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Euro 2024 : Portugal 2016 vs France 2024, qui remporte la palme de l’équipe la plus chiante à regarder ?
DUEL•Alors que la France et le Portugal se retrouvent vendredi soir en quart de finale de l'Euro 2024, pour la revanche de la finale de 2016, les Bleus ont pas mal de point commun avec la Seleção victorieuse d'il y a huit ansAymeric Le Gall
L'essentiel
- L'équipe de France affronte le Portugal, vendredi, en quart de finale de l'Euro du côté de Hambourg.
- Les Bleus espèrent prendre leur revanche sur les Portugais après leur défaite en finale de l'Euro 2016.
- A ce titre, l'équipe portugaise de 2016 présente pas mal de similitudes avec l'équipe de France d'aujourd'hui. Un bon présage pour les Bleus ?
De notre envoyé spécial à Hambourg,
Après la fête des voisins avec la Belgique en 8e de finale, voici que se profile la java des colocs entre la France et le Portugal, vendredi, à Hambourg, pour une place dans le dernier carré de cet Euro 2024. Les liens entre nos deux pays sont si fraternels et si puissants que rien, pas même une frappe d’Eder un soir d’été 2016 dans un Stade de France mortifié, ou un vote d’extrême droite, dimanche, ne pourra venir les mettre en péril.
Si la plaie est toujours là, ouverte, béante même, depuis ce drame footballistique national, de l’eau a coulé sous les ponts, et on peut bien l’admettre aujourd’hui, on donnerait cher pour connaître d’ici une grosse semaine le même dénouement que celui de nos amis Portugais il y a huit ans. Pour soulever enfin ce trophée qui échappe à la France depuis vingt-quatre ans et cette praline de Trézégol sous la barre de Toldo, à Rotterdam. Brrrrrrr, les frissons.
Deux sélectionneurs, un même mantra
Dussions-nous en passer par les mêmes critiques qu’eux à l’époque, souvenez-vous, quand le Portugal de Fernando Santos s’était pris un raz de marée de déjection sur son jeu, frileux pour les plus gentils, vraiment cra-cra pour les moins polis. Mais d’ailleurs, n’existe-t-il pas quelques similitudes entre ce Portugal 2016 et cette équipe de France 2024 qui pourraient nous donner l’espoir et l’envie de remplir le frigo de bières et de menthe à l’eau en prévision d’une soirée de fiesta le 14 juillet prochain ?
Pour notre confrère Gary de Jésus, correspondant franco-portugais pour Stats Perform et DAZN Portugal, c’est un immense oui. « Quand on entendait Fernando Santos à l’époque et qu’on entend Didier Deschamps aujourd’hui, quand on entendait les joueurs portugais à l’époque et les Français aujourd’hui, qui n’ont que le mot solidité et équilibre à la bouche, forcément qu’il y a une ressemblance, avance-t-il. On est aussi durs avec les Bleus sur le jeu qu’elle produit qu’on ne l’a été avec la Seleçao. Mais je trouve que c’était quand même encore plus violent vis-à-vis du Portugal car il y avait un petit côté “seum” des Français derrière tout ça. »
Critiqué pour son jeu défensif et son incapacité à proposer autre chose que « du sang, de la sueur et des larmes sur le terrain », comme le théorisait déjà Pepe à l’époque, le Portugal de Fernando Santos ressemble en tout point à la brave équipe de France de Deschamps, le pragmatico-frileux en chef. Les deux hommes ont également en commun de savoir bâtir des groupes prêts à les suivre à la vie, à la mort, les yeux fermés sur l’autoroute du sale, pour peu qu’il y ait la gagne au bout du chemin.
Les mots de Nani à l’époque – « nous avons un objectif et pour l’atteindre, s’il faut oublier de bien jouer, nous le ferons » – sont les mêmes que ceux de Griezmann en début de rassemblement : « Pour moi, la clé, même si c’est ennuyeux, c’est la défense. C’est ça qui va nous permettre d’aller le plus loin possible. C’est chiant à regarder mais bon, c’est comme ça, ça fait gagner. »
Deux équipes solides en défense
Sur ce point, on peut dire qu’il ne nous a pas menti sur la marchandise. Depuis le début de la compétition, les Bleus ont une constance, celle d’offrir un spectacle d’une pauvreté confondante en se basant sur une défense quasi infranchissable. A part un but – et quel but… – sur un péno du danseur de polka Robert Lewandowski, l’arrière-garde française, et notamment cette paire de centraux version « Fort Alamo » Upamecano-Saliba, prouve que si la France est (encore) une terre d’accueil, elle ne l’est pas dans sa surface.
Et les rares fois où les attaquants adverses parviennent à trouver le début d’une esquisse d’espace, ils doivent encore de fader Mike Maignan, impressionnant sur sa ligne et dans les airs. Bref, cette France est un roc, comme l’était le Portugal en 2016, quoique celui-ci avait encaissé plus de buts à l’époque (5) que les Bleus aujourd’hui.
Les similitudes entre la Seleçao championne d’Europe et cette équipe de France s’arrêtent là. Car à la différence de la bande à CR7, qui n’avait subi que des critiques de l’extérieur, de la France principalement, les Bleus savent que ce qui se dit d’eux à l’heure actuelle, presse et supporters réunis, n’est pas de nature à leur donner envie d’ouvrir les journaux ou regarder la télé.
« Il n’y avait pas vraiment de critiques de la part de la presse nationale puisqu’on n’attendait pas grand-chose de cette équipe, se souvient Gary De Jesus. Le fait de passer les tours les uns après les autres, c’était juste du bonheur. C’est plus la réaction venue de France qui a été critiquée, si je puis dire. C’était du genre “comment osent-ils dire qu’on est dégueulasse ?”. Au final ça a encore plus soudé les gens derrière la sélection. Après, bien sûr qu’on rageait pendant les matchs parce que ça ne jouait pas bien, mais l’émotion a pris le pas sur tout. »
Pas les mêmes effectifs, mais un même destin ?
Pour notre confère, l’autre grande différence, c’est que les effectifs n’étaient pas comparables, ce qui rend les analyses au chalumeau de la presse française peut-être plus légitime aujourd’hui :
« L’équipe de France peut faire mieux, assure-t-il. Alors que le Portugal ne le pouvait pas. Avec un autre coach à la tête des Bleus, je suis persuadé qu’il y a d’autres manières de faire jouer vos talents. Chez nous, il n’y avait pas forcément matière à faire beaucoup mieux avec les joueurs qu’on avait. A part Nani et Cristiano Ronaldo en attaque, avec Quaresma qui entrait en jeu et qui nous faisait du bien, et Pepe en défense, ce n’était pas une équipe incroyable sur le papier. »
Quand on compare les deux groupes, celui du Portugal 2016 et des Bleus 2024, c’est clair qu’il n’y a pas photo. C’est d’ailleurs cela qui rend le tableau du peintre cubiste Didier Deschamps aussi navrant à regarder. Il suffit de jeter un œil aux réactions des fans restés en France – et de ceux qui sont ici et que nous croisons après chaque match – pour comprendre qu’on n’est pas les seuls à s’emmerder comme des rats morts devant les matchs de cette équipe de France. On choisira donc sans aucune concertation avec qui que ce soit de décerner la palme de l’équipe la plus dégueu à nos Bleus adorés. Et si cela peut les emmener sur le toit de l’Europe dans neuf jours comme les Portugais l’ont fait chez nous huit ans auparavant, on prend, évidemment.


















