Manchester City-PSG : « Peu importe la douleur »… Kylian Mbappé, (trop ?) habitué à jouer diminué

FOOTBALL L'attaquant français, incertain pour la demi-finale retour, a souvent dû jouer des matchs importants alors qu'il n'était pas à 100% de ses moyens

Nicolas Camus

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Kylian Mbappé lors de la demi-finale aller de Ligue des champions entre le PSG et Manchester City, le 28 avril 2021.
Kylian Mbappé lors de la demi-finale aller de Ligue des champions entre le PSG et Manchester City, le 28 avril 2021. — Dave Winter/BPI/Shutterstock/SIPA
  • Le PSG se déplace sur la pelouse de Manchester City mardi soir en demi-finale retour de la Ligue des champions.
  • Les Parisiens, qui devront marquer au moins deux fois pour se qualifier, ne savent pas s’ils pourront compter sur Kylian Mbappé, touché au mollet lors de la première manche et forfait le week-end dernier en championnat.
  • L’attaquant français, qui saura ce mardi matin s’il fait bien partie du groupe, est un habitué des blessures à soigner en quatrième vitesse avant un grand rendez-vous et sera prêt, une nouvelle fois, à serrer les dents pour être présent.

Le grand bluff, ça ne fonctionne pas avec Pep. On ne sait pas si le coach de Manchester City a vu la petite vidéo de Kylian Mbappé traînant ostensiblement la jambe en arrivant à l’aéroport du Bourget, lundi midi, mais comme avec Marquinhos avant le match aller, il n’a aucun doute sur la présence de l’attaquant français, mardi, pour la seconde manche de cette demi-finale de la Ligue des champions.

Le coach de Manchester City est persuadé que le PSG, dans l’obligation de gagner en marquant au moins deux fois, ne peut pas se passer de son meilleur buteur dans la compétition. Et, surtout, que le joueur, touché au mollet lors du match au Parc la semaine dernière et laissé au repos ce week-end face à Lens, ne peut concevoir une seule seconde de rater ce rendez-vous. « Il va jouer, a coupé net le Catalan quand la question lui a été posée en conférence de presse, lundi. Et je suis très content qu’il joue, pour le football, pour ce match. »

On verra bien s’il a raison, mais difficile de lui reprocher cette conviction. Si Mauricio Pochettino a laissé planer le doute, assurant en fin d’après-midi qu’une décision ne serait prise que mardi, Mbappé a prouvé qu’il était plutôt du genre à vouloir retourner au front avec une balle dans la jambe qu’à demander sa démobilisation pour un ongle incarné. L’année dernière par exemple, Didier Deschamps parlait de son « envie toujours débordante de vouloir jouer même s’il n’est pas à 100 % », alors que le joueur traînait une blessure aux adducteurs.

Feinte ou non, cette incertitude avant un grand rendez-vous n’est pas une nouveauté pour le crackito de Bondy. A plusieurs reprises déjà dans sa jeune carrière, il a dû faire avec des blessures plus ou moins sérieuses et gérer le stress d’une course contre-la-montre pour pouvoir tenir sa place. Mais s’il y est parvenu à chaque fois, le résultat n’a pas toujours été à la hauteur.

Retour supersonique pour le Final 8

On se souvient par exemple du 8e de finale contre le Real Madrid en février-mars 2018. Déjà pas bien fringuant à l’aller (défaite 3-1), il avait reçu un coup contre l’OM qui avait réveillé une ancienne entorse à la cheville, à une semaine du retour. Des heures de soins plus tard, il était là pour participer à l’opération remontada… qui s’était soldée par un échec cuisant (nouvelle défaite 1-2) et une performance fantomatique de Kyky.

Plus près de nous, la rapidité avec laquelle il était revenu pour disputer le Final 8 après s’être fait salement découpé par Loïc Perrin en finale de la Coupe de France, l’été dernier, avait bluffé tout le monde. Alors que le club avait annoncé une période de trois semaines d’arrêt pour soigner son « entorse de la cheville avec lésion ligamentaire externe », il était entré à l’heure de jeu face à l’Atalanta seize jours plus tard. « Tu m’parles pas de douleurs », avait-il twitté en se marrant après la rencontre, référence à sa fameuse réplique sur son âge.

Quelques jours plus tard, après la demi-finale victorieuse contre Leipzig, il était revenu plus sérieusement sur ces jours passés à cravacher. Et n’avait pas caché qu’il était loin d’évoluer à 100 %.

Le soir de la victoire contre Saint-Etienne, je n’y croyais pas. Je pensais que c’était mort. J’ai pleuré toute la nuit. Mais je me suis réveillé le lendemain matin en me disant d’essayer de faire le maximum, des journées pleines de soin, de rentrer à la maison et faire encore des soins. Je me suis lancé dans un délire tout seul (…). Mais ce n’est pas encore derrière moi. Je me sens bien, de mieux en mieux, mais je suis obligé de jouer avec un strap très épais, ce n’est pas le top. »

Mbappé est capable de tout quand il s’est mis un objectif en tête. Et il a une tolérance à la douleur sans doute supérieure à la moyenne. Mais est-ce toujours bien raisonnable et productif ? « Tout ce que je veux, c’est gagner. Je suis venu ici pour ça. Peu importe la douleur, je vais laisser mon corps sur le terrain et tout faire pour gagner dimanche », avait-il encore dit avant la finale. Résultat, il avait raté beaucoup de choses, dont un face-à-face avec Neuer qui aurait pu changer le cours de l’histoire.

Se rater ou des regrets ?

Il serait quand même injuste de dire que la persévérance du golden boy n’a jamais été récompensée. Gardé secret lors de la dernière semaine de la Coupe du monde en Russie, l’épisode de ses trois vertèbres bloquées en ramassant des affaires pour aller se doucher la veille de la demi-finale contre la Belgique fait désormais partie des petites histoires qu’on se raconte au coin du feu. Son dos en vrac ne l’avait empêché de faire danser les Belges et les Croates, avec le quatrième but de la finale en cerise sur le Vatrouchka.

Lundi soir, Mbappé s’est entraîné à part, se testant sur des petites courses sans trop forcer. Pas franchement rassurant, mais on imagine mal qu’il ne rentre pas au moins en cours de match si le scenario le demande. Sans garantie sur ce qu’il pourra apporter, mais le joueur préférera toujours ça aux regrets.