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Dur au mal, Kylian Mbappé doit-il jouer malgré son nez cassé ?

France – Pays-Bas : « Il faut qu’il essaye »… Mbappé est-il assez dur au mal pour jouer malgré son nez cassé ?

VAS-Y GAMINCinq jours après s’être cassé le nez dans un choc avec Danso, Mbappé semble prêt à prendre le risque de rejouer directement face aux Pays-Bas, vendredi, à Leipzig
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Cinq jours après leur victoire contre l’Autriche, les Bleus affrontent les Pays-Bas, vendredi, du côté de Leipzig.
  • La question est de savoir si ce sera avec ou sans Mbappé, dont le nez fracturé va l’obliger à porter un masque de protection.
  • Si l’on se fie aux dernières déclas de Deschamps et au rapport du joueur avec la douleur, tout porte à croire que ce sera le cas.

A Leipzig,

Si l’on était de l’autre côté des Pyrénées et que l’on s’appelait le Chiringuito, ça ferait 72 heures qu’on serait en édition spéciale aux quatre coins de Paderborn et de Leipzig à analyser les moindres faits et gestes du grand blessé Kylian Mbappé, et à interviewer toute la population locale, de la boulangère au fleuriste du coin, sur ce qu’ils pensent de ce drame mondial.

On aurait par ailleurs d’ores et déjà acté son forfait face aux Pays-Bas en l’entendant dire à Marcus Thuram, comme il l’a fait mercredi à l’entraînement, qu’il ne pouvait pas forcer ses tirs car son nez le faisait trop souffrir.

Mais on connaît bien la musique pour l’avoir trop entendue du côté du PSG ces dernières années, et ainsi tirer des conclusions aussi hâtives que pessimistes. Non, à l’heure actuelle, rien ne dit que le « kyks » ne sera pas de la partie pour le match face aux Pays-Bas, vendredi, déjà décisif pour la qualification en 8es.

Au contraire, à écouter Didier Deschamps en conférence de presse d’avant-match, jeudi, tout dit au contraire qu’il va jouer. « Tout va dans le bon sens, a-t-il assuré. Hier (mardi), comme vous avez pu le voir, il a pu sortir et courir un peu, ce sera aussi le cas ce soir (jeudi). Ça évolue dans le bon sens, on va faire en sorte qu’il puisse être disponible demain. »

Une première apparition rassurante mercredi

En effet, le voir débarquer sur le terrain d’entraînement de Paderborn mardi était déjà en soi une bonne nouvelle et un bon signe. Venu tester ses sensations balle aux pieds avec le préparateur physique Cyril Moine, pendant que le reste du groupe terminait son taureau au centre du terrain, Mbappé était apparu bien souriant pour quelqu’un qui va faire banquette vendredi.

Et ce quand bien même il n’avait cessé de tripoter son museau, sur lequel trois straps ont été installés pour maintenir la cloison nasale en place. C’est humain, au fond. Comme un bouton de fièvre qu’on ne peut s’empêcher de titiller alors qu’on sait qu’il faut lui foutre la paix.

Après que nos confrères ont appelé à peu près tout ce qui se faisait de chirurgiens spécialisés en rhinoplastie dans le pays, les avis concordent : à l’inverse du diagnostic émis pour Antoine Dupont, lequel s’était pris un TGV nommé Johan Deysel en pleine face, il ne semble y avoir aucune contre-indication à ce que Mbappé ne puisse pas tenir sa place face à Virgil Van Dijk et consorts.

Il faudra simplement voir quelles sont ses sensations à l’approche de la rencontre et la manière dont il vit avec le masque en carbone bleu blanc rouge qui lui a été livré jeudi à Leipzig. Pour le reste, tout est une question de rapport à la douleur.

Un dur au mal quand le jeu en vaut la chandelle

Alors, Mbappé petit homme douillet version Kingsley Coman, qui hurle tel un loup-garou au moindre petit coup reçu à l’entraînement, ou dur au mal version bûcheron québecois ? Si l’on se base sur son historique de blessures ces dernières années, on aurait tendance à répondre « B, la réponse B ». Moonwalk sur la flèche du temps :

Mars 2018, 8e de finale retour de C1 : Après un coup reçu contre l’OM venu réveiller chez lui une ancienne entorse à la cheville, le garçon avait malgré tout choisi de tenir son rang face au Real. S’il avait brillé par son absence et que Paris avait sauté, Mbappé avait réussi à serrer les dents pour être fidèle au poste.

