Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Ce que l'on a compris du personnage Luis Enrique à travers sa série documentaire

OM – PSG : Ce que l’on a compris du personnage Luis Enrique à travers sa série documentaire

footballLa série documentaire sur Luis Enrique, diffusée par la plateforme Movistar +, est une occasion de mieux cerner l’entraîneur espagnol, que l’on suit dans son quotidien tout au long de la saison dernière
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • La plateforme espagnole Movistar + a diffusé en ce mois d’octobre une série-documentaire sur Luis Enrique. Pendant trois épisodes de 40 minutes, il propose de suivre l’entraîneur dans son quotidien et son intimité, tout au long de sa première saison au PSG.
  • L’occasion pour les observateurs que nous sommes de mieux cerner ce technicien que l’on sent de l’extérieur passionné et intransigeant à l’extrême.
  • Après l’avoir visionné, nous vous proposons les principaux aspects qui ressortent de ce documentaire, qui vient confirmer l’image que l’on se fait du coach espagnol tout en faisant affleurer les ressorts intimes qui le poussent à être ce qu’il est.

Luis Enrique est décidément un personnage plein de paradoxes, capable de rembarrer les journalistes parce qu’ils ne comprendraient pas ses idées de jeu et en même temps de tenir des lives sur Twitch pendant une Coupe du monde ou d’ouvrir son quotidien à une équipe de tournage, jusqu’à l’intimité de sa famille.

L’Espagnol, toujours branché sur 100.000 volts, n’est pas facile à suivre, et c’est là tout l’intérêt du documentaire « No tenéis ni p*** idea » (« Vous n’en savez foutre rien », en VF), diffusé en octobre sur Movistar +. En trois épisodes de 40 minutes, filmés tout au long de la saison dernière, il permet de cerner un peu mieux l’entraîneur du PSG, de l’entendre parler de lui et de sa méthode, à défaut de toujours le comprendre. Autant d’éléments qui, mis bout à bout, aident à dresser le portrait de l’Asturien.

Luis le sportif compulsif

L’une des premières scènes du documentaire donne le ton. On y voit l’Espagnol, tout juste nommé à Paris, marcher sous la pluie et pieds nus sur les terrains d’entraînement du Campus. Il est un adepte du « earthing », une pratique qui consiste à se reconnecter à la terre pour bénéficier de son énergie. « J’avais des allergies, j’avais dû arrêter le vélo. Depuis que je fais ça, tout a disparu. La connexion avec la nature, j’adore ça », explique-t-il.

Luis Enrique prend soin de son corps, partout, tout le temps. On ne compte plus les séquences où on le voit effectuer des tractions, des burpees avec des poids sur le dos ou des pompes, chez lui ou juste avant d’entrer en salle de conférence de presse. Il interrompt même le briefing tactique de son adjoint avant le quart de finale aller de la Ligue des champions contre le Barça pour une petite séance de squats. « Je suis un peu étouffant non ? Alors imagine avec les joueurs », dit-il au caméraman en se marrant. « Je ne savais pas qu’il y pouvait y avoir un être humain avec autant d’énergie », confesse Luis Campos.

Luis la main de fer

Le fil rouge des trois épisodes est sa relation avec Kylian Mbappé, écarté en début de saison puis réintégré, avant l’annonce de son départ. « Etre puissant avec les faibles, c’est facile et c’est nul. Etre puissant avec les puissants, c’est un problème pour la majorité (des entraîneurs). Pour moi, non », pose Luis Enrique dès le début de saison, après avoir critiqué son attaquant alors qu’il sortait d’un triplé contre Reims.

