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Comment Vincent Labrune a (presque) cadenassé les élections à la LFP

LFP : Du CA au « drama » des parrainages de Cyril Linette, comment Vincent Labrune a (presque) cadenassé l’élection

game of thronesC’est ce mardi que se déroulent les élections à la LFP. Vincent Labrune est candidat à un 2e mandat à la tête de la Ligue. Son adversaire, Cyril Linette, a bien failli ne pas se présenter en raison des subtilités du système… réformé sous Labrune
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Jour d’élections à la Ligue de football professionnel. Vincent Labrune reste favori à sa succession à la présidence, même si son adversaire, Cyril Linette, bénéficie du soutien populaire.
  • Mais le système de gouvernance actuel verrouille partiellement le résultat, notamment avec la réduction du conseil d’administration et du collège des indépendants décidée lors du mandat de Labrune. Le système de parrainage bloque aussi l’entrée de nouveaux candidats.
  • A la suite de l’intervention de la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, Cyril Linette a finalement obtenu les parrainages nécessaires pour être candidat mais devra renoncer à briguer un siège au CA en cas de défaite face à Labrune.

Jeu de dupes dans la course à la présidence de la Ligue de football professionnel (LFP). Dans un message collectif adressé aux présidents de clubs et relayé par L’Equipe, Cyril Linette faisait valoir sa confiance totale avant les élections de mardi. « Sachez que la dynamique est extrêmement favorable, écrit l’ancien DG de PMU. Je suis aujourd’hui persuadé d’avoir la majorité dans les deux collèges et bien sûr à l’AG (assemblée générale). Le conseil est lui aussi gagnable, soyez-en convaincu. Tout ceci bien sûr, à condition qu’aucune voix ne manque, y compris vers les administrateurs vraiment soucieux de l’intérêt général. Il ne faudra pas se disperser mardi, et ne pas se laisser impressionner. »

Pour un homme qui revendique une certaine distance avec la politique, la manœuvre, politicienne, donc, est bien sentie. L’enjeu majeur de la dernière ligne droite se trouve effectivement dans le moral des troupes. La tendance est à un large mécontentement des présidents après le deal discutable des droits TV pour la période 2024-29, mais le paradoxe veut que Vincent Labrune reste en réalité favori à sa succession. Principalement parce qu’il est craint, de même que l’est Nasser Al-Khelaïfi, son allié.

« Il y a une forme de peur chez les présidents de club »

« Quand il s’agit de se positionner devant les instances actuelles, il y a une forme de peur chez les présidents de club, dénonce l’entourage de Cyril Linette. Une crainte des mesures de rétention, qui pourraient être prises contre les rebelles. Et d’un coup, quand on est à bulletin secret, le vote et les positions sont quand même beaucoup plus équilibrés, voire beaucoup moins favorables aux présidents sortants [l’exemple cité est celui du vote pour les parrainages de Foot Unis, où Linette a récolté 57 voix contre 62 pour Labrune]. »

Quant aux rares présidents assez audacieux pour faire régulièrement valoir leurs désaccords avec le parrain - Joseph Oughourlian et Waldemar Kita pour les citer - ils ont décidé de se retirer de la course au Conseil d’administration la semaine dernière. Sans doute faut-il il voir une forme de lassitude des petites manœuvres entre amis et des querelles de récréation, notamment avec Canal+. C’est en tout cas ce qui ressort du pamphlet du dirigeant lensois sur Linkedin.

« J’ai vu du réchauffé »

La dynamique est inversée chez les pro-Labrune. Ces derniers n’ont pas hésité à occuper l’espace médiatique pour défendre le bilan de leur champion et revendiquer un bout de royaume au passage. C’est le cas de Damien Comolli, président du TFC et candidat à l’élection au CA. « J’ai vu du réchauffé, des gens qui disent qu’ils peuvent faire mieux que Vincent Labrune ou que les dirigeants de Ligue 1, on est tous des incompétents », fulminait-il dans L’Equipe.

Damien Comolli, président du TFC, a défendu le bilan de Vincent Labrune.
Damien Comolli, président du TFC, a défendu le bilan de Vincent Labrune. - SOPA Images/SIPA

Face à la résignation des uns et le pressing des autres, les indécis sont donc partagés entre le choix du cœur et celui de leurs propres intérêts à l’heure d’aller voter. Contacté par 20 Minutes, l’un d’entre eux développe.

