Manchester City – PSG : Kylian Mbappé peut-il aussi devenir un serial killer de la tête ?

FOOTBALL Déjà auteur de trois buts de la tête cette saison avec les Bleus et le PSG, l’attaquant parisien semble de plus à l’aise dans le jeu aérien

Aymeric Le Gall
— 
Contre le Kazakhstan, Mbappé a marqué d'une superbe tête décroisée.
Contre le Kazakhstan, Mbappé a marqué d'une superbe tête décroisée. — Michel Euler/AP/SIPA
  • C’est bien connu, aussi talentueux soit-il, Kylian Mbappé n’a jamais été très friand du jeu de tête.
  • Pourtant, depuis le début de la saison, le buteur du PSG a déjà inscrit trois buts dans les airs.
  • On a analysé la progression de son jeu de tête avec trois spécialistes de la détente verticale.

Le geste était tout sauf anodin. Après s’être élevé plus haut que tout le monde pour claquer cette magnifique tête décroisée avec les Bleus, face au Kazakhstan, onze jours avant le choc face à Manchester City, Kylian Mbappé a complété sa traditionnelle célébration bras croisés par quelques petites tapes sur le crâne. Le tout en regardant Deschamps droit dans les yeux, comme pour lui dire « t’as vu, c’était pas qu’un coup de chatte, hier ! ».

La veille, en effet, le Parisien avait déjà trouvé le chemin des filets à l’entraînement d’un coup de casque, mais le sélectionneur, qu’on sait très chambreur, avait mis cela sur le compte de la chance et du cache-cou qui recouvrait son visage dans la froideur de Clairefontaine.

« C’est vrai que je n’ai pas un grand jeu de tête, mais j’ai beaucoup progressé déjà cette année. Ce n’est pas encore un jeu de tête de haut niveau mais ça commence à ressembler à ce que je recherche. Je vais continuer à travailler pour en marquer d’autres », avait-il alors prévenu au micro de M6 avant la rencontre.

Les chiffres en attestent : alors qu’il n’avait inscrit que deux petits pions de la tête depuis son arrivée au PSG, Mbappé vient d’en enquiller trois depuis le début de la saison (deux avec Paris, un en Bleu), preuve que quelque chose a changé chez lui. Au point qu’on se demande si, comme Karim Benzema avant lui, le bip-bip du 9-3 n’allait pas très vite ajouter cette flèche-là à son carquois de skills déjà bien rempli.

Mbappé, où la quête de la perfection

Pour en parler, qui de mieux que Claudio « Air » Beauvue, l’ancien kangourou guingampais, si à l’aise quand il s’agit de s’envoler pour placer des coups de boule dévastateurs face au but ? Mais avant de parler de technique pure et de travail à l’entraînement, on lui a demandé ce qu’il avait pensé de cette tête de Mbappé au Parc avec l’équipe de France. « On sait que ce n’est pas son point fort mais, pour le coup, j’ai trouvé qu’il s’était vraiment appliqué pour faire le geste juste. Il est dans le bon timing, la technique est bonne, la tête est juste décroisée ce qu’il faut. Rien à dire, on voit qu’il bosse », applaudit l’attaquant de l’US Boulogne, en National.

C’est vrai, il bosse. Selon nos confrères du Parisien, le numéro 7 du PSG a mis un coup de collier aux entraînements et n’hésite plus désormais à demander à ses copains de lui envoyer des ballons en hauteur pour bosser son jeu de tête. Car il le sait, dans sa quête de perfection, s’il veut devenir un jour le meilleur attaquant de l’histoire du foot, il va lui falloir devenir plus complet et, donc, plus clinique de la tête. En vérité, si l’ancien Monégasque n’a jamais été un grand fan de l’exercice, ce n’est pas non plus une buse intersidérale dans ce domaine.