L’Espagnol dénigre la philosophie passée du PSG, comme pour mieux justifier pourquoi les dirigeants l’ont choisi. « C’est un problème les footballeurs qui sont traités comme des dieux à qui on ne peut rien dire. La vérité est que ces gars sont normaux, Kylian est toujours avec le sourire, super ouvert, intelligent, un gars merveilleux. Mais bien sûr, si on lui dit quelque chose, tout le monde est là "aaah le crack va être offensé". Mais les cracks doivent donner l’exemple et quand ils sont moins bien, c’est au coach de leur dire. On met un peu de normalité, ça ne peut pas faire de mal. »

La relation entre les deux hommes est teintée de respect, malgré tout. Simplement, Luis Enrique préfère ne pas être contraint par un joueur hors normes, qui sort du cadre. Une histoire qui rappelle les difficultés rencontrées avec Totti à la Roma, par exemple. « Je suis un gars qui aime les difficultés. Plus il y a de la merde, mieux je me sens », dit-il à un moment, cultivant l’idée d’une certaine complaisance dans le conflit.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Le point d’orgue du duo est évidemment la fameuse scène, déjà relayée, où le coach fait un débrief salé à sa star sur son manque d’investissement défensif après la défaite à domicile en quart de finale aller face au Barça (2-3). « Montrer l’exemple, c’est ça être un leader », lui dit-il en substance, prenant exemple sur l’une des idoles de Kylian, Michael Jordan.

Luis l’ennemi des journalistes (ou l’inverse)

Autre thème qui revient souvent, le profond mépris de l’Espagnol pour la presse de manière générale, accusée de ne rien comprendre à ce qu’il propose sur le terrain. C’est d’ailleurs de là que vient le titre de la mini-série – sur sa propre proposition. Il fustige par exemple « les analyses de quartier de 3e division » après la claque 4-1 à Newcastle en Ligue des champions, où son système à quatre attaquants a pris l’eau. Il l’avait défendu après la rencontre, persuadé qu’il était le bon malgré la déroute. C’est là où vraiment, on a du mal à le suivre dans ses raisonnements.

On le voit ensuite discuter de son image médiatique avec sa femme Elena, lors d’un break dans leur maison à Barcelone. « Evidemment, il y a un prix pour ma manière de traiter la presse. Ils vont vouloir me couler. Comme en équipe nationale », a conscience l’ancien sélectionneur de la Roja, pas épargné après l’élimination dès les 8e de finale du Mondial au Qatar par le Maroc. Sa femme semble touchée par ce qu'elle entend. « Je me fiche si les gens m’aiment ou pas. Je préfère même qu’ils parlent en mal de moi, ça ne m’affecte pas », dit ainsi son mari. « Moi je ne préfère pas », lui répond-elle.

Elena, la femme de Luis Enrique, dans les tribunes du Parc lors d'un match contre Lens le 26 août 2023.
Elena, la femme de Luis Enrique, dans les tribunes du Parc lors d'un match contre Lens le 26 août 2023. - DPPI via AFP

Luis le tacticien obsédé (et borné)

Ça ne surprendra personne, l’Espagnol passe un temps fou à causer tactique avec ses adjoints. Il aime détricoter la rencontre précédente à la vidéo, imaginer la bataille à venir sur le terrain. On le voit par exemple disséquer la relance du Barça avant le quart de finale retour, cibler le défenseur Araujo et demander à ses joueurs de « couper la ligne de passe puis le presser ». L’Uruguayen prendra un rouge pour une faute sur Barcola à la suite d’une relance ratée, élément déclencheur de folle remontée parisienne.

Ses deux marottes : la possession du ballon et le pressing collectif. Et quoi qu’il advienne, victoire ou défaite, vous ne lui en ferez jamais revenir. Avant la demi-finale retour contre Dortmund, il lâche : « Est-ce que je dispose de la vérité absolue, non. Mais au moins je vais mourir avec la mienne. Et c’est très important. On a été éliminés par le Maroc à la Coupe du monde. Ils ont joué tous derrière, et il y a les gens haineux qui disent que je n’ai aucune putain d’idée, que je n’avais pas de plan B. Pour moi la plus belle chose est de choisir comment on va mourir. On va être éliminés de la Champions en jouant comme ça ? Très bien, je signe. »

De quoi mettre en perspective ses réactions d’après-match souvent déroutantes. Un jusqu’au-boutisme forcené qui n’est pas sans risque, mais l’homme est ainsi fait et rien ni personne ne pourra le changer.

