Ligue 1 : Après les polémiques de la saison dernière, l’arbitrage français lance son opération « transparence »
micros ouverts•Le président de la FFF Philippe Diallo et les principaux responsables de l’arbitrage français ont dévoilé mardi leur feuille de route pour la nouvelle saison, qu’ils espèrent plus sereineNicolas Camus
L'essentiel
- Le directeur des arbitres Antony Gautier, secondé par le nouveau « manager-instructeur des arbitres de Ligue 1 » Amaury Delerue et le « conseiller sportif de la préparation tactique et technique des arbitres » Mickaël Landreau, a présenté mardi la feuille de route des officiels de l’élite pour la saison qui vient de démarrer.
- Après une saison dernière marquée par les nombreuses polémiques, l’arbitrage français vante ses efforts de modernisation, de dialogue et surtout d’ouverture, envers les clubs comme le grand public.
- « On espère que cette saison, les résultats se matérialiseront par un apaisement dans les commentaires d’après-match », veut croire le président de la FFF Philippe Diallo.
En ce mardi d’élections à la tête de la LFP, ce n’était peut-être pas le sujet le plus glamour du moment mais il n’en reste pas moins vital pour le fonctionnement de notre bonne vieille Ligue 1. A la veille d’un stage organisé ce mercredi à Clairefontaine, les pontes de l’arbitrage français avaient donné rendez-vous dans la matinée au siège de la Fédération pour présenter les grandes orientations et priorités de la saison qui vient de commencer. Un exercice à vocation pédagogique afin de marquer un nouveau départ, après les nombreuses polémiques et la grosse crise interne qui avaient émaillé la saison dernière.
Le nouveau mantra peut se résumer ainsi, et il est prononcé par le président de la 3F Philippe Diallo, qui a ouvert la séance : « Plus de transparence et plus de dialogue. » Une promesse qui s’adresse aussi bien aux clubs, qui regrettent régulièrement un entre-soi impénétrable et une absence de remise en question, qu’au public et aux téléspectateurs, tenus éloignés des explications de décisions qui hachent pourtant le spectacle qu’ils sont en train de regarder.
« Plus de transparence et plus de dialogue »
Pour cette saison, tout est fait pour cela se passe mieux, promis. Le résultat d’un travail de fond amorcé début 2023, assure Philippe Diallo. Cela n’a pas empêché « une crise au début de l’année 2024 », en convient-il, « avec un certain nombre d’erreurs commises », mais les ajustements vont prendre leur pleine mesure dans le nouvel exercice qui s’ouvre.
Ce cadre posé, le président s’en est allé, laissant le directeur de l’arbitrage Antony Gautier présenter ce qui doit constituer une année 0. L’un des éléments principaux de ce vent nouveaux était sur l’estrade à côté de lui, en la personne de Mickaël Landreau. L’ancien gardien de Nantes, du PSG ou de Lille constitue la surprise du chef du nouvel organigramme dévoilé début juillet, avec un poste de « conseiller sportif de la préparation tactique et technique des arbitres ». Il pourra également tenir le rôle de porte-parole des officiels quand la situation le nécessitera. Un renfort censé illustrer « notre volonté d’ouvrir l’arbitrage et d’explorer toutes les pistes d’amélioration », selon Antony Gautier.
Ce dernier était également assisté d’Amaury Delerue, l’autre petit nouveau de cette rentrée. Après avoir remporté sa bataille d’influence face à Stéphane Lannoy, licencié en mars dernier de son poste de patron des arbitres professionnels, Gautier a recruté l’ancien sifflet international en tant que « manager-instructeur des arbitres de L1 ».
Delerue sera donc l’interlocuteur numéro 1 des arbitres de l’élite, chargé de leur formation, de leur suivi, des débriefs, le tout « avec un très haut niveau d’exigence, sans concession ». Mais il veillera également à leur accompagnement hors terrain. Car il est bien placé pour le savoir, la fonction est « soumise à une très forte pression, et il est important de les suivre sur ce plan tout au long de la saison ».
Cette organisation générale doit servir la priorité des priorités pour cette saison de Ligue 1 : « favoriser le spectacle et le jeu ». Trois grands axes ont été définis pour remplir cet objectif.
Rythme et temps de jeu effectif
Les matchs de championnat sont encore trop souvent interrompus, et pendant trop longtemps. Les arbitres ont pour consigne d’accélérer l’exécution des coups francs, notamment aux abords de la surface, et des penalties. Surtout, ç’en est fini (normalement) des coups de sifflet pour des mini poussettes dans le dos ou à l’épaule sur lesquelles les joueurs s’écroulent comme s’ils venaient de se faire retourner par Teddy Riner. Ils sont prévenus, les officiels doivent désormais veiller à « accepter les micro contacts inhérents au football, pour gagner en fluidité » insiste Antony Gautier. Le but est également de gonfler encore le temps de jeu effectif, qui a augmenté de 55’51 en 2022-2023 à 57’49 la saison dernière. Un score qui place la France dans le haut du panier, juste derrière la Premier League.
