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Espionner le huis clos de DD pour avoir la compo, une spécialité bien française

Euro 2024 : Espionner le huis clos pour avoir la compo, une spécialité française diversement appréciée par DD

FOOTBALLLundi, veille de match contre la Pologne, les journalistes français débordent d’ingéniosité pour craquer les huis clos et dénicher la compo de Didier Deschamps
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’équipe de France s’est entraînée à huis clos, lundi, du côté de Paderborn.
  • L’occasion pour Deschamps de mettre en place son onze de départ qui affrontera l’Autriche, mardi, à Dortmund.
  • A cette occasion, les journalistes ont tenté de feinter la sécurité pour essayer de connaître la compo avant tout le monde, comme ils le font depuis une vingtaine d’années.

A Dortmund,

Il est 11h20 et le jeu du chat et de la souris peut enfin commencer. En ce lundi de veille de match de l’équipe de France face à la Pologne, sous le beau soleil de Paderborn, les journalistes sont invités à plier les gaules pour la traditionnelle « mise en place » de Didier Deschamps et son staff. Comprendre : une opposition à onze contre onze avec les titulaires du lendemain dans une équipe et le reste des troupes dans l’autre. Ce dernier entraînement, crucial pour les journalistes qui ont l’habitude de dévoiler en exclusivité la compo des Bleus, donne souvent lieu à des scènes cocasses pour les non-initiés.

Tandis que certains se dispersent et retournent à leur hôtel, d’autres s’éparpillent plus ou moins discrètement aux quatre coins de la Home Deluxe Arena pour tenter de squeezer les équipes de sécurité et trouver l’endroit idéal pour voir ce qui se passe sur le terrain. Aujourd’hui, la tâche n’est pas aisée, le stade de Paderborn étant hermétique au possible. « En plus ils ont rajouté de la sécu », s’inquiète un confrère, pas certain de parvenir à ses fins. « S’ils s’étaient entraînés à Dortmund comme ça devait être le cas au départ, ça aurait été plus facile vu qu’il est ouvert aux quatre vents. Là-bas, j’ai mon petit endroit fétiche mais, ici, on va galérer », confie un autre.

Opération commando pour faire péter le huis clos

Il dit « on » car cette mission se fait parfois en équipe. Si la concurrence entre médias existe bel et bien, la réalité du terrain est un peu différente. « Il y a de l’entraide », admet un habitué. « C’est du cas par cas on va dire, embraye son collègue. Il y a quand même des fois où c’est chacun pour soi. » Ce jour-là, donc, la team « craquage du huis clos » fait cause commune. Et l’organisation est quasi militaire : « On repère en amont des points stratégiques d’où l’on peut voir et après on se met en binôme. T’en as qui attirent les vigiles vers un endroit pendant que les autres vont regarder ce qu’il se passe sur le terrain, détaille un spécialiste. Après on s’envoie nos vidéos, nos infos, pour que tout le monde puisse sortir la compo plus ou moins en même temps. »

« Sur un stade fermé de partout, on a quand même cette capacité de puiser dans des trésors d’ingéniosité pour voir ce qu’il se passe sur le terrain, se marre un confrère. Ça, c’est notre tambouille, on la garde pour nous, mais c’est sûr qu’on trouve toujours des solutions pour avoir au moins les infos principales. Même s’il y a des reporters qui sont meilleurs que d’autres et qui se sont fait une spécialité là-dedans. » Ce jour-là, pourtant, la pêche aux infos ne permettra pas de nourrir toute la tribu. « Des fois on gagne, des fois c’est Deschamps, c’est le jeu », sourit un journaliste.

La sécurité veille aux grains les veilles de match des Bleus.
La sécurité veille aux grains les veilles de match des Bleus.  - Aymeric LE GALL

Pas fan mais impuissant, Deschamps fait avec

« On sait que ça lui casse les couilles mais il nous chambre aussi pas mal là-dessus. Quand Raphaël Raymond (l’attaché de presse) dit ''l’entraînement sera ouvert quinze minutes aux médias'', parfois t’as le coach qui ajoute (il imite son accent) : ''oui hein, seulement quinze minutes''. » Si le staff peut trouver cela un peu puéril, il relativise aussi la chose. « Ce n’est que du foot », nous glisse ainsi un membre de la délégation. Il y a tout de même des fois où cette course à l’échalote a le don d’énerver Didier Deschamps.