Luis le flippant

C’est une séquence qui arrive assez vite dans le premier épisode. Elle dure à peine une minute mais en dit long sur l’autoritarisme assumé de l’Espagnol envers ses joueurs. Voici donc comment il imagine le foot du futur : « C’est un entraîneur en haut dans les tribunes, avec un casque, qui peut contrôler ses joueurs en leur disant où se placer, quand monter. Ce sera merveilleux pour moi, les joueurs je les flinguerai. Et si on pouvait leur envoyer une petite décharge électrique, si le gars oublie de monter au pressing, ce serait parfait. » Ses adjoints se marrent, lui a l'air d'en avoir vraiment envie.

Luis le Catalan d’adoption

Révélé au Real Madrid, le joueur Luis Enrique a beaucoup fait causer en Espagne avec sa signature pour l’ennemi juré, le FC Barcelone, en 1996. L’épisode 2 revient assez longuement sur ce moment marquant de sa vie. Il a été le premier joueur d’envergure à faire le trajet directement dans ce sens, ce qui lui a valu d’être haï dans la capitale.

A l’inverse, il s’est épanoui au Barça, dont la culture de jeu l’a marqué au fer rouge. A tel point que le natif de Gijon se revendique meilleur ambassadeur du foot catalan que Xavi, formé à la Masia et taulier de l’équipe pendant plus de 15 ans. « C’est moi, sans aucun doute (qui le représente le mieux), l’entend-on répondre en conférence de presse avant de retrouver son ancien club en C1. Ce n’est pas une opinion, ce sont des faits. Regardez en termes de possession du ballon, d’occasions, de titres. Certains n’auront peut-être pas le même avis. Mais encore une fois, sans aucun doute, c’est moi. »

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Luis le papa meurtri

Cet épisode tragique de la vie du coach espagnol est connu, mais il n’empêche que quand on l’entend en parler, impossible de ne pas prendre une petite claque. Dans le troisième volet de la série, Luis Enrique évoque longuement sa fille Xana, décédée d’un cancer à l’âge de 9 ans, en 2019. Cela démarre par la célébration du titre de champion de France, de laquelle il ne profite pas du tout. « C’est le titre que j’ai le moins apprécié. J’étais tellement en colère, j’aurais éclaté ce podium. C’est la compétitivité qui me définit, et ce jour-là, c’était de la merde (le match, perdu contre Toulouse 3-1). Et j’ai aussi dit à Elena : Xanita me manque, aujourd’hui ça aurait été son jour. »

Xanita, comme la famille surnommait la petite fille, était de toutes les célébrations à l’époque du Barça. Son absence ce jour-là a réveillé des douleurs. Les mots de l’Asturien sonnent comme une leçon. « Est-ce que je me considère chanceux ou malchanceux ? Chanceux, très chanceux. Notre fille est venue vivre avec nous pendant neuf merveilleuses années. Elle n’est pas là physiquement, mais chaque jour on en parle, on rit et on se souvient. Je pense qu’elle nous voit toujours. Et je pense souvent, comment Xana voudrait que l’on vive ce moment ? »

Luis Enrique célèbre la victoire du Barça en Coupe du Roi avec sa fille Xana, en mai 2016.
Luis Enrique célèbre la victoire du Barça en Coupe du Roi avec sa fille Xana, en mai 2016.  - Bagu Blanco/Bpi

Sans verser dans la psychologie de comptoir, on peut tout de même estimer que ce drame personnel explique en partie la propension de Luis Enrique à ne jamais verser dans le catastrophisme quand il parle du sportif. Il a notamment cette antienne : « no pasa nada », dans le sens « c’est pas grave », quand il parle de sa manière de gérer les joueurs ou de son refus de changer de méthode.

La scène du dîner organisé à Barcelone en faveur de la fondation créée à la suite de la mort de sa fille, dont le but est d’aider les familles qui n’ont pas assez de moyens pour s’occuper de leur enfant malade, vous cueille complètement. Accrochez vos petits cœurs, le documentaire se termine là-dessus.