » Et si après plusieurs semaines d’entraînement son équipe continue à manquer ses entames de match comme à Lyon et La Rochelle, à être très indisciplinée ou à se faire remonter au score comme à Pau, le chat noir n’y est pas pour grand-chose.

Non car le calendrier était un peu tronqué

Cet enchaînement d’événements n’a pas été sans conséquence sur le calendrier de l’UBB. Les joueurs de Christophe Urios en sont à trois matchs à l’extérieur pour un seul à domicile (victoire contre Brive). Quand on connaît la différence entre jouer à la maison ou chez le voisin en Top 14, cela peut peut-être expliquer ce démarrage diesel. Surtout pour une équipe invaincue depuis plus d’un an à Chaban-Delmas.

D’ailleurs, c’est la seule toute petite excuse qu’Urios trouve à son groupe : « Si on avait reçu Clermont après Lyon peut-être que ça nous aurait fait du bien », tout en rappelant que le match était loin d’être gagné. La manager préfère simplement « constater que l’UBB n’a pris qu’un point en trois déplacements ». Bonne nouvelle pour l’Union, deux réceptions arrivent avec Agen et Bayonne.

Oui car le fantôme de Radradra plane

Un être vous manque et tout est dépeuplé… On n’en est pas encore là à l’Union Bordeaux-Bègles mais l’ombre de Semi Radradra plane sérieusement au-dessus du début de saison des Bordelais. Depuis l’annonce de son départ pour Bristol, Christophe Urios a beau répéter que « personne n’est irremplaçable » et que l’équipe de cette année est même « plus forte », la réalité est là : le centre fidjien manque cruellement à l’UBB. Sa puissance mais surtout sa créativité font énormément défaut à une ligne de trois-quarts bordelaise sans relief pour l’instant.

Le centre Jean-Baptiste Dubié, lui, rappelle à ce sujet que « quand Semi [Radradra] était à la Coupe du monde, nous sommes parvenus à faire une très belle série de victoires. » Celui qui doit le remplacer dans ce rôle de facteur X, l’ailier néo-zélandais Ben Lam vit une acclamation difficile comme le soulignait l’entraîneur des trois-quarts Frédéric Charrier sur France Bleu Gironde cette semaine : « Il y a beaucoup de changements pour lui. Il faut lui laisser le temps. A nous de l’intégrer le plus rapidement possible, mais ce n’est pas facile car c’est quelqu’un d’introverti. Il est en retrait pour l’instant, il faut insister ».

Oui car le contenu est préoccupant

Au-delà des résultats ou d’un joueur en particulier, c’est le contenu global qui peut inquiéter. Les Bordelais ont frôlé le néant lors de leurs premières mi-temps à Lyon et La Rochelle. La colonne vertébrale n’est plus aussi solide : Poirot n’avance plus comme à 20 ans, Diaby est indiscipliné, Higginbotham blessé, Lucu plus en retrait, Jalibert en équipe de France ou convalescent pour cause de Covid-19.

Jefferson Poirot, le capitaine de l'UBB.
Jefferson Poirot, le capitaine de l'UBB. - NICOLAS TUCAT / AFP

Bref quelque chose ne tourne pas rond en ce moment. Alors dans ces cas-là le mieux c’est de se taire pour rester poli, de faire le dos rond et d’écouter Christophe Urios : « Oui on a du pain sur la planche, oui on a du travail à faire, oui il y a sûrement besoin d’une remise en cause totale que ce soit l’ensemble du staff et les joueurs bien sûr. » Mais le troisième ligne Mahamadou Diaby le promet : « Il n’y a pas le feu au lac ! »