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Doku dans une poche, le RN dans l’autre, « King Koundé » vous salue bien

France – Belgique : Doku dans une poche, le RN dans l’autre, « King Koundé » est entré dans une nouvelle dimension

FOOTBALLAprès avoir subi pas mal de critiques au poste de latéral droit, Jules Koundé a montré face aux Belges qu’il était gentiment en train de prendre toute la mesure du poste
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Nommé homme du match face aux Belges, Jules Koundé a livré sa meilleure copie depuis qu’il porte le maillot bleu.
  • Non content d’avoir éteint Jérémy Doku, le défenseur du Barça s’est pour une fois montré intéressant sur les phases offensives.
  • En pleine confiance cet été, le garçon a aussi profité de sa conférence de presse pour appeler au barrage contre le RN. Un homme de goût, ce Jules, décidément.

De notre envoyé spécial à Düsseldorf,

Arrivé comme un prince (de la sape) du côté de Clairefontaine au début du rassemblement, veste en cuir, petite cravate flashy et bottines à talons qui vont bien, Jules Koundé avait beaucoup fait marrer ses coéquipiers de l’équipe de France. Nous, ce qui nous faisait surtout rire, c’était cet acharnement quasi méthodique de Didier Deschamps à faire de ce formidable défenseur central de métier un titulaire au poste de latéral droit.

Mais après son match de mammouth contre la Belgique, lundi, à Düsseldorf, il n’y a plus grand monde pour oser se gausser. Le seul qui rie aujourd’hui, c’est le sélectionneur, trop heureux de nous avoir cousu la bouche avec des aiguilles à tricoter. Avec une banane qu’on ne lui connaissait pas depuis son arrivée en Allemagne, Deschamps a savouré son moment en conférence de presse après la qualif face aux Diables Rouges.

« C’est une immense fierté d’être de nouveau en quart de finale. Même si on nous attend là, il ne faut pas banaliser. Et puis bon, j’ai Jules Koundé que vous m’avez taillé pendant deux ans qui est homme du match, donc tout va bien. Comme quoi, il faut avoir un peu de retenue, malgré tout », a-t-il fanfaronné. Sur ce coup-là, Didier, comme d’ailleurs (trop) souvent avec vous, on s’incline et on la boucle.

Des coéquipiers sous le charme

Il faut bien dire ce qui est, l’ancien Girondin a livré une performance maousse costaude de bout en bout de la rencontre. On peut même dire qu’il a livré là son meilleur match en Bleu, sans trop risquer de se tromper. « Jules a fait un énorme match, a validé Aurélien Tchouameni, son pote et ex-coéquipier à Bordeaux. Ça fait longtemps que je le connais, malgré tout ce qui se dit, il fait partie des meilleurs à son poste et il est en train de le démontrer, je suis vraiment content pour lui, il le mérite. »

D’un point de vue défensif, d’abord, là où l’attend en priorité le sélectionneur, Koundé a répondu présent alors qu’il avait pourtant un sacré loustic à se coltiner en la personne de Jérémy Doku – « Djoku » selon DD – le virevoltant ailier belge de Manchester City, dont les dribbles et la vitesse de percussion ont fait faire pas mal de cauchemars aux défenseurs de Premier League cette saison.

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« Jules a été très bon dans son un contre un avec Doku, a salué Adrien Rabiot en zone mixte. On sait que c’est un joueur très vif qui aime dribbler et c’est jamais simple de le prendre. Et pourtant il a bien géré. » Ce n’est pas compliqué – même si la sélection de Domenico Tedesco a fait de son mieux pour SUROUT prendre le moins de risque offensif possible face aux Bleus – l’ancien Rennais a tout de même passé sa soirée dans la poche arrière de « King Koundé ».

Un apport offensif indéniable face aux Belges

Ce qui lui a permis, et c’est là où on l’attendait peut-être un peu moins, de prendre régulièrement son couloir et d’apporter le danger offensivement. D’habitude si peu à l’aise dans l’exercice, pas aidé non plus par les consignes de Deschamps, l’Ayatollah de l’équilibre, quand bien même il a tenté de nous faire avaler le contraire, Koundé a délivré quelques centres pas dégueus. Notamment celui de la dixième minute pour trouver au poil de bouc la tête de Marcus Thuram.