Août 2022, Final 8, Lisbonne : Après le charcutage de Loïc Perrin, aka le Professeur Strauss dans H, en finale de Coupe de France contre Saint-Etienne, le capitaine des Bleus avait déjoué les pronostics du staff médical du PSG, qui annonçait alors trois semaines minimum pour soigner son « entorse de la cheville avec lésion ligamentaire externe ». Pourtant, seize jours plus tard, celui-ci gambadait joyeusement sur le terrain face à l’Atalanta Bergame.

Le post qu’il avait mis sur Twitter dans la foulée – « Tu m’parles pas de douleurs », smiley barre de rires – disait beaucoup de la mentalité de Mbappé, lequel semble donc souvent opter pour la prise de risque et la politique l’autruche vis-à-vis de la douleur quand il s’agit de jouer un match important.

« Sans risques, il n’y a pas de victoires »

Mercredi soir, celui-ci a fait passer peu ou prou le même message en écrivant, tel un publicitaire de chez Pirelli, que « sans risques, il n’y a pas de victoires ». Pour se rendre un peu mieux compte de ce que ça implique que d’avoir un nez fracturé, on a fait appel à un spécialiste du bourre-pif, le boxeur Sofiane Oumiah.

« « J’ai déjà connu ça deux fois, notamment en 2015 avant les Jeux. Fracture du nez à l’entraînement. Et deux jours après mon entraîneur m’a mis un casque et c’était reparti ! Sur le coup ça fait un peu mal, forcément, mais après franchement c’est pas dingue. Une fois que c’est pété, c’est pété, tu peux difficilement faire pire. Sauf bien sûr si tu reprends un coup dessus direct derrière. Là, la douleur remonte, mais fois mille. » »

Sauf que le foot n’est pas la boxe et qu’on n’est pas amené tous les quatre matins à prendre une droite dans le visage. Il y a carrément moyen d’éviter les situations à risque pour peu qu’on y mette un peu du sien. En refusant d’aller se frotter dans duels aériens, par exemple. Un truc qui n’a jamais été le fort ni la qualité première de Mbappé de toute manière, malgré un mieux ces dernières années.

Souviens-toi la commotion de 2016

Reste alors la question de l’appréhension, cette petite piqûre de rappel mentale qui revient vous hanter sur le terrain au pire des moments. C’est ce qui lui était arrivé à ses débuts en pro avec Monaco, après une commotion cérébrale survenue lors de la saison 2016-2017 consécutive à un choc avec le défenseur Guingampais Christophe Kerbrat.

Mbappé ne sera plus jamais le même après ce choc avec Christophe Kerbrat le 12 août 2016.
Mbappé ne sera plus jamais le même après ce choc avec Christophe Kerbrat le 12 août 2016.  - JEAN CHRISTOPHE MAGNENET

« Il avait décidé d’arrêter de jouer de la tête pendant un long moment et il n’y a qu’en match où il s’en servait, s’est récemment souvenu Loïc Badiashile dans L’Equipe. À l’entraînement, il ne s’en servait vraiment jamais. Il ne sautait pas et s’il pouvait éviter un duel aérien, il l’évitait. En compétition, il essayait d’y aller mais sans plus. »

« Tu peux avoir une petite appréhension car t’es jamais à l’abri de reprendre un coup, acquiesce Oumiah. Mais le foot ça se joue d’abord avec les pieds et je pense que Mbappé ne voudra pas manquer un tel rendez-vous. C’est l’Euro, c’est la Hollande, ce n’est pas un match comme un autre donc pour moi il faut qu’il essaye, quitte à se faire remplacer si ça se passe mal. Parce que le pire là-dedans, c’est de laisser la place aux regrets. »

Les derniers chuchotements autour de l’équipe de France laissaient entendre que le joueur était lui aussi de cet avis. Et après quelques hésitations (légitimes) du côté du staff médical et de Didier Deschamps, il semble désormais que tout le monde soit sur la même longueur d’onde. Alléluia mes aïeux ! La France respire mieux et Kylian aussi, a priori.