Ce fut le cas avant le match face aux Pays-Bas, lorsque la compo a fuité beeeeeeeaucoup trop tôt à son goût. D’autant que ce onze de départ était particulièrement attendu par le camp d’en face après la blessure au nez de Kylian Mbappé. Jouera, jouera pas ? Là, le staff a moins rigolé.

« « On a eu des contacts dans l’entourage des Pays-Bas et c’est vrai qu’ils hallucinaient de la compo qui était annoncée avec Rabiot à gauche. 'Vous êtes sérieux, ça va vraiment être ça ? On n’y croit pas trop, pour nous Kylian va jouer', relate un camarade. Là, on a senti un certain agacement et un resserrement autour de l’équipe, y compris de nos sources qui ont certainement dû prendre un petit coup de pression de la part de Deschamps. » »

Du côté du staff, on regrette parfois en creux que la presse joue contre les intérêts des Bleus. « Notre travail c’est d’informer nos lecteurs, on n’est pas là pour faire ou non le jeu de l’équipe de France », recadre un confrère. Et puis si on était taquin – et on va l’être – il ne fallait pas avoir fait Deschamps troisième langue pour se douter que le bonhomme allait préférer la sécurité et l’équilibre offerts par un Rabiot plutôt que la fougue et le pouvoir offensif d’un Barcola ou d’un Kolo Muani.

Reste que cet épisode risque de pousser le staff tricolore à se montrer plus vigilant à l’avenir et à densifier la sécurité autour des huis clos. De toute manière c’est toujours comme ça avec DD, plus la compétition avance, plus les interstices pour passer une tête se font minces. Et plus le risque est élevé de se faire choper la main dans le pot de Nutella. Car il ne faut pas croire, si l’exercice peut paraître anodin, les journalistes risquent gros.

Si on connaît les modèles de chaussures de chaque joueur, là il y a clairement un truc à jouer, les mecs.
Si on connaît les modèles de chaussures de chaque joueur, là il y a clairement un truc à jouer, les mecs.  - Aymeric LE GALL

C’est beau, hein ? C’est Français

Trois confrères l’ont appris à leurs dépens en se faisant sucrer leur accred pour un des matchs des Bleus. Parmi eux, un espagnol probablement venu s’enquérir de l’état de forme de Kyky-le-Madrilène, dont la blessure fait (oh surprise !) couler beaucoup d’encre de l’autre côté des Pyrénées. Malgré ça, on a appris que cette pratique du craquage de huis clos était avant tout une spécialité bien de chez nous. Serait-on plus fouinard que les autres ? Ou est-ce simplement un truc très français que de foncer tête baissée vers l’interdit, tel un gosse devant une prise électrique ?

« Nos confrères étrangers, ça les fait un peu marrer et ils nous demandent souvent pourquoi on fait ça. En fait, on s’aperçoit que les autres nations ont beaucoup plus de off de la part de leur sélection. En Angleterre, c’est une tradition, Southgate fait sa conf et derrière, il fait un second point en off avec toute la presse écrite, un truc où tout le monde pose les téléphones et ça part en discussion pendant une demi-heure. Ça peut expliquer cette différence », analyse un reporter.

« Plus on nous donne, moins on a besoin d’aller gratter et moins on nous donne, plus on va passer par la fenêtre, admet son compère. Et ça, c’est un truc qu’ils ont parfois un peu de mal à comprendre autour de l’équipe de France. Après, ça n’a pas l’air de les déranger plus que ça non plus, vu les derniers résultats en grandes compétitions. » On en reparlera quand les résultats se feront plus maigres. Mais le plus tard possible, hein, car si chacun est dans son rôle et défend sa paroisse, tout le monde est bien content quand les Bleus étirent l’aventure le plus longtemps possible.