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Et si on assistait à la résurrection de Renaud Lavillenie avant les JO ?

JO de Paris 2024 : Et si on assistait à l’inespérée résurrection de Renaud Lavillenie ?

Saut à la percheLe champion olympique de Londres, en 2012, s’est rapproché des minima après des mois, voire des années, dans le dur. Il aura encore quatre occasions de se qualifier pour Paris
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Renaud Lavillenie, 37 ans, met tout en œuvre pour participer à ses quatrièmes Jeux olympiques à Paris, après l’or à Londres, l’argent amer à Rio et une 8e place à Tokyo.
  • Après une opération en septembre 2023 suivie d’une longue rééducation, le Clermontois a franchi 5,72 m et s’est rapproché à 10 cm des minima olympiques, vendredi en Pologne.
  • Lavillenie aura encore quatre occasions en juin de passer 5,82 m et de rejoindre Thibaut Collet, seul perchiste français à disposer pour l’instant de son ticket pour Paris.

Attention, ça se rapproche. Vendredi à Duszniki, en Pologne, Renaud Lavillenie a franchi chaque fois au premier essai 5,42 m, 5,62 m et surtout 5,72 m. A 10 cm de la hauteur requise pour participer cet été à Paris à ses quatrièmes Jeux olympiques, une barre sur laquelle il a buté à trois reprises.

« Je ne pouvais pas espérer mieux 260 jours après mon opération », s’est félicité le médaillé d’or 2012 à Londres sur ses réseaux sociaux. « Les minima pour les JO sont clairement à portée de saut. Plus qu’à concrétiser un beau mois de juin. »

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Si le sautoir du Stade de France reste pour l’heure une vision floue à l’horizon, on peut déjà dire que Lavillenie (37 ans) revient de loin. « Ma dernière vraie bonne compétition, c’était le Toulouse Capitole Perche en [septembre] 2022 où j’avais gagné avec 5,81 m », reconnaissait-il vendredi en visio – avant son concours en Pologne – lors de la présentation de l’édition 2024 de l’événement haut-garonnais.

Une reprise compliquée à domicile

« C’était déjà la fin d’une saison où j’avais un peu galéré avec une tendinite au niveau du tendon de l’ischio-jambier qui s’insère dans la fesse. » La blessure l’a poursuivi pendant toute la saison suivante, le forçant en septembre 2023 à passer « par la case "chirurgie" car [son] tendon était décollé à 90 % ». « Ensuite, j’ai suivi un "process" de rééducation et de réathlétisation relativement long, j’ai repris la perche il y a tout juste deux mois. »

Pour sa rentrée, le 22 mai chez lui à Clermont-Ferrand, l’ancien recordman du monde (6,16 m en 2014) avait échoué à trois reprises à 5,35 m. Ce qui pour un Lavillenie en pleine possession de ses moyens représente à peu près la hauteur de votre canapé pour un jeune chat.

Renaud Lavillenie, champion olympique à Londres le 11 août 2012, entre les Allemands Bjorn Otto (à gauche) et Raphael Holzdeppe
Renaud Lavillenie, champion olympique à Londres le 11 août 2012, entre les Allemands Bjorn Otto (à gauche) et Raphael Holzdeppe - Matt Slocum / AP / Sipa

Cette très timide reprise ne pouvait qu’alimenter le scepticisme face au pari olympique du meilleur spécialiste français de tous les temps. L’Auvergnat n’a plus atteint ou dépassé les fatidiques 5,82 m depuis les Mondiaux d’Eugene (Etats-Unis) en juillet 2022. Avec 5,87 m, il s’était alors classé cinquième d’un concours dominé par son indéboulonnable ami, Mondo Duplantis, de 13 ans son cadet.

Rendez-vous samedi à Pierre-Bénite

Pourtant, même avant son très encourageant voyage polonais – où il s’est classé deuxième derrière le héros local Piotr Lisek, vainqueur avec 5,82 m – Lavillenie affichait une confiance qui ne le quitte que rarement dans ses discours. Le Clermontois dispose désormais de quatre opportunités pour rejoindre Thibaut Collet, seul perchiste français déjà qualifié pour les JO, où chaque pays peut envoyer trois spécialistes : le 8 juin à Pierre-Bénite, en banlieue de Lyon, le 15 au Bourget, le 22 à Toulouse et le 30 aux championnats de France à Angers.

« Et après si besoin, je peux ajouter des compétitions, mais c’est mon calendrier actuel », relevait-il vendredi, sans plus de précisions, lors de sa visio toulousaine.

Cette soif de compétition, cette envie de renverser une situation compromise à un âge où la plupart des sportifs pros ont plié les gaules depuis un bail, peut étonner chez un champion qui a déjà tout gagné, sauf les Mondiaux en plein air.

Mais si Lavillenie était une chanson, ce serait Pour le plaisir, le tube imputrescible d’Herbert Léonard sur une musique de Julien Lepers, comme il l’expliquait fin novembre à 20 Minutes. Alors en pleine convalescence après son opération aux ischios, il assurait : « J’ai toujours sauté pour moi, pas pour faire plaisir aux autres ou pour gagner. Et après j’ai eu la chance que tout se combine, d’y ajouter les victoires. »

« L’âge n’est pas un critère »

Et même si les succès se sont raréfiés depuis quelques années, dans une discipline où Duplantis règne en dictateur, peu lui chaut. « Ce qui m’anime est le plaisir de sauter, la passion de cette discipline, si je n’avais pas ça, j’aurais arrêté depuis quelques années déjà. L’âge n’est pas un critère. Les Jeux en soi sont un événement majuscule, et le fait que ce soit à Paris fait que ma tête et mon corps ne se posent pas de question. » Lavillenie glissait même dans un sourire que ces JO à domicile « ne [seraient] pas forcément les derniers ».

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Le ton se faisait plus sérieux lorsqu’on évoquait avec lui vendredi la suspension pour dopage de Thiago Braz, attrapé la main dans le pot de miel, ou plutôt d’ostarine. Le Brésilien, médaillé de bronze aux Jeux de Tokyo, où Lavillenie, blessé, avait fini 8e, avait surtout privé à la surprise générale le Français d’un deuxième sacre olympique consécutif à Rio, en 2016.

« Tout ce que je peux dire, c’est que la lutte antidopage avance, qu’elle fonctionne, a évacué le Clermontois, qui avait très mal vécu l’épisode voici huit ans. C’est assez remarquable, il faut se dire que les tricheurs se feront prendre un jour ou l’autre. » Et pendant que Braz purge sa peine de 16 mois, Renaud Lavillenie saute toujours.