« C’est à ce moment-là que le joueur adverse me lance "Sale noir, rentre chez toi !" »

INTERVIEW Marvin Woki, deuxième ligne de Tarbes, réfléchit à porter plainte. La FFR a réagi.

Propos recueillis par Clément Carpentier

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Ballon de rugby, illustration
Ballon de rugby, illustration — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Marvin Woki, le grand frère du troisième ligne du XV de France, affirme avoir été victime de propos racistes lors d’un match de Fédérale 1 le week-end dernier.
  • Le deuxième ligne de Tarbes dénonce aussi des gestes ambigus de la part de ce joueur de Lannemazan. Il pourrait porter plainte.
  • La FFR lui a apporté son soutien et devrait rapidement examiner les faits.

C’est un choc dans le monde du rugby. Marvin Woki, grand frère du troisième ligne du XV de France  Cameron Woki et joueur de Tarbes de Fédérale 1 (troisième niveau français) dénonce des propos racistes à son égard lors de la rencontre contre Lannemezan, samedi dernier. Dans ce derby qui a tourné au pugilat, le deuxième ligne passé par le Stade Français et Montauban affirme qu’un joueur lui a dit : « Sale noir, rentre chez toi »

Ce même joueur aurait aussi joint des gestes à ses paroles. Des actes « inadmissibles » pour Marvin Woki qui revient pour 20 Minutes sur ce grave incident.

Pouvez-nous raconter ce qu’il s’est passé ?

C’était un derby mouvementé avec beaucoup d’énervement [sept cartons rouges au total]. Je finis par recevoir un carton jaune avec le talonneur remplaçant adverse [51e minute de jeu] après un énième accrochage. Alors que je me dirige vers le banc, il revient vers moi et commence par me pousser, je ne dis rien, je lève même les mains pour montrer que je ne réagis pas. C’est à ce moment-là que le joueur adverse me lance « Sale noir, rentre chez toi » !

Comment réagissez-vous ?

Sur le moment, je ne me rends pas compte de ses propos, je ne fais pas attention. Je reste même plutôt calme et un coéquipier me raccompagne sur le banc. Ce n’est qu’après quelques minutes que je réalise le caractère de ses propos. C’est très grave.

Certains de vos coéquipiers sont témoins de la scène…

Oui, un coéquipier en particulier. Mais ce n’est pas fini. Quand je suis sur le banc de touche, mes coéquipiers m’expliquent que le joueur adverse a aussi fait des gestes en passant à plusieurs reprises sa main devant son geste comme pour parler de ma couleur de peau. Ça se voit à la vidéo.

Comment se déroule la fin du match ?

Moi, je ne suis pas retourné sur le terrain. Lui, oui. Au coup de sifflet final, chaque équipe est restée de son côté étant donné la tension. Le joueur qui m’a insulté n’est pas venu s’excuser et aujourd’hui, je n’ai toujours eu aucune excuse.

Vous êtes choqué ?

C’est grave ce qu’il s’est passé. J’en ai parlé avec mon entraîneur, mon grand frère et toute ma famille. Il faut dénoncer ce genre de propos et de gestes. Ça n’a rien à faire sur un terrain et nulle part ailleurs.

Allez-vous porter plainte ?

Je suis en train de réfléchir à cela car on ne peut pas laisser passer ça. Je ne sais pas encore si je vais porter plainte mais je vais prendre rapidement ma décision.

La FFR apporte son soutien et pourrait se saisir de l’affaire

L’affaire pourrait rapidement prendre une autre dimension. Ce jeudi, Cameron Woki a relayé les faits sur son compte Twitter avec ce message : « C’est une honte… Nous ne voulons pas de ça dans notre rugby. Ce sont des paroles inappropriées et blessantes pour ma famille. En espérant que ce joueur soit sanctionné. »

Un post repris par Serge Simon, le vice-président de la Fédération Française de rugby. Il apporte son soutien au troisième ligne international et semble vouloir se saisir du dossier dans les plus brefs délais : « Sois rassuré Cameron Woki. Tolérance zéro pour tout acte ou propos raciste ou discriminatoire ! Dans notre rugby comme dans notre République le racisme et l’intolérance n’ont pas leur place. Nous assumerons notre rôle institutionnel. » La sanction pourrait donc être lourde si les faits sont avérés.