Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Solide, prudente et (un peu) chiante, la France de DD est prête à tout éclater

France – Pays-Bas : Solide, prudente et (un peu) chiante, la France de DD est prête à tout éclater

REALPOLITIKMalgré un grand nombre d’occasions franches, l’équipe de France peine à séduire depuis le début de l’Euro. Toutes les conditions sont donc réunies pour que ça aille loin encore cette année
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’équipe de France a concédé un match nul (0-0) face aux Pays-Bas, vendredi, à Leipzig.
  • Si les Bleus ont eu une tonne d’occases pour s’imposer, le rendu global laisse (à nouveau) à désirer.
  • C’est justement ce qui nous fait dire que rien ne peut lui arriver avant un bon moment dans cet Euro. Les Bleus n’étant jamais plus dangereux que lorsqu’ils ne font pas l’unanimité.

A Leipzig,

Il y a toujours, dans la vie comme au football, plusieurs manières de répondre à un seul et même problème. L’absence de Mbappé en est un (gros) et, vendredi, face aux Pays-Bas, Didier Deschamps a opté pour un retour aux bonnes vieilles recettes. Celles de 2018 plus particulièrement, avec ce 4-2-3-1 ou 4-4-2 asymétrique, appelez-le comme vous voulez, qui lui a tant porté chance par le passé.

Avec Adrien Rabiot dans le rôle de l’ailier gauche qui déborde peu mais charbonne beaucoup, celui-là même taillé spécialement pour Blaise Matuidi à l’époque, en Russie. Partant de là, on n’aurait très bien pu choisir de faire l’impasse sur ce match pour profiter de la vie nocturne de Leipzig sans pour autant manquer une miette de ce qui allait se passer sur le terrain.

A savoir : rien de bien excitant, une équipe solide et équilibrée, prudente mais sans ce grain de folie qui nous donne envie de lâcher un gros billet pour aller au stade. Et c’est ce qui s’est passé. Croisés sur le chemin du retour dans un tramway de Leipzig, des supporters français débriefent le match en ces termes : « Naze », « nul », « chiant », « des intentions, un peu de football mais si peu, en vrai », « pas du niveau d’un match de Ligue 1 mais pas loin ». En gros pas ce pour quoi on dépense des centaines d’euros, comme ce fut leur cas vendredi.

Deux matchs, zéro but inscrit (par les Français)

Alors, oui, bien sûr, au vu du nombre d’occasions manquées par les Bleus vendredi – on en décompte au moins six, dont quatre pour le seul Antoine Griezmann – on peut au moins accorder à cette équipe d’avoir essayé de jouer au football, ce qui, semble-t-il, n’est même pas venu à l’idée de cette faible et ennuyeuse équipe de Hollande. C’est évidemment ce que s’est empressé de dire Didier Deschamps en conférence de presse d’après-match.

« J’ai des regrets dans l’efficacité. La solidité c’est important mais pour gagner des matchs, il faut marquer. Mais je ne suis pas inquiet, a-t-il assuré. Ce qui m’inquiéterait, ce serait de ne pas avoir d’occasions. On a une bonne marge d’amélioration dans ce domaine-là. » Une énorme même puisque en deux matchs, les Bleus n’ont pas encore inscrit le moindre pion par eux-mêmes, celui contre l’Autriche ayant été marqué contre son camp par un défenseur. Le dernier buteur des Bleus en championnat d’Europe reste pour l’heure un certain Paul Pogba et c’était il y a trois ans…

A l’image de leur coach, les joueurs ne semblaient pas non plus particulièrement bouleversés. A commencer par le croqueur en chef, Antoine Griezmann, qui traverse une période de vache maigre quelque peu préoccupante en Bleu. « C’est frustrant mais il n’y a rien d’alarmant, a-t-il tempéré. C’est ce qu’on doit améliorer pour la suite, être plus tueur, essayer de marquer. » « On aurait préféré gagner le match, c’est sûr, mais on a réussi à se créer de très belles occasions. Il nous a manqué la réussite, ça s’est joué à pas grand-chose », embrayait Kingsley Coman, entré en fin de rencontre à la place du transparent M. Dembélé.

Les Bleus préfèrent ne pas gagner que perdre

Plus encore que l’inefficacité chronique de cette équipe, c’est son manque d’entrain à vouloir forcer la décision en seconde période qui a de quoi nous tirer des larmes de sang. Surtout contre cette Hollande-là, encore une fois. A part trois tentatives au retour des vestiaires, les Bleus ont donné l’impression de se contenter du match nul, refroidis qu’ils étaient par le but de Xavi Simons, annulé pour un hors-jeu de position de Dumfries après intervention du VAR. Ce que nous ont d’ailleurs confirmé les joueurs sans le moindre scrupule.

« Un manque d’ambition ? Je trouve que c’est un peu fort de dire ça. Forcément, dans la compétition, il y a des moments où il faut y aller et des moments où il faut calculer. Se découvrir et laisser plein d’espace à l’adversaire, ça n’avait pas trop de sens ce soir, jugeait ainsi Kingsley Coman. On a eu nos chances, on aurait dû les mettre. Et sur la fin, c’est comme une partie d’échecs, il ne faut pas aller tête baissée en attaque car on sait qu’il reste un autre match derrière. » « On a essayé mais on ne voulait pas non plus presser comme des fous sur la fin, leur laisser des espaces, et perdre le match », validait Grizou.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Voilà, tout est dit et tout est là. L’attaquant du Bayern et celui de l’Atlético viennent de résumer en quelques mots simples cette fameuse philosophie des Bleus de Deschamps dont on parle si souvent mais que l’on a parfois tant de mal à définir (sans passer pour des rageux). Mais cette quête permanente d’équilibre couplée à un devoir de prudence montre aussi les limites de la méthode DD quand ça finit, comme vendredi, par bégayer dans le dernier geste. Ce n’est pas nous qui le disons, ou pas seulement, mais bien le coach tricolore, qui a toujours placé le résultat au-dessus de tout le reste.

Ça va encore aller loin, on parie ?

Or, avec un potentiel offensif à faire saliver la planète et une telle génération dorée comme celle des Bleus actuellement, on ne peut s’empêcher, le soir, bien au chaud sous la couette, de se demander ce que vaudrait cette équipe dans les mains d’un coach aux idées débridées. On ne le saura probablement pas avant l’effondrement de l’espèce humaine, alors à quoi bon ? Puisqu’il faut faire avec et que la manière importe peu pourvu que ça rigole à la fin, contentons-nous sagement de mettre en avant ce que cette équipe fait de bien.

« C’est un système qu’on connaît bien, dans lequel on a l’habitude d’évoluer et qui a porté ses fruits », concluait Coman avant de rejoindre le bus. Un système qui s’appuie, comme vendredi, sur une défense solide et bien en place – à ce titre, les performances de Saliba et d’Upamecano sont effectivement à saluer – et un gardien rassurant, à l’image de Mike Maignan qui a très bien fait le peu qu’il a eu à faire. Un système qui risque d’emmerder un bon nombre d’équipes et qui pourrait cette année encore nous emmener loin dans la compétition.