Concernant le temps additionnel, en plus des éléments habituels (remplacements, blessures, etc.), une attention particulière sera portée au décompte des minutes nécessaires aux vérifications de l’assistance vidéo et au temps perdu lors de la célébration des buts. « Mais nous souhaitons que les arbitres agissent avec discernement », pour ne pas se retrouver avec des temps additionnels incongrus de 9 ou 10 minutes en fin de match, précise le directeur de la DTA. Sur la saison 2023-2024, il y a eu en moyenne 7’28 de temps additionnel par match, soit une forte hausse haute par rapport à l’exercice précédent (5’23 en moyenne) « mais qui reste mesurée par rapport à celle que l’on peut constater sur d’autres compétitions internationales majeures ».
La protection de l’image du football
Les dirigeants de l’arbitrage en sont bien conscients, l’été olympique et paralympique n’a, par effet miroir, pas été très favorable au ballon rond. « Nous devons faire en sorte que cette fête se prolonge au travers du football », considère Amaury Delerue. Pour les élections à la LFP, c’est raté, mais pour le reste il est encore temps d’agir. Comment ? En prolongeant la règle inaugurée lors de l’Euro, déjà, voulant que le capitaine est le seul joueur autorisé à venir demander des explications à l’arbitre. Et pas n’importe comment. « Ce n’est pas un totem d’immunité, il doit venir avec un comportement respectueux et pour une raison majeure », précise Delerue. Le but est d’en finir pour de bon avec les attroupements de joueurs autour de l’homme en noir, qui participent à pourrir l’image du sport et donner le mauvais exemple.
Au-delà de rester ferme sur les incontournables, comme la protection de l’intégrité physique des joueurs, les arbitres ont un joli défi qui les attend : uniformiser les coups de sifflet sur les mains dans la surface. C’est parti dans tous les sens ces dernières saisons, et tout le monde est paumé. Pour résumer, on siffle lorsque le bras du joueur fautif n’est pas en position naturelle par rapport à son corps, et qu’il augmente donc sa surface corporelle. Un ballon qui tape sur le bras d’un défenseur au sol après avoir taclé, ou qu’un joueur envoie lui-même sur sa main sur un dégagement raté, par exemple, ne doit pas être sanctionné.
« On ne demande pas aux défenseurs de mettre les mains dans le dos », ajoute Delerue. Attention, la règle n’est pas la même en phase offensive. Un attaquant qui touche le ballon de la main, même de manière accidentelle et naturelle, et qui marque dans la foulée doit voir son but annulé. « Il y a environ 15 à 20 % des situations qui sont dans ce qu’on appelle la zone grise, et même en interne, parfois on n’est pas d’accord entre nous », convient Antony Gautier. Mais au moins, la règle est posée et tout ça a été expliqué aux entraîneurs et aux joueurs lors du tour des clubs organisé cet été.
Poursuivre l’ouverture de l’arbitrage
Cette fenêtre ouverte sur la tambouille interne d’une profession longtemps restée (volontairement) dans l’ombre s’adresse d’abord aux clubs. Alors que 17 des 18 présidents de l’élite avaient réclamé son départ la saison dernière, Antony Gautier se veut « proactif » sur le sujet pour entériner le rapprochement. Le tour des clubs dont on parlait plus haut est un élément, comme l’autorisation des arbitres à venir s’exprimer à la fin des matchs, à l’image de Willy Delajod au terme de Monaco-Lens (1-1, 3e journée), marqué par quelques décisions litigieuses dont un but lensois refusé à dix minutes de la fin pour une main de l’attaquant Labeau Lascary.
Il y a également la possibilité pour les clubs d’avoir accès aux échanges entre l’arbitre de terrain et le responsable de la VAR sur des situations les concernant. « Souvent, les joueurs et entraîneurs ne sont pas au courant qu’ils ont cette possibilité, on est en train de faire ce travail de communication », assure Mickaël Landreau. Le comité de liaison entre la FFF et la LFP répond aussi à ce besoin.
L’ouverture se fait aussi en direction du public. L’interview de l’arbitre du match en fait partie, et une nouveauté va bientôt être inaugurée : des pastilles vidéos revenant sur une situation particulière qui a entraîné beaucoup de commentaires ou de critiques seront régulièrement publiées sur le site de la Fédération et de la Ligue.
NOTRE DOSSIER LIGUE 1Voilà pour le plan général. Sachant qu’au cours de la saison, de nouvelles dispositions sont prévues, comme la tant attendue sonorisation des arbitres. Ce ne serait pas pendant tout le match, « car sur 95 minutes ce serait inaudible », estime Delerue, mais « sur cinq, six moments majeurs d’un match, à l’occasion d’un but, d’un hors-jeu ou d’un carton rouge ».
La conclusion est pour Philippe Diallo : « C’est une feuille de route innovante, qui se veut transparente. La saison ne manquera pas de polémiques, ni d’erreurs, mais il y a une forte mobilisation pour les réduire au maximum. On espère que cette saison, les résultats se matérialiseront par un apaisement dans les commentaires d’après-match. »


















