Euro 2024 : C’était quoi cette compo « pochette-surprise » de DD pour France – Belgique ?
FOOTBALL•En alignant Antoine Griezmann au poste d’ailier droit face aux Belges, Didier Deschamps a pris tout le monde à contrepied, y compris ses joueurs, qui avaient travaillé le 4-4-2 losange la veilleAymeric Le Gall
L'essentiel
- Alors que tout semblait prévu pour que les Bleus évoluent dans un 4-4-2 losange contre la Belgique, Deschamps a changé ses plans quelques heures seulement avant le match.
- Un choix qui a de quoi surprendre au vu du positionnement d’Antoine Griezmann sur l’aile droite, un poste qu’il n’a plus connu depuis près de dix ans.
- Ce revirement de dernière minute traduit un certain tâtonnement de la part du sélectionneur, qui n’arrive pas à trouver la solution miracle depuis le début de l’Euro.
De notre envoyé spécial à Düsseldorf,
La filouterie de Didier Deschamps n’a donc plus aucune limite. Alors que les médias ne parlaient plus que du système en 4-4-2 losange, annoncé dès samedi par nos confrères de L’Equipe, avec le retour d’Antoine Griezmann dans un rôle de numéro 10 qui correspond le mieux à ses qualités, tout cela a volé en éclat à peine le coup de sifflet de France-Belgique donné. Et quelle ne fut pas notre surprise en voyant l’homme à la crinière de renard argenté se positionner à droite du 4-3-3, lui, l’homme de l’axe qui n’a à peu près aucune qualité pour jouer à ce poste.
C’est lui qui le dit, pas nous. « Ah mais moi je ne suis pas un ailier qui va partir dans des un contre un, a-t-il lâché en se marrant dans la zone mixte du stade de Düsseldorf. Je suis gaucher en plus, j’ai plutôt tendance à chercher des une-deux et revenir dans l’axe. Mais le coach m’a demandé de m’écarter de temps en temps. Après, peu importe où je serai, je donnerai tout le temps 100 %. »
Du reste, on ne fut pas les seuls à écarquiller grand les mirettes en voyant le garçon coller sa ligne de touche. Lui-même a appris tardivement qu’il allait devoir changer de poste pour la 538e fois sur ces huit dernières années avec DD. « J’ai appris ça ce matin (lundi). Le coach est venu me voir dans ma chambre pour me l’annoncer et je lui ai dit ''bah, go coach, on y va hein ! Moi je suis là pour vous, je suis là pour l’équipe. On y va'' » , a-t-il relaté, non sans une pointe d’ironie et de surprise dans la voix.
Grizou, le bon soldat qui ne moufte pas
Tout heureux d’avoir fait la nique à des journalistes trop fiers de leur coup après avoir réussi, pensaient-ils, à « craquer » le huis clos pour dévoiler en avant-première la compo des Bleus, Deschamps n’a pas hésité à balancer de la fake news en veux-tu en voilà. « Il n’y avait pas le moindre doute dans ma tête. Après, c’est juste une question d’équilibre. Comme je vous l’ai dit avant le match, même si vous étiez partis sur un losange, il y a toujours la possibilité d’avoir un joueur qui n’est pas dans la meilleure position, a-t-il expliqué en conf d’après-match. Antoine joue régulièrement dans cette position avec son club, il a une capacité à s’adapter. »
Pour la capacité à s’adapter, là-dessus, rien à dire. Grizou lui-même en convient. Joueur et coéquipier idéal, le Colchonero fait partie de ceux qui ne moufteront jamais – à l’inverse de certains dont on ne citera pas les noms (KYLIAN) – dans l’intérêt du collectif et de la patrie. « Je suis au service du coach et du collectif. Comme on dit toujours, on s’adapte. C’est ce qui est important pour les joueurs d’aujourd’hui, être capables de jouer partout, se sacrifier pour le collectif. »
Pour ce qui est de la première partie de la phrase, en revanche, là le sélectionneur nous prend gentiment pour des pommes. Non, Griezmann ne joue pas « régulièrement dans cette position avec son club ». « La dernière fois que j’ai joué sur un côté comme ça, c’était à la Real Sociedad, mais côté gauche », nous a confirmé l’intéressé. Soit il y a… dix ans !
Une surprise annoncée à deux heures et demie du match
Au-delà du seul cas Griezmann, ce sont les choix du sélectionneur dans leur entièreté qui prêtent à se taper la tête contre les murs. Car jusqu’à la causerie d’avant-match à 15h30 – soit à deux heures et demie seulement du coup d’envoi – ceux-ci pensaient (comme nous) qu’ils allaient effectivement évoluer dans ce 4-4-2 losange qu’ils avaient travaillé la veille. A double dose même, avec une première mise en bouche tactique sur le terrain et un travail d’analyse vidéo pour remplacer la poire en guise de « digeo ».
Interrogé sur cet étonnement revirement de Deschamps, Adrien Rabiot n’a pas bien su que répondre en zone mixte après le match. « C’était peut-être pour vous induire en erreur, j’en sais rien, a-t-il dit avec le sourire. On l’a travaillé (le 4-4-2 losange) la veille et puis le coach a voulu faire différemment aujourd’hui. Faudrait lui poser la question à lui, ''pourquoi avoir changé aussi tard ?''. Nous, on applique ses consignes sur le terrain. On est capable de s’adapter, on est des professionnels et on l’a encore démontré. »
La question ne lui sera malheureusement pas posée en conférence de presse. « Ce n’est pas grave, a pour sa part commenté Aurélien Tchouameni quelques minutes plus tard. Peut-être que la nuit a porté conseil au coach. S’il a décidé de mettre ce système en place, c’est qu’il avait tout à fait raison. »
Un pari trèèèèès risqué de la part de DD
Soyons clairs : quand