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Dans quel monde cette équipe de France peut-elle aller loin dans cet Euro ?

France – Pologne : Dans quel monde notre équipe peut-elle aller loin dans cet Euro ?

BONNE QUESTIONAprès un troisième match pire que les précédents, contre la Pologne, mardi à Dortmund, les Bleus manquent la première place du groupe et affichent des lacunes trop importantes pour être ignorées
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Après un nouveau match plus que poussif contre la Pologne, les Bleus ont échoué à terminer premiers de leur groupe.
  • Les voilà désormais dans la partie de tableau du Portugal, de l’Allemagne et de l’Espagne.
  • Au-delà du résultat, c’est une nouvelle fois la manière et le manque d’efficacité de cette équipe qui interroge.

De notre envoyé spécial à Paderborn,

Dans une configuration nouvelle pour Didier Deschamps et ses joueurs, peu habitués jusque-là à jouer un troisième match de poule à enjeu, cette rencontre face à la Pologne devait avoir des allures de nouveau départ. Ou de départ tout court, après deux premiers jets pas franchement emballants, pour rester mesuré et poli. Une victoire contre une Pologne très moyenne et déjà éliminée, le retour du Mbappé masqué, quelques buts pour faire taire les critiques sur le manque d’efficacité et le tour était joué.

Sauf que c’est à peu près tout l’inverse qui s’est produit mardi, dans la touffeur du Westfalenstadion. Si les Bleus se sont encore procuré des cagettes d’occasions, le manque d’efficacité face au but va commencer à peser lourd dans les têtes. Didier Deschamps peut bien tenter toutes les pirouettes qu’il veut, arguant que l’homme du match n’est autre que le gardien polonais, les faits sont là, têtus, indiscutables. En trois matchs, les Bleus ont frappé 49 fois au but, pour deux pions en tout et pour tout mais aucun dans le jeu.

S’il n’y avait que ça, encore. Mais c’est la copie globale qui laisse songeur. Malgré une équipe au grand complet, seulement amputée d’Antoine Griezmann, dont le sélectionneur avait choisi de se passer pour la première fois dans une grande compétition dans un match à enjeu, ce qui n’est jamais bon signe, les Bleus ont donné l’image d’un groupe sans autres idées que celle de faire la différence sur de (rares) exploits individuels. C’est de ça qu’est venu le péno, après un coup de reins réussi d’Ousmane Dembélé au retour des vestiaires.

Faillite à tous les étages

Si la solidité défensive est toujours là – à deux, trois exceptions près nommées Dayot Upamecano, coupable de quelques pertes de balles pas jojos et d’une faute très évitable dans la surface menant à l’égalisation polonaise – le reste du tableau a de quoi donner des sueurs froides, même aux plus optimistes. Même Rabiot et Kanté, les rares éclaircies dans la grisaille tricolore sur les deux premiers matchs, sont passés à côté mardi après-midi. Pour clore ce sombre bilan, ajoutons à cela le manque de clairvoyance de Deschamps dans ces choix tactiques en deuxième période.

En décidant de sortir Bradley Barcola, pourtant l’un des rares en grande forme, de décaler Mbappé à gauche et de faire entrer un Olivier Giroud qui fait de plus en plus son âge, dans la foulée de l’ouverture du score, à un moment où il aurait fallu clouer le cercueil polonais, DD a cassé le peu de dynamique qui animait enfin son équipe. « On devait pousser pour mettre ce deuxième but, convenait le jeune attaquant du PSG en zone mixte. Je pense qu’on a fait un peu trop de gestion, c’est dommage. Des fois, sans même le vouloir, tu gères le match. »

Quant à Youssouf Fofana, l’autre jeune envoyé au feu face aux médias après le match, celui-ci a laissé entendre tout haut ce qui se murmure en interne ces derniers temps : que les séances d’entraînement manquent d’intensité et n’aide pas les remplaçants à faire la différence en fin de match. « L’intensité est différente des entraînements. Je veux bien rentrer à la 87e mais si les autres ne me suivent pas, je ne vais pas attaquer tout seul », a déclaré sans langue de bois le milieu monégasque.

Une communication à l’unisson

Mais sinon à part ça, tout va bien. C’est du moins les éléments de langages distillés par tout le groupe après le match. « Je ne suis pas du tout inquiet », a commencé par dire Fofana, suivi de près par Barcola : « Il ne faut pas s’inquiéter, on a de très, très bonnes bases. On va encore travailler aux entraînements et être encore meilleur. » « On est une grande équipe et une grande équipe se relève toujours », a conclu Camavinga.

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Mais le clou du spectacle revient à Didier Deschamps, roi de l’enfumage parmi les rois, venu dire en conférence de presse sans trembler des mollets qu’il n’était « pas déçu du tout » après ce match (que l’on a pourtant tous vu). « On a fait ce qu’il fallait », a-t-il enchaîné en guise de second coup de poignard dans nos petits cœurs meurtris. On se doute bien que c’est en grande partie de l’esbroufe et que le recadrage s’annonce salé une fois passé la période de 36 heures de repos accordée aux joueurs et à leurs proches, venus les rejoindre au camp de base. Mais c’est parfois difficile, surtout après une telle contre-performance, de se faire prendre ainsi pour des pimpins.

Du lourd, du lourd et du lourd

Car au-delà de la performance indigente, ce match nul envoie directement les Bleus dans la gueule des cadors, avec un possible France-Portugal en quarts et un France-Allemagne ou Espagne en demies. « Je ne suis pas sûr que ces nations-là soient très contentes non plus de nous voir dans leur partie de tableau », a esquivé Fofana quand on lui a fait remarquer qu’ils s’étaient sacrément compliqué la tâche avec ce (non) match nul.

« Une nouvelle compétition va commencer. Les impressions du premier tour ne sont pas toujours celles de la suite », a de son côté balayé DD, sous-entendant que son équipe avait encore les cartes en mains pour se réveiller et se révéler. Il n’a pas tout à fait tort mais, désormais, c’est du sans-filet. Et de ce qu’on voit de son équipe depuis l’arrivée en Allemagne, les motifs d’espoirs sont plus minces que les raisons de flipper. A moins que tout ceci ne soit parfaitement calculé de la part du coach qui, sachant ses joueurs totalement « matrixés » par sa vision prudente du football, se frotte les mains à l’idée de jouer des équipes qui auront le ballon pour mieux les piquer en transition avec ses bips-bips de devant.

On peut se tromper, bien sûr – et au fond de nous, on le souhaite vivement – mais à l’heure où nous écrivons ces lignes et où les Bleus doivent peiner sûrement à trouver le sommeil dans leurs chambres de Bad Lippspringe, le sentiment qui domine est que le chantier est immense avant d’envisager un été de gloire et de paillettes. Pour ça, il faudra tout faire un peu plus, tout faire un peu mieux. Et même beaucoup plus que cela.