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Et si on supprimait les épreuves avec des notes et des jugements des JO ?

JO 2024 : On a passé une journée entière sur des épreuves avec des juges et des notes (et on n’a rien compris)

Cerveau en ébulitionLes épreuves avec notes et juges occupent une grande place aux Jeux olympiques, mais restent difficiles à cerner pour une bonne partie du public
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Gymnastique, skateboard street, natation synchronisée, plongeon… Aux Jeux olympiques, préparez-vous à subir plus de notes que durant toute votre scolarité.
  • Des épreuves qui donnent parfois des nœuds au cerveau au public, tant certaines notations semblent floues et conceptuelles.
  • Amateur de sadomasochisme dans l’âme, on a décidé de ne pas suivre non pas une, mais deux épreuves avec notation artistique dans la même journée. A ne pas reproduire chez vous.

De notre envoyé spécial dans les calculs mentaux,

A la fin du lycée, il y a pas mal de choses qu’on était content de laisser derrière nous. Les râteaux de Leslie en seconde, l’odeur des chasubles en sport, et les notes.

Quelle ne fut pas notre déception avec l’arrivée des Jeux olympiques de retrouver ce système aussi humiliant qu’incompréhensible (comme Leslie, tiens). Epreuve de canasson, skateboard street, BMX, gymnastique, natation synchronisée, les Jeux de Paris empilent les épreuves avec jugement et note dont les critères nous semblent aussi peu objectifs que ce mystérieux 8/20 au bac de philo qui méritait pourtant bien mieux.

Rien à faire, on ne comprend rien

Oui à la glorieuse incertitude du sport, non à son inexactitude. Ici, on aime les résultats objectifs. Un mec qui en dépasse sept autres aux 100 mètres, un ballon qui rentre dans un panier ou une cage, un Teddy Riner qui fait faire un aller simple Paris-Corée du Sud à son adversaire en finale, bref, un truc visible où même nous, simple gueux du monde sportif, on comprend qui a gagné sans avoir besoin de convier un comité d’expert et de demander un rapport à l’Onu.

Histoire de nous réactiver le plein de souvenir traumatique, on est donc parti sur une journée double notation, avec le plongeon à 3 mètres synchronisé le matin, et le trampoline le soir. Quatorze ans après le lycée, rien n’a changé, on est toujours aussi peu brillant dans la compréhension des notes.

Une vision défaillante

Si on pige deux trois trucs – O.K. le duo chinois est effectivement très bien synchronisé, on a quand même du mal à comprendre les différences entre un plongeon 47,4 et un plongeon 49,6. Exemple type avec le deuxième saut du duo Français, qu’on trouvait franchement mieux réussi que le premier, et qui a finalement eu la même note, comme le montre cet échange avec notre copine (désolé pour les fautes, on était sous le coup de l’émotion).

Nos jugements ne sont pas très bons.
Nos jugements ne sont pas très bons. - JLD/20 Minutes

Notre collègue américaine nous explique pourquoi on est un peu paumé : « Tu as un angle surélevé avec la tribune presse, du coup, tu ne peux pas savoir s’ils sont parfaitement synchronisés et parallèle, vu que tu les vois en biais. » Défaut de perception un peu ballot quand c’est tout le but de l’épreuve.

Des règles mais toujours pas de logique

Alors on aimerait croire Catie sur parole et se dire que nous ne sommes pas débiles, reste qu’avec un peu d’honnêteté, il faut admettre que même avec l’angle parfait de la caméra, le ralenti et le 1080p, on a trouvé le saut des Britanniques plus beau et osé que celui des Mexicains, à la différence des juges. Seul moment où on arrive à assez bien évaluer si c’est réussi ou pas : la taille du plouf au moment de rentrer dans l’eau, mais ça ne fait pas grand-chose pour vibrer.

On s’est quand même mis à espérer que sans l’aspect synchronisation, on s’y retrouverait mieux, mais le trampoline du soir, pourtant en solo, nous a peut-être encore plus laissés dans l’incompréhension. Le speaker tente tant bien que mal d’expliquer les règles au public, mais chaque notion qu’on pense avoir saisie est démontée par la notation suivante. Exemple type avec cette explication : « Il faut sauter au centre du trampoline », justifiant que l’Australien, lorgnant plus à droite qu’Emmanuel Macron, soit moins bien noté que le Colombien. Simple à piger non ? Pourtant, le Kazak suivant, qu’on jurerait avoir vu frôlé massivement les rebords finit devant le sauteur de Bogota.

Faut-il noter aussi quand l’athlète se casse la gueule ?

On se rassure avec un Allemand qui se casse la gueule – ça, ça va, on a compris que c’était raté. Sauf que même là, le doute nous envahit. Il obtient tout le même la coquette somme de 29 points, plus de la moitié de la note du Kazak vu plus haut (55 puntos pour sa part). Une prestation quasi parfaite ne vaudrait donc même pas deux fois plus qu’une chute ? Et pourquoi l’Espagnol, qui se ramasse à son tour, à 26 points ? Les viandages au sol sont-ils aussi jugés ? Les notations artistiques, c’est comme la physique quantique : si vous croyez les avoir compris, c’est que vous ne les avez pas compris.

Mais peut-être que cette position de simplet humble est finalement celle à adopter. « Moi, j’aime bien ne pas savoir, être dépassé, ne pas comprendre qui a gagné », s’enthousiasme Lucie, fan des Jeux qui défendra apparemment ce concept de jugement jusqu’à la mort. A-t-on besoin de comprendre toutes les références d’un Spielberg pour aimer l’un de ses films ? « Ça rajoute du suspense à l’épreuve, tu dois attendre pour savoir, ça fait durer l’intérêt », poursuit-elle.

« Tu laisses ton cerveau et tu regardes »

Il suffit de voir le public de Bercy grondant d’excitation avant chaque notation et les attendre avec autant d’envie qu’un Parisien le jour de la réouverture des terrasses post-Covid, pour comprendre que son opinion est partagée.

Même prise de position chez Natacha. « C’est le but des JO. Tu te poses devant la télé ou au stade, tu laisses ton cerveau et tu regardes. Les nageurs nagent, les coureurs courent, les juges jugent. Toi, tu ne fais rien. » Et effectivement, si on supprimait toutes les épreuves, notées ou non, où on ne capte rien aux JO, avouons qu’il ne resterait plus grand-chose.