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On vous plonge au cœur de l’épique finale de judo du « tourbillon » Gaba

JO 2024 Judo : « Ça restera dans les annales »… La sensation Joan-Benjamin Gaba nous replonge dans sa finale épique

JUDOLe jeune judoka (35e mondial) a conquis à la surprise générale ce dimanche une médaille d’argent olympique à l’Arena Champ-de-Mars. On vous raconte les tournants de son interminable finale des - 73 kg contre le champion du monde Hidayet Heydarov
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Le judo français continue sa razzia de médailles olympiques, puisque Sarah-Léonie Cysique a obtenu le bronze en - 57 kg, tandis que Joan-Benjamin Gaba a créé la sensation en allant chercher l’argent en - 73 kg.
  • Méconnu du grand public, le judoka de 23 ans, seulement 35e mondial dans sa catégorie, a même livré un combat épique en finale face au champion du monde, l’Azerbaïdjanais Hidayet Heydarov.
  • 20 Minutes vous plonge dans les moments clés de ce choc de 9'24'', décrypté par Joan-Benjamin Gaba et son entraîneur Guillaume Fort.

A l’Arena Champ-de-Mars,

« J’ai une playlist de chansons instrumentales de rap que j’écoute chaque jour de compétition depuis que je suis junior et qui s’appelle ''Invincible'' », racontait ce lundi soir Joan-Benjamin Gaba. On a justement cru que le judoka de 23 ans, l’un des plus méconnus d’une impressionnante équipe de France (cinq médailles sur six possibles dans ces JO de Paris 2024), serait « Invincible » jusqu’au bout de ce tournoi des - 73 kg. Bien que médaillé de bronze lors des Championnats d’Europe en avril, des doutes ne cessaient d’entourer sa sélection aux Jeux. Et pour cause, celui-ci n’est que 35e au classement mondial de sa catégorie. « A part mes coachs et ma famille, personne ne croyait en moi, je le sais », glisse-t-il dans un sourire.

Cela a constitué un des moteurs de sa fantastique journée, ponctuée par sa première médaille olympique, en argent, seulement battu par le numéro un mondial et champion du monde, l’Azerbaïdjanais Hidayet Heydarov. « En mission », Joan-Benjamin Gaba a été à la hauteur d’une bataille ahurissante de 9'24'' en finale. « C’était une vraie finale olympique de bonhommes, résume son entraîneur chez les Bleus Guillaume Fort. Ça restera dans les annales ce truc-là. » Si bien que 20 Minutes vous décrypte les nombreux tournants de ce choc de titans, le premier combat ever entre eux, que personne n’avait imaginé.

11e seconde : Gaba porte une superbe attaque

Surprenant et hypra offensif toute la journée, Joan-Benjamin Gaba l’est encore d’emblée dans le combat d’une vie. Il balaie littéralement son adversaire après onze secondes, mais celui-ci se débrouille pour ne pas chuter sur le dos. On est passé tout près d’un ippon supersonique et couvert d’or ! « Joan aurait pu ne pas oser par crainte de l’événement, note Guillaume Fort. Mais non, le mec a lancé sa finale comme s’il était dans son jardin. »

L’intéressé nous dévoile comment il a pensé à cette attaque d’une audace folle. « Je vois qu’il a la jambe gauche avancée, et ce n’est pas sa jambe forte. Du coup j’attaque directement cette jambe gauche et ça marche. Mais il est malin : il ne l’a plus jamais avancée après ça. » Et si c’était déjà le principal tournant de cette finale ?

La sonnerie des quatre minutes retentit

Calme en apparence, le Français reste bouillant dans son judo, y compris au sol. Mais il n’aura plus la moindre opportunité de déborder Hidayet Heydarov dans les quatre minutes de combat. Avec un shido (une pénalité) chacun, les deux finalistes foncent vers le « golden score », où la moindre attaque comptabilisée est synonyme de victoire. Une « prolongation » de tous les dangers, avec déjà quatre combats dans les pattes de 10 à 17 heures (contre trois pour le numéro un mondial), non ?

« C’est un peu une de mes marques de fabrique de faire des combats longs, assure Joan-Benjamin Gaba. Au Grand Slam de Paris 2023 contre une tête de série, Yuldoshev, j’avais peut-être fait huit minutes de "golden" [victoire en "seulement" 5'42'' au total en fait]. Physiquement et mentalement, j’étais là. »

N'essayez pas de reproduire cette cascade dans votre salon avec vos potes.
N'essayez pas de reproduire cette cascade dans votre salon avec vos potes. -  Y. Taguchi/USA TODAY Network/SIPA

6e minute : Gaba se relève toujours le premier

La guerre des tranchées devient épique dans cette « prolongation » sur tatami. Mais à chaque arrêt pendant près de deux minutes additionnelles, le premier judoka à se relever se nomme Joan-Benjamin Gaba. « Le public était vraiment incroyable, indique-t-il. Et quand on se fait pousser comme ça, on ne sent limite plus la fatigue. On se dit qu’on n’a pas le droit de craquer. Ça donne énormément de force et ça aide à se relever vite. Pendant ce temps, je voyais qu’Heydarov était fatigué. Il a pourtant énormément de cardio ce garçon, mais j’avais l’impression d’être plus en forme que lui. »

Y a-t-il une réelle symbolique à se relever le plus vite dans un combat ? « Oui, sur les deux tiers du combat, Joan montre à l’arbitre qu’il est prêt, comme il est debout le premier, décrypte Guillaume Fort. Et puis le langage corporel est super important. » Son protégé poursuit l’idée.

