Real Madrid: «Sa progression est exceptionnelle», par quel miracle Benzema est-il devenu le meilleur buteur de la tête en Europe?

FOOTBALL L’avant-centre madrilène est l’attaquant qui marque le plus de la tête cette saison dans tous les grands championnats

Julien Laloye et Thibault Girardet

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Karim Benzema a inscrit un doublé de la tête contre Bilbao.
Karim Benzema a inscrit un doublé de la tête contre Bilbao. — GABRIEL BOUYS / AFP
  • Karim Benzema a inscrit 10 buts de la tête cette saison avec le Real Madrid.
  • Aucun attaquant ne fait mieux dans les grands championnats européens.
  • L'attaquant madrilène était pourtant un joueur très moyen de la tête au début de sa carrière.

Dans une équipe qui vivote péniblement en attendant qu’un été à 500 plaques ne vienne lifter les pommettes et remonter les fesses d’un effectif de vieux beaux décadents, il est le seul à sembler encore concerné par les affaires courantes. Karim Benzema, qui va enchaîner une 21e titularisation consécutive jeudi soir à Getafe, vient de marquer les 8 derniers buts du Real Madrid, record absolu que-même-si-tu-remontes-à-Franco-tu-trouves-pas-mieux. Un simple demi-exploit, cela dit, vu la saison affreuse de la concurrence.

  • Un môme de 15 ans à l’infirmerie (Vinicius)
  • Un chanteur de merengue dominicain en mal de temps de jeu (Mariano)
  • Un petit gaucher qui était bon il y a trois ans (Asensio)
  • Un coureur de 100m reconverti golfeur (Bale).

Non, la vraie stat qui clouera même les grandes bouches du fan club de Giroud est toute autre. Figurez-vous que KB9 se trouve être à l’heure où nous écrivons (25 avril, 14h16), le meilleur buteur de la tête en Europe. 11 selon AS, 10 selon Opta, 3 selon la police. 10 ou 11 sur 30 réalisations, loin devant les spécialistes consacrés, type Lewandowski, Cristiano ou Laborde – oui Laborde. Zizou en était tout retourné après ses deux coups de casques dimanche dernier contre l’Athletic Bilbao : « Il a marqué 10 buts de la tête cette saison et je ne le voyais pas aussi bon de la tête. Mais vraiment ! Il est toujours au bon endroit, il saute au bon moment, il a cet instinct de se mettre toujours où il faut. Je suis content pour lui, ça paye, son travail est récompensé. »

« Il a l’instinct pour se placer entre deux défenseurs »

Pour qui se souvient du gone qui avait limite peur de mettre la tête dans ses années lyonnaises, ça fait un choc. Parole d’expert avec Tony Cascarino, la plus belle nuque longue des 90’s, capable de téléguider une tête en lulu depuis son casier de vestiaire. Et cette confidence géniale au passage : « En ce moment, je montre des vidéos YouTube de mes belles années dans le championnat de France à mon fils. Comme ça, il peut voir que j’étais un vrai bon joueur de tête. » Bref, revenons à nos moutons.

« Je me souviens, lorsqu’il avait la vingtaine et qu’il jouait à Lyon, je le regardais évoluer et il ne se servait jamais de sa tête. Aujourd’hui, il est juste incroyable ! Le jeu de tête requiert bien plus de technique qu’il n’y paraît. C’est tout un art. L’art de se placer, l’art de sauter dans le bon tempo. Tout le monde n’en est pas capable. Sa progression dans le jeu de tête depuis dix ans est juste exceptionnelle. »

Histoire d’être précis, parce qu’on aime ça être précis, on a compté cinq buts de Karim de la tête avec l’OL avant son départ en Espagne. Dont trois sans gardien en opposition et un ballon qui arrive à deux à l’heure. Une seule qui mérite d’être notée : une tête piquée au premier poteau contre Le Mans sur un coup-franc de Juninho en septembre 2007.

Le classement des meilleurs buteurs d'Europe de la tête (source AS)
Le classement des meilleurs buteurs d'Europe de la tête (source AS) - 20 minutes/Infogram

 

Depuis, il a régulièrement monté le curseur, marquant même quelques buts mémorables de la tête. De mémoire, une égalisation contre Naples en 8e de finale aller de C1, ou un saut sur les épaules de Piqué pour aller chercher la lucarne de Valdès dans un clasico.

Mickaël Madar, une autre vieille gloire de la D1 à papa:

« Le jeu de tête, c’est vraiment un don, quelque chose d’héréditaire. Moi, j’avais un pied à la place de la tête. Et pourtant, je n’ai pas marqué suffisamment de la tête par rapport aux qualités que j’avais. Dans mon cas, c’était un problème de positionnement. Parfois, je restais trop campé au deuxième poteau et je n’arrivais pas à sentir les coups. Benzema, lui, c’est le contraire. Il n’est pas naturellement un joueur de tête, mais il possède cette malice et cette intelligence de jeu qui fait qu’il est toujours bien placé. Il a l’instinct pour devancer l’adversaire, se placer entre deux joueurs, être à la réception. »

Vrai. Benzema arrive souvent à se faufiler ente les deux centraux pour rabattre sa tête, ou bien à se faire oublier au second poteau sur les coups de pied arrêtés. Si Madar était plutôt de ceux qui renvoyaient la tête du même côté que celui d’où venait le ballon - « c’est plus efficace car le gardien aura plus de mal à se coucher en repartant à contre-pied »-, l’attaquant français choisit presque toujours l’option décroisée, comme face au Bayern l’an passé en Ligue des champions. Il pique aussi le plus possible, pour surprendre des gardiens aux gabarits de plus en plus étoffés, capables de se déployer rapidement en hauteur mais un peu moins au sol.

L’exemple de Ronaldo

Comment a-t-il progressé autant au Real ? Tony Cascarino y voit le bénéfice d’années de pratique aux côtés de Ronaldo : « Je pense que Cristiano Ronaldo a eu une influence énorme sur lui. Benzema a dû l’observer, et pratiquer. Et si tu t’entraînes avec un joueur comme Cristiano Ronaldo pendant tant d’années et que tu ne progresses pas, alors c’est simplement que tu es stupide. Mais Karim Benzema est un joueur intelligent, alors il a appris. »

L’ancien buteur de Nancy pointe aussi la présence de centreurs d’exception au Real, qui favorisent le bilan remarquable du Français. « Lors de toutes ces années à Madrid, il a eu la chance d’évoluer avec des joueurs comme Di Maria, Modric, Kroos ou Gareth Bale, capables de lui servir des centres de très grande qualité. C’est bien sûr essentiel d’être entouré d’excellents passeurs pour devenir un très bon joueur de tête. » Ou plutôt un bon finisseur de tête. Car si Benzema s’est découvert une qualité de cabochard hors pair dans la surface, il n’en est à pas (et ne sera jamais) à aller se frotter avec les centraux pour dévier des ballons dans le rond central. Pas besoin de transformer son jeu d’esthète, donc.

Une inspiration pour Mbappé ?

Si l’on suit Madar jusqu’à trouver sa gourmette, Benzema doit même devenir « une source d’inspiration » pour Kylian Mbappé, un petit jeune du PSG pas trop mauvais mais qui rechigne lui aussi à utiliser la tête pour marquer. Petite coïncidence amusante, tant qu’on y est : au même âge que son aîné, à savoir 20 ans et des poussières, Kyky a inscrit le même nombre de la tête​. Cinq. Ça laisse rêveur sur sa marge de progression dans ce domaine.