Non, si Mbappé rechignait ces derniers temps à jouer du crâne, c’est qu’il a en mémoire quelques mauvaises rencontres aériennes. A deux reprises, en effet, Mbappé a été victime de commotions cérébrales après des chocs très violents avec Christophe Kerbrat (en 2016) et Anthony Lopes (en 2018). « C’est évident que ça a dû le freiner, comprend Beauvue. Mais pour être un bon joueur de tête, il ne faut pas avoir peur d’aller au duel, il faut réussir à passer ce cap de l’appréhension. S’il arrive à faire ça, et il a déjà commencé, il sera de plus en plus libéré et il pourra gagner de plus en plus de duels aériens. »

Claudio
Claudio - FRED TANNEAU / AFP

« Il a déjà tout ce qu’il faut pour sauter haut »

Maintenant que le trauma est derrière lui, Mbappé va pouvoir à nouveau se concentrer sur le travail de perfectionnement. Technique de tête, bien sûr, mais aussi sens du timing, anticipation et détente verticale. Sur ce point, Claudio Beauvue n’a aucun doute, « sa marge de progression est énorme. » « Un peu à l’image de Thierry Henry, mon idole, précise-t-il. Ce n’était pas un spécialiste du jeu de tête au début de sa carrière mais, au fil des années, il est devenu très fort. C’est facile pour des mecs comme ça vu qu’ils sont tellement en avance sur les autres dans beaucoup des domaines, ils peuvent travailler leurs points faibles tranquillement et progresser à vitesse grand V. »

Pour bien comprendre les rouages d’une bonne détente verticale, on a passé un petit coup de fil au Japon à un spécialiste, Laurent Tillie, l’entraîneur de l’équipe de France de volley, pour qui les sauts n’ont plus de secrets. Alors, coach, qu’est-ce qui fait un bon sauteur ?

« Déjà, il faut quand même avoir de solides bases génétiques, nous dit le tout récent champion olympique. Et je pense que Mbappé les a, vu son explosivité, sa vitesse, son accélération incroyable. Ce sont toutes les qualités qu’on retrouve dans le saut. Après, c’est du classique : beaucoup de muscu et de gainage pour un tronc solide pour une meilleure transmission du saut, des cuisses et des fessiers forts »

« C’est clair qu’il a déjà tout ce qu’il faut, embraye Mickaël Hanany, le détenteur du record de France de saut en hauteur (2,34 m) aujourd’hui à la retraite. Après, c’est peut-être une manière de travail un peu différente pour l’amener à avoir un jeu de tête un peu plus performant. Pour avoir une détente verticale, par exemple, il faut bien axer le travail sur la pliométrie et les enchaînements de sauts verticaux. Il faut avoir des prédispositions physiques à la base, mais si tu orientes bien le travail sur ces axes-là, n’importe qui peut gagner un peu de détente. »

La taille ne compte pas (trop)

Pour Laurent Tillie, c’est comme pour tout, tout est question de répétitions : « Il faut savoir qu’au volley, on fait entre 150 et 180 sauts par joueur et par entraînement, on devient vraiment des kangourous ! ». Mais sauter haut ne fait pas tout. Et, à la différence du volley, poursuit le coach des Panasonic Panthers, « au foot, il y a plus d’informations extérieures à prendre en compte. En plus de la trajectoire de la balle, il faut tenir compte de celles des autres joueurs environnants, celle du défenseur avec qui on va aller au duel, la manière dont on va prendre le ballon de la tête, etc. Ce sont autant de paramètres qui peuvent venir altérer la qualité du saut. »

Sur ce point, là encore il n’y a pas de mystère. Claudio Beauvue : « Il faut répéter les exercices à l’entraînement, les centres, les coups de pied arrêtés. Et au fur et à mesure tu vois éclore le fruit de tout ce travail et, le fait de progresser, ça te fait aussi aimer l’exercice. Tu prends confiance, tu finis par avoir tes repères et au fil du temps ça devient un geste naturel. » Pour l’ancien joli jumper des Côtes d’Armor, la taille n’est pas un problème, contrairement aux idées reçues qui voudraient qu’il n’y ait que les grandes perches pour dominer le ciel. Du haut de son mètre 74, le garçon sait de quoi il parle.

« Comme je ne suis pas très grand, j’essaye toujours de prendre une longueur d’avance sur l’adversaire en anticipant ce que mon coéquipier va faire. A l’époque, j’étais fan des Chiliens Ivan Zamorano et Marcelo Salas. Malgré leur petite taille, c’étaient des hélicoptères, les mecs ! Je les regardais souvent à la télé et j’étais super attentif quand ils marquaient de la tête, je faisais gaffe à leur manière de se positionner, de déclencher leurs appels, de sauter. » Avec un coéquipier comme Mauro Icardi, docteur ès coup de boule quand il n’est pas sur Insta à poster des (love) stories, Mbappé a tout ce qu’il faut sous la main pour apprendre et progresser.