« C’est important de prendre le dessus psychologiquement sur l’adversaire. Quand il est fatigué, avec les mains sur les genoux, et qu’il me voit me relever vite, il se dit : « Comment je vais faire pour y arriver? ». Je l’ai vu douter, franchement. En plus, j’avais moins de pression que lui, qui est champion du monde. »

Joan-Benjamin Gaba

7e minute : Alerte au genou pour Gaba

Problème numéro un : le judoka français subit un deuxième shido après 1'39'' de « golden score », preuve qu’il devient un peu moins actif. Et surtout, il montre après 2'45'' des signes de pépin physique. Des crampes ? « Non, ça a craqué au niveau du genou. J’ai dû arrêter ma technique parce que ça s’est bloqué. » Pour autant, son entraîneur reste confiant. « Moi je suis mort, s’amuse-t-il. Mais pour lui, c’est super dur mais ça ne lui fait pas peur d’aller dans des combats extrêmes comme ça. Après, c’est vrai que Joan met de plus en plus de temps à se relever. »

9'15'' : Gaba « tente le tout pour le tout »

Très marqué lui aussi, Heydarov vient de ramasser à son tour une deuxième pénalité (à 3'14'' dans le « golden score »). Le suspense est insoutenable et les deux judokas puisent au fin fond de leurs ressources, tels des footballeurs à la 120e minute d’un match (disputé à La Paz tant qu’à faire). A 5'15'', les deux finalistes font le choix de s’agripper pour tenter d’en découdre. « Là, l’enjeu est d’accélérer encore plus, explique Guillaume Fort. Quand il y a deux mecs sur une phase de corps à corps, avec une telle fatigue, on sait que ça va s’arrêter d’un côté ou de l’autre. »

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Instigateur de cette configuration, Joan-Benjamin Gaba tente de résister à l’impact. Mais après quelques secondes d’une séquence mémorable, ça se conclut sur un terrible ippon. Le Français revient sereinement sur l’épilogue de ce drama : « C’est un petit manque de lucidité de ma part mais il faut voir que j’étais à deux shidos. Lui aussi, mais il arrivait à attaquer avant moi à chaque fois. Je préférais m’engager, tout donner, donc je suis parti sur une phase de corps à corps. Plutôt que perdre sur trois shidos, j’ai tenté le tout pour le tout. Je me suis dit : "Soit c’est lui, soit c’est moi". Et ça a basculé en sa faveur. »

Guillaume Fort ne lui en tient pas rigueur : « C’est bien, il s’est engagé, il a pris un risque et il n’a absolument rien à se reprocher ». Son entraîneur personnel Stéphane Frémont est un peu plus mitigé sur ce choix : « Joan en avait encore sous le capot, donc s’il avait été un peu plus patient… »

9'24'' : Heydarov adresse une belle accolade à Gaba

Après ses titres de champion d’Europe et de champion du monde, l’Azerbaïdjanais touche au Graal olympique. Il va immédiatement saluer Gaba, avec un baiser sur son front. « C’était un signe de respect, raconte le nouveau médaillé d’argent olympique. Il m’a dit que j’étais incroyable, que je m’étais battu comme un lion. Mes résultats n’étaient pas à la hauteur de mon niveau ces derniers mois mais Heydarov me connaît car on a fait des stages ensemble. Il ne se disait pas qu’il prenait un peintre. »

Hidayet Heydarov et Joan-Benjamin Gaba dans un poignant remake d'une séquence Laurent Blanc-Fabien Barthez.
Hidayet Heydarov et Joan-Benjamin Gaba dans un poignant remake d'une séquence Laurent Blanc-Fabien Barthez. - Eugene Hoshiko/AP/SIPA

Plus personne dans le monde du judo n’osera désormais parler de M. Joan-Benjamin Gaba dans ces termes. « On était sur un événement de malade avec de la pression médiatique, et Joan a été incroyable, conclut Guillaume Fort. C’est une machine de guerre, et on a eu affaire à un tourbillon aujourd’hui. » Le jeune athlète n’est pas un « tourbillon » que sur les tatamis. Moins d’une heure après sa « défaite », il glissait, médaille d’argent autour du cou : « C’est dommage, j’espère avoir l’or à Los Angeles ». Mettez de côté votre meilleur pop-corn pour une revanche olympique en 2028, dans une finale des - 73 kg de douze minutes.