JO 2024 - Judo : « Elle a failli raccrocher le kimono »… Amandine Buchard a sauvé son rêve olympique grâce à un break
C’est les Émotions•Vice-championne olympique à Tokyo, la judokate tricolore a obtenu une vibrante médaille de bronze ce dimanche, après avoir effectué une étrange pause avec son sport en début d’annéeJérémy Laugier
L'essentiel
- Après Shirine Boukli et Luka Mkheidze la veille, Amandine Buchard a offert ce dimanche à l’équipe de France de judo sa troisième médaille aux JO de Paris 2024.
- Vice-championne olympique à Tokyo, la judokate de 29 ans a obtenu une vibrante médaille de bronze en - 52 kg à l’Arena Champ-de-Mars.
- Ce nouveau podium est lourd en symbolique pour « Bubuche », qui avait eu besoin d’un « break salvateur » en début d’année.
A l’Arena Champ-de-Mars,
Il a fallu moins de trente secondes d’interview à Amandine Buchard, véritable écorchée vive du judo tricolore, pour pointer ce dimanche LE moment clé ayant débouché sur sa poignante médaille de bronze obtenue en - 52 kg aux JO de Paris 2024. « J’ai fait un choix atypique : je me suis éloigné des tatamis à six mois des Jeux. J’ai senti que j’avais besoin de me ressourcer, de me reconstruire et de savoir ce que je voulais vraiment. Au final, j’ai été récompensée de ce choix-là. » Limpide.
Mais dans quel monde une athlète ayant l’opportunité d’une vie face à elle, à savoir des Jeux olympiques à la maison, choisit-elle de mettre en pause la pratique de son sport ? Très proche de « Bubuche », l’entraîneur des féminines de l’équipe de France Christophe Massina a tenu à accompagner ce « pari risqué ». « Avec tout le staff, il a fallu réfléchir à comment on pouvait lui redonner le goût du judo et de la compet', indique-t-il. Car elle a quand même failli raccrocher le kimono. »
Elle était « en train de plonger dans le burn-out »
Oui oui, à 28 ans, avec un impressionnant palmarès magnifié par sa médaille d’argent aux JO de Tokyo et son titre olympique par équipe mixte en 2021 également. « Dans cette olympiade, j’ai eu des hauts et des bas, des blessures et des moments où j’ai cru que j’avais perdu cette flamme pour le judo, résume Amandine Buchard, très émue. Et puis je suis revenue et je suis fière de ce podium. »
Concrètement, la judokate tricolore avait déjà eu le tort de « recommencer trop tôt après Tokyo », selon Christophe Massina. Puis les compétitions se sont enchaînées jusqu’à ce qu’elle se sente donc en janvier « en train de plonger dans le burn-out ». Au pire moment possible en apparence pour se donner une chance de rafler sa première médaille d’or olympique en individuelle, et même un podium, a-t-on pu penser l’hiver dernier.
Des podiums dans tous les gros tournois en 2023-2024
« Son break a été complètement salvateur, confie son coach chez les Bleues. Je ne pense pas qu’elle serait sur le podium aujourd’hui si on ne lui avait pas permis de souffler, tout en veillant à ce qu’elle garde sa condition physique. On a réussi à adapter complètement ce moment-là. » Si bien que dans « une année tellement dure pour elle », elle se retrouve championne d’Europe (avant sa coupure, en novembre 2023), victorieuse d’un Grand Slam en Ouzbékistan (pour son retour en mars), médaillée de bronze mondiale en mai, et donc médaillée olympique à Paris au bout d’une folle journée à l’Arena Champ-de-Mars.
Battue en demi-finale par la désormais championne olympique ouzbèke Diyora Keldiyorova (tombeuse en 8es de la favorite japonaise Uta Abe), Amandine Buchard s’est relancée en coulisses auprès de Christophe Massina, de sa psychologue et de ses amis, dont sa coéquipière en équipe de France de judo Clarisse Agbegnenou. Avec une bataille à livrer pour le bronze contre la Hongroise Réka Pupp. Interminable, avec plus de trois minutes dans la période « golden score », celle-ci a basculé sur une attaque habile aux allures de libération pour l’athlète de 39 ans, irradiée par des émotions entremêlées devant 8.365 spectateurs en fusion.
« Je n’ai jamais vraiment eu de famille dans les gradins »
Dans cette intense journée olympique, la double championne d’Europe a toujours semblé être sur un fil. « Malgré son énorme palmarès, elle a un chemin de vie qui demande parfois plus de soutien que d’autres, résume Christophe Messina, qui n’entraînera plus les Bleues après les JO. Il ne fallait pas que je la lâche pendant ce dernier combat parce qu’il y a des moments où elle peut dégoupiller. C’est important de maintenir le lien avec Amandine. » Ce « lien » qui lui a parfois tant manqué sur le plan personnel, comme elle l’a ensuite raconté en pleurs dans la zone d’interview.
« Je n’ai jamais vraiment eu de famille dans les gradins et aujourd’hui j’en ai énormément. Je suis allée au bout de moi-même et l’énergie qui me manquait, je suis allée la puiser dans mon public. Le judo m’a sauvée, il m’a apporté une famille. » Un aveu particulièrement touchant, alors qu’Amandine Buchard a spontanément dirigé ses doigts vers le ciel après son succès pour le bronze. Elle explique avoir pensé à son père, qui l’avait orientée vers le judo avant qu’il ne décède, lorsqu’elle avait 13 ans.


















