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Entre fuites et critiques, Deschamps est-il en train de perdre son groupe ?

Euro 2024 : Fuites dans la presse et management critiqué… Deschamps est-il en train de perdre son groupe ?

FOOTBALLDepuis plusieurs jours, les plaintes de joueurs des BLeus sur le management du sélectionneur sont relayées par la presse, un signe pas forcément positif alors que les performances de l'équipe de France peinent à convaincre
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Après une phase de poule pour le moins poussive, des critiques internes contre le sélectionneur se font jour dans la presse depuis plusieurs jours.
  • Une pratique vieille comme le monde et qui traduit un certain malaise dans le groupe.
  • Pour effacer cela, rien de tel qu’une victoire en 8e de finale contre la Belgique, lundi, à Düsseldorf.

De notre envoyé spécial à Paderborn,

Quelques secondes avant de quitter le pupitre pour laisser place à Eduardo Camavinga, après une conférence de presse gérée de main de maître, Ibrahima Konaté a eu un message à l’attention des journalistes samedi. « On aura besoin de vous tous. Même s’il y en a ici qui écrivent des trucs un peu bizarres. Faut arrêter les conneries ! », s’est-il marré, tout en faisant habilement passer un message.

Celui d’une presse qui, depuis quelques jours et la nouvelle purge contre la Pologne, se fait l’écho d’un groupe qui ne vivrait peut-être pas aussi bien qu’il le dit le management de Didier Deschamps et de son staff lors de cet Euro. En effet, ces 72 dernières heures, on a lu et entendu pas mal de choses :

  1. Que les remplaçants se plaignaient du manque d’intensité des séances d’entraînement, responsables en partie de leur manque de jus lorsqu’ils entrent en fin de match.
  2. Que certains joueurs, notamment les nouveaux, étaient étonnés par le manque de travail tactique du sélectionneur avant les matchs.
  3. Que les seconds (voire troisièmes) couteaux avaient du mal à vivre le fait de ne pas avoir joué une seule minute, notamment le petit bleu Warren Zaïre-Emery, relégué tout au fond de la hiérarchie des milieux de terrain.
  4. Enfin, qu’une partie du groupe, dont « certains titulaires ou cadres », dixit L’Equipe, n’ont « toujours pas goûté ces derniers jours au management plus affirmé du sélectionneur », lequel n’hésiterait pas à les piquer en tête à tête contrairement à ses habitudes.

Mis bout à bout, ça commence à faire son joli petit lot de bouderies et de messes basses. Typiquement le genre de sous-entendus que déteste Didier Deschamps, lui qui est reconnu pour sa capacité à fédérer des groupes en mode « à la vie, à la mort ».

Les fuites, un grand classique quand le bateau tangue

On pourrait se dire au fond que ces infos distillées dans un contexte où les Bleus font face à de nombreuses critiques ne sont là que le fait d’une presse mal intentionnée, toute heureuse de tirer sur l’ambulance, celle-là même que Domenech critiquait pour son goût « du sang ». Mais il faut bien comprendre que ces plaintes de couloirs ne sont pas tombées du ciel comme par miracle. Pour qu’il y ait des infos qui sortent sur ce qui se passe en privé dans le groupe, il faut qu’il y ait des fuites.

C’est ce que nous raconte un fin connaisseur des arcanes de l’équipe de France. « Si le climat est au beau fixe dans le groupe, il n’y aura rien de particulier qui va sortir. Mais si les critiques sont acerbes, évidemment que la tension va s’installer et que des choses plus négatives vont sortir, parce que certains joueurs vont libérer leur frustration, assure-t-il. C’est souvent un bon révélateur de l'ambiance dans le groupe. Là, visiblement, la piètre qualité des trois premiers matchs et les problèmes rencontrés par ceux qui jouent moins, sont en train d’amener à cette situation. »

« La plupart des joueurs discutent avec leurs agents pendant la compétition et certains, notamment ceux dont le statut a changé, peuvent s’épancher plus que d’habitude. Et puis quand les résultats sont moins au rendez-vous, tous ont tendance à plus parler », nous confirme un proche d’un joueur de l’équipe de France. Prenons l’exemple du Qatar : mis à part l’épisode du départ en catimini de Karim Benzema après sa blessure, rien de négatif n’est jamais sorti du groupe pour être mis sur la place publique. Le fait que les Bleus aient remporté leurs deux premiers matchs de poule, permettant ainsi aux « coiffeurs » de prendre part à la troisième rencontre face à la Tunisie, a aidé.

Les agents, ces pipelettes qui en disent (parfois) trop

Cette année, en voyant que leur nom n’était pas sur la feuille avant le match contre la Pologne ou qu’ils n’étaient pas entrés en cours de match, certains joueurs ont compris que leur chance de disputer quelques minutes venait probablement de passer. « Pendant une compétition, les journées sont longues et les joueurs passent beaucoup de temps au téléphone avec leurs proches et leurs agents. Ils ont besoin d’échanger, de raconter leurs joies, leurs déceptions et leurs amertumes. Et comme tout cet environnement est complètement infiltré par les médias, ça finit pas sortir », explique un ancien de la maison Bleue.

« Dans 99 % des cas, ça ne vient pas directement des joueurs mais de leur entourage, les agents et conseillers principalement. Je ne crois pas que les joueurs aient la volonté de faire fuiter une information ou un élément d’atmosphère lors d’une grande compétition. Parfois ils ne se doutent même pas que telle ou telle personne de leur entourage va connaître un journaliste et lui balancer l’info », confie un ancien attaché de presse d’un club de Ligue 1 pour qui les fuites n’ont plus de secrets.

« Ça rend la chose incontrôlable car si tu peux toujours rappeler aux joueurs qu’ils ont un devoir de confidentialité, que c’est pour le bien du groupe, tu ne peux pas le faire auprès de tous les gens qui gravitent autour d’eux », poursuit-il. Censés représenter les intérêts de leurs poulains, certains conseillers semblent parfois marquer contre leur camp en laissant fuiter des choses qui pourraient nuire au groupe. « Il peut y avoir un peu d’affolement quand « leur » joueur ne joue plus. Il faut savoir garder la tête froide, malheureusement ce n’est pas la qualité principale de tous les gens dans ce milieu ».

Un révélateur d’une perte de pouvoir du coach ?

Il y a enfin, dans ces fuites impromptues, une bonne part de mauvaise foi. Surtout quand le bateau tangue et qu’il faut trouver un fusible pour détourner l’attention. « L’une des caractéristiques de ce milieu, c’est de se déresponsabiliser dès que les choses se gâtent. On va alors pointer du doigt des coupables qui, évidemment, sont toujours les autres, souffle un connaisseur. Si l’entourage d’un joueur n’est pas très content des choix du sélectionneur, on va faire fuiter quelque chose de négatif sur lui. » Laa pauvreté du travail tactique de DD aux entraînements, par exemple.

Cela veut-il dire pour autant que le coach a en partie perdu la main sur le groupe ? Un de ceux qui le connaissent très bien n’est pas loin de le penser. « Est-ce que l’usure du pouvoir fait qu’il n’a plus les bonnes réactions, les bons mots aux bons moments, comme ça a pu être le cas pour Joachim Löw après quatorze ans à la tête de la Mannschaft ? »

Une victoire lundi contre la Belgique et tout peut rebasculer dans l’autre sens, évidemment. « En revanche si ça se passe mal, ça va turbiner, prévient ce même témoin. Espérons qu’il n’a pas complètement perdu la main et que sa fameuse ''chatte'' est toujours là. » C’est vrai qu’on a eu tendance à l’oublier, ces derniers temps, celle-là.