JO 2024 - Judo : Le temps des polémiques est-il fini pour de bon concernant l’Arena Champ-de-Mars ?
JUDO•Principale cible des critiques durant la semaine de lancement des JO de Paris 2024, l’atypique salle située à quelques pas de la Tour Eiffel a réussi son baptême de feu samedi, avec deux médailles françaises à la cléJérémy Laugier
L'essentiel
- Le tournoi olympique de judo a débuté samedi dans la toute nouvelle Arena Champ-de-Mars.
- Marquée par les premières médailles françaises des JO de Paris 2024, grâce à Shirine Boukli et Luka Mkheidze, cette journée de lancement a été une réussite pour l’atypique endroit.
- Trois jours plus tôt, il fallait pourtant changer en urgence les tatamis, ce qui a suscité une vive polémique dans le monde du judo, vexé de ne pas avoir droit à l’Arena de Bercy pour ces Jeux.
A l’Arena Champ-de-Mars,
Si vous vous apprêtez ce dimanche à rejoindre l’Arena Champ-de-Mars pour soutenir les judokas tricolores Amandine Buchard et Walide Khyar, ne vous arrêtez pas à la première impression. Ou plutôt aux trois premières impressions. Vous risquez tout d’abord de grommeler en bravant la bouillasse (merci le déluge de la cérémonie d’ouverture, qui a surtout ruiné l’entrée de la zone médias) pour accéder à cet étonnant dojo temporairement aménagé en vue des JO de Paris 2024. Puis en entrant dans ce Grand Palais éphémère relooké, vous allez forcément lever les yeux au plafond en accédant aux gradins via des marches raides à souhait.
Le point de vue ne devrait guère vous enchanter puisque s’offriront à vous d’immenses conduits de ventilation. Enfin, vous serez tentés de découvrir l’écran géant central, sauf que celui-ci est grandement caché par les imposantes installations de lumière. « Si un tiers des spectateurs peut voir cet écran, c’est le bout du monde, regrette Franck (53 ans), président d’un club de judo en Touraine venu assister aux médailles de Shirine Boukli et Luka Mkheidze samedi. C’est le gros bémol de cette nouvelle salle. »
Des problèmes de tatamis et de poussière
Au vu de la zone de turbulences traversée cette semaine par l’Arena Champ-de-Mars, des fails bien plus problématiques ont failli mettre en péril le lancement du tournoi olympique de judo ce week-end. Quel était donc le souci au juste ? « Le site n’est pas prêt et nous en souffrons, beaucoup de choses manquent dans l’installation, a balancé mardi le président de la Fédération internationale de judo Marius Vizer, en prenant soin de ne pas rentrer dans les détails. Je ne comprends pas pourquoi le judo n’a pas pu rester à Bercy, c’est le temple de notre sport. »
On l’a bien compris, tous les sports indoor rêvaient de Bercy, y compris donc le judo, qui y organise chaque hiver le Paris Grand Slam, mais qui a été devancé par la gymnastique, le trampoline puis le basket pour ces Jeux olympiques. On pouvait compter sur la Fédération française de judo pour nous en dire plus. « Des différences de densité sur les tatamis » ont entraîné le remplacement en urgence des tapis, dans la nuit de mercredi à jeudi. Et par ailleurs, « la poussière rentrait dans la salle » en masse, un autre sujet épineux à résoudre en dernière semaine/minute.
« Une ambiance qu’on n’a jamais eue au judo »
Alors ce baptême de feu under pressure a-t-il convaincu le monde du judo samedi ? « Oui, la salle d’échauffement est conforme, comme celles de compétition et de pesée, a indiqué dans la matinée à 20 Minutes le président de la Fédération française de judo Stéphane Nomis. Tout a été réglé à 99 % aujourd’hui et tout le monde est hyper heureux d’être là. » Et ce avant de revenir sur cette polémique dont se seraient bien passés la discipline et les organisateurs des JO de Paris 2024.
« J’étais un peu agacé par ce qu’il s’est passé. On a toujours eu envie de recevoir le monde du judo dans les meilleures conditions. Et là, il y avait des manquements. On a mis toutes nos équipes de la Fédération pour aider les équipes du Cojo afin d’avoir une salle qui correspondait aux standards du judo français. Ça a été dur, mais aujourd’hui je kiffe. »
Et il n’est pas le seul : les 8.365 spectateurs ont validé l’expérience samedi, entre visibilité très correcte des combats, univers boîte de nuit pour ouvrir la session de l’après-midi, et soutien inconditionnel des Bleus. « C’est une ambiance qu’on n’a jamais eue dans une salle de judo, où que ce soit dans le monde, estime même Stéphane Nomis. On sent que beaucoup de supporteurs ne sont pas des judokas et qu’ils ont l’habitude de faire du bruit dans des stades de football ou de rugby. » Le tout en bonne compagnie.
La « très belle aventure » de Luka Mkheidze
« Voir cette statue équestre du maréchal Joffre au milieu d’une tribune, c’est atypique, note Romain (24 ans), venu spécialement de Montréal pour assister aux JO. Ça donne bien une touche Paris ville-musée. » A moins de 500 m de la Tour Eiffel, cette Arena Champ-de-Mars dégage quelque chose, même si son prestige est incontestablement moindre par rapport à l’aménagement du Grand Palais, consacré à l’escrime.
Mais au fait, comment les principaux intéressés ont-ils vécu toute cette polémique avant de se lancer les premiers ici samedi, six jours avant l’icône ultime du judo tricolore Teddy Riner ? « Je ne suis pas forcément au courant de ce qu’il s’est passé ces derniers jours, assure Luka Mkheidze, médaillé d’argent en – 60 kg. J’essaie justement de ne pas regarder les commentaires négatifs qu’il peut y avoir afin de rester concentré sur moi-même, sur ma perte de poids et sur ma compétition. Mais j’ai trouvé cette salle très bien, je me suis bien senti, j’ai vécu une très belle aventure. »
Comme le vivront dans les prochaines semaines la lutte, le para judo et le rugby fauteuil, à l’occasion des JO et des Jeux paralympiques de Paris. Reste une question nous tenant en haleine, qu’y a-t-il derrière ce 1 % d’imperfection évoqué par le président de la Fédé française de judo ? « Il y a toujours des petits impondérables à gérer quand tu organises ainsi une nouvelle salle. Aujourd’hui, il manquait par exemple des cartouches d’impression, ce qui posait problème pour imprimer les tableaux pour tout le monde. » Arf, après tout, l’essentiel était d’avoir des médailles à mettre autour du cou de Shirine Boukli et de Luka Mkheidze.


