« « Je me sens bien dans cette équipe. J’essaie de m’adapter tout en sachant que ma vocation est avant tout défensive. Après, quand il y a de l’espace, j’essaie au maximum d’apporter, a-t-il confié en conférence de presse, lui l’homme du match lundi soir. Aujourd’hui, c’est vrai que c’était une bonne configuration parce qu’on savait que Doku n’est pas un joueur qui aime spécialement défendre. Donc, j’ai eu des espaces et j’ai juste essayé de profiter aussi des bons déplacements de mes coéquipiers. » »

« Je pense que je suis dans la continuité de ce que j’ai fait ces derniers mois à Barcelone », a-t-il poursuivi. Après un début de saison plus compliqué, gêné par une petite blessure au genou, Koundé a su remonter la pente et s’imposer comme l’un des gars sûrs du Barça de Xavi. « Je ne jouais pas mon meilleur foot, a-t-il admis. C’était aussi dans une volonté de jouer un peu plus offensif, mais je n’avais pas le coffre pour faire les efforts défensifs et donc ça m’a coûté quelques fois. »

Mais au lieu de couler, ce garçon au tempérament de compétiteur s’est, de son propre aveu, « réfugié dans le travail ». « J’ai beaucoup analysé mes matchs et discuté avec le coach, Xavi à Barcelone, mais aussi avec Didier Deschamps. Et je me sens bien physiquement aujourd’hui. En plus j’ai la confiance de mes coéquipiers et du coach. On peut dire que je traverse ma meilleure période en Bleu », a-t-il confirmé.

Petit bémol, tout de même. Le bon match de Koundé de son couloir doit aussi beaucoup à l'identité de la personne devant lui, Antoine Griezmann, envoyé au feu par le coach à un poste où il a (logiquement) brillé par ses faiblesses. Mais dans le verbe diplomate du Barcelonais, on préfère dire ceci : « Je pense qu'Antoine a encore fait un bon match, il est l'une des raisons pour lesquelles j'ai aussi réussi le mien car il m'a beaucoup aidé sur le plan défensif, en coupant les lignes de passe. Offensivement, ce n'est pas sa position naturelle, pas la position où il est le plus à l'aise, mais j'ai trouvé qu'il a eu de l'influence dans le jeu. »

Koundé, latéral en puissance en citoyen engagé

Et comme ce garçon n’est pas qu’un bon footballeur mais un aussi un homme de valeurs, il n’a pas hésité un instant à réagir aux résultats du premier tour des législatives qui a vu le Rassemblement national rafler près de dix millions des voix, lui qui la veille avait déjà tweeté pour dire tout le mal qu’il pensait de cette formation politique désormais aux portes du pouvoir en France.

Rebelote lundi soir, donc : « Il sera important de faire barrage à l’extrême droite et au Rassemblement national. Ce n’est pas un parti qui va amener notre pays vers plus de liberté et de vivre ensemble. J’étais déçu de voir quelle direction notre pays prend, avec un grand soutien à un parti qui est contre nos valeurs de vivre ensemble, de respect et qui souhaite diviser les Français. Mais il y a un second tour, rien n’est joué et il faut encore aller chercher les personnes qui n’ont pas voté. »

Citoyen engagé et footballeur de devoir, le Parisien de naissance semble avoir trouvé dans ce poste de latéral droit, qu’il a mis du temps à apprivoiser et à accepter, une plénitude qui doit ravir Didier Deschamps. Et si au départ on pensait mettre en avant le fait que ce n’est jamais hyper bon signe quand l’homme du match est un défenseur, avec le recul, sachant que l’équipe de France est bien partie pour jouer de la bétonnière jusqu’au bout de cette compétition, c’est peut-être ce qui peut lui arriver de mieux.