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Sommes-nous trop stupides pour comprendre le foot, comme le dit Luis Enrique ?

PSG : Sommes-nous trop stupides pour comprendre le foot, comme le laisse entendre Luis Enrique ?

VRAIE QUESTIONEn refusant d’expliquer son plan de jeu à une journaliste de Canal+, mardi, après la défaite du PSG contre Arsenal, Luis Enrique a laissé entendre que nous ne comprenions pas grand-chose au football
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Luis Enrique a refusé de répondre aux questions d’une journaliste de Canal+ après la défaite de son équipe face à Arsenal, mardi, en Ligue des champions.
  • Le coach du PSG, qui ne porte pas les journalistes dans son cœur, est coutumier de ce genre de sorties médiatiques provocatrices.
  • Mais la question qu’il soulève mérite d’être posée. Alors, sommes-nous – médias et passionnés – trop incultes en matière de football pour qu’on daigne nous en expliquer les grandes lignes ?

Alors les amis, on n’est pas bien là, entre ignares ? Depuis mardi soir, 23 heures, et la (non) interview de Luis Enrique par la journaliste de Canal+ Margot Dumont, on ne sait pas vous, mais nous, on a vraiment l’impression de nous être trompé de passion et de faire tache sur la photo de famille. Car il paraît que nous (au sens large, médias et fans de foot réunis) sommes trop couillons pour que le coach du PSG daigne nous faire grâce de son analyse tactique du match contre Arsenal. « Je n’ai aucune intention d’expliquer ma tactique, car vous ne la comprendriez pas », a-t-il ainsi lâché à notre consœur.

Une sortie dont il est coutumier et qui a logiquement fait son petit effet sur la toile, provocant l’indignation d’une partie des journalistes sportifs. S’il a fini par se montrer (un peu) plus disert en conférence de presse, assumant l’entière responsabilité de la défaite de son équipe, l’Espagnol a employé des mots suffisamment forts pour qu’on s’y arrête un instant. D’où cette question : faut-il avoir eu une carrière de footballeur et/ou d’entraîneur pour comprendre le jeu et ses différentes animations ? Tout comme il faudrait avoir eu une Palme d’Or pour avoir le droit de dire que l’on connaît le cinéma.

« On gagne à s’ouvrir aux autres »

C’est un avis que ne partage pas Régis Brouard, ancien coach du Sporting Club de Bastia. « La question de Margot était pertinente, on avait envie de savoir ce qu’il a voulu mettre en place et pourquoi ça n’a pas marché. En tant qu’entraîneur, je pense que c’est bien d’expliquer les choses. Les gens sont capables de comprendre, juge-t-il. C’est comme les politiciens qui ne veulent pas expliquer telle ou telle décision… Ils prennent les gens pour des imbéciles, ce qu’ils ne sont pas. On n’est pas forcément obligé d’entrer dans les détails, mais on peut au moins expliquer les grandes lignes. Je pense qu’on gagne à s’ouvrir aux autres. »

Ce que ne semble pas comprendre Luis Enrique, c’est que ce n’est pas tant à la journaliste qu’il manque de respect (enfin, si, mais pas que) mais à tous les supporters et téléspectateurs qui sont en droit de comprendre les raisons de l’échec tactique du PSG mardi soir. Des téléspectateurs qui, au passage, payent Canal+ et donc une partie du salaire des joueurs et des coachs.

Quant à la chaîne cryptée, qui débourse chaque année 480 millions d’euros pour diffuser les matchs de Coupe d’Europe, celle-ci est également en droit de poser deux ou trois questions aux coachs à la fin du match. « Il se trompe totalement de combat parce que ce sont des moments importants pour les passionnés de foot, abonde notre confrère de la chaîne L’Equipe Giovanni Castaldi. Ce ne sont pas tant les journalistes qu’il met dans la panade – qu’il réponde ou pas, on est payé pareil – que les fans de foot. Je trouve que ça en dit long sur sa personnalité. »