« Imaginons que tu pèses une voix. Tu sais qui va être dans le CA, et potentiellement tu vas espérer que le président travaille avec toi et tienne ses engagements, remette les gens autour de la table pour discuter et réinstaurer le dialogue social. Mais tu sais que sur la quinzaine de voix restantes, les candidats qui sont contre Labrune sont en train de jeter l’éponge. Tu te dis : Labrune, même si t’es énervé contre lui après tout ce qu’il a fait, il va probablement gagner facilement. Donc qu’est-ce que je fais avec mon vote ? Je les mets dans les deux ou trois contre, ou je les mets dans les 13 ou 14 pour ? En sachant qu’il va très probablement gagner et que si j’ai voté contre, ça va se savoir, et que ça risque donc de me jouer des tours. »

La réduction du CA et du collège des indépendants orchestré sous Labrune

En 2022, le patron de la LFP avait obtenu une réduction du conseil d’administration de 25 à 17 membres. Officiellement, il s’agissait de créer un cadre de travail plus serein que la place du marché un dimanche à midi. Le truc, c’est que le collège des indépendants, est dans le même temps passé à trois personnes, contre cinq auparavant.

« Ce qui a été fait pendant le mandat de Vincent pour empêcher qui que ce soit de pénétrer le système est mortifère, peste Christophe Bouchet, ancien maire de Tours, candidat éphémère à la présidence de la LFP et auteur du livre Main basse sur l’argent du foot français. C’est un système de parrainage qui bloque toute respiration, tout apport d’oxygène. » Karl Olive concède qu’il s’agissait d’une erreur et qu’il faut faire machine arrière. « Il y a parfois des fausses bonnes idées. Je pense que c’était une connerie. Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. »

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Pourquoi c’est un point de blocage : Le président est traditionnellement issu du collège des indépendants. C’est le cas pour Labrune, qui occupe donc un créneau. Le 2e est pour le candidat de la FFF - en l’occurrence Karl Olive. Celui-ci n’a pas vocation à se présenter, sauf à sauver les apparences de l’élection en cas de candidature unique. Ne reste donc de la place que pour un seul opposant à choisir par le syndicat des clubs d’une part (Foot Unis) et les acteurs du football (UAF) de l’autre.

Le fameux drama des parrainages : Pour être candidat, il fallait le parrainage des deux camps. Les premiers ayant laissé sur le carreau le candidat UAF (Alain Guerrini, patron de Panini en France), s’en est ensuivi un vote interne sans surprise chez les acteurs où Labrune, Olive et Guerrini ont devancé Cyril Linette. Un résultat qui excluait de la course le dernier nommé, qui dénoncera une « entreprise de sabordage entre amis », Guerrini étant celui de Philippe Piat, président de l’UNFP, lui-même proche de Labrune. « Pour ne pas voir la main de Vincent Labrune, il faut être soit naïf, soit complice », insiste un proche de l’ancien DG du PMU.

Cyril Linette obligé de faire tapis pour aller au bout

David Terrier, vice-président de l’UNFP, qui compte parmi l’UAF, rejette totalement ces accusations, affirmant qu’il n’y a pas eu de refus de parrainage et que l’intervention d’Amélie Oudéa-Castéra a coupé l’herbe sous le pied des acteurs du football. « Le résultat du vote allait laisser un siège vacant, il s’agissait d’afficher notre mécontentement et d’ensuite communiquer là-dessus, décrypte Terrier. On savait qu’il y aurait des remous, mais pas qu’ils auraient lieu avant notre communication. Nous étions prêts à le faire [accorder le parrainage], car il était préférable pour tout le monde qu’une élection ait lieu. Mais en contrepartie, les deux potentiels présidents devaient s’engager à provoquer une réforme de ce système de gouvernance sitôt élus. »

L’accord né de l’intervention de la ministre démissionnaire ajoute une contrainte supplémentaire : en cas de défaite face à Vincent Labrune, Cyril Linette devra abandonner son fauteuil d’indépendant au CA de la LFP. « Je n’ai pas eu le choix », regrettait-il dans une interview au quotidien L’Equipe. De son côté, Vincent Labrune se satisfait en public d’avoir un adversaire légitime qu’il affronte avec la tranquillité du grand favori. Prudence, néanmoins. Elu contre toute attente face à Michel Denisot il y a quatre ans, l’ancien président de l’OM est bien placé pour savoir que personne n’est à l’abri d’une surprise, même s’il a tout fait pour s’en prémunir.