Luis Enrique et les médias, je t’aime, moi non plus

Du reste, le désintérêt, pour ne pas dire carrément le mépris, que Luis Enrique porte aux journalistes ne date pas d’hier et est de notoriété publique. L’Espagnol ne s’en est jamais vraiment caché. Ainsi, dans le documentaire que lui a consacré la chaîne espagnole Movistar +, celui-ci blaguait en disant qu’il accepterait volontiers de diminuer son salaire de 25 % pour peu qu’il n’ait plus à leur parler. Alors, Luis, chiche ? Si la réciproque n’est pas tout à fait vraie – on a la même passion mais on n’a pas le même salaire –, l’épisode de mardi ne risque pas d’améliorer les relations déjà fraîches entre lui et la presse sportive.

Ancien journaliste en bord terrain pour Prime Vidéo, Samuel Ollivier a eu l’occasion d’interviewer « Lucho » à plusieurs reprises la saison dernière. Et l’exercice n’est visiblement pas de tout repos. « C’est l’entraîneur que j’ai eu le plus de difficultés à interviewer parce qu’il installe une tension quand il arrive sur un plateau, explique-t-il. Et ce, peu importe qu’il ait gagné ou perdu. Il installe un climat de tension, tu ne sais jamais dans quel état d’esprit il va être quand il va arriver. Parfois ça se passe correctement – bien, c’est rare – mais parfois on est face à un mur. »

Qu’il le fasse parce qu’une question lui paraît absurde, ce qui peut arriver, pourquoi pas. Mais celle de notre consœur semblait plutôt intéressante et opportune. C’était aussi le cas de Samuel Olivier qui, contrairement à Léa Salamé qui assume de chercher à « créer des moments » avec des questions parfois provoc', ne prépare pas ses questions pour « faire du buzz ou le faire dégoupiller ».

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« Mon seul but est d’obtenir des réponses qui éclairent les fans de foot, assure Ollivier. Mais même en ayant cette démarche, les cinq ou six fois où je l’ai eu en interview, il ne m’a pas donné la sensation d’être sensible à ça. » « L’an passé, il nous a beaucoup reproché de trop parler de la gestion du cas Mbappé, de chercher le buzz, de vouloir nourrir la telenovela et de ne pas parler assez de foot, embraye Castaldi. Hier (mardi), la question de Margot est 100 % foot… En fait, il a toujours une pirouette pour dire “de toute façon les journalistes sont des cons, je ne veux pas leur parler”. »

Hautaines et susceptibles, les stars du foot ?

Son amour pour le moins modéré de notre profession le pousse, quand il en a l’occasion, à se passer des médias pour faire vivre sa communication. On se souvient tous de ses vidéos diffusées en direct sur Twitch lors du dernier Mondial au Qatar, où il répondait directement aux questions des internautes sans passer par l’intermédiaire de la presse. Une manière opportune de sélectionner les questions qui l’arrangent et d’évacuer les autres d’un coup de chasse d’eau. Ce qui ne l’empêche pas de se servir de la presse quand il a un message à faire passer.

« Ce qui me fait doucement rigoler, c’est qu’il fait un documentaire avec Movistar + pour mettre en avant son travail et montrer qu’il est devenu la pièce essentielle du PSG, que la veille du match contre Arsenal, il se sert de la quasi-totalité de sa conférence de presse pour bomber le torse et dire à quel point c’est lui patron au club, rebondit Giovanni Castaldi. Donc quand il a des messages à faire passer, il ne se fait pas prier pour se servir de nous. Mais quand il prend une leçon tactique contre Arteta et qu’on lui demande juste d’expliquer ses choix, là il n’y a plus personne… »

D’une certaine manière, et ce n’est pas un phénomène nouveau, le monde du football de très haut niveau véhicule de plus en plus une image peu reluisante de lui-même vis-à-vis du grand public. De Kylian Mbappé, qui rétorque que ce que les gens pensent de lui est « le cadet de (ses) soucis », à Didier Deschamps, qui invitait cet été les supporters à changer de chaîne s’ils s’ennuyaient devant les matchs des Bleus, en passant par Luis Enrique, les acteurs du foot ont vite tendance à basculer vers le côté obscur de la force quand vient l’heure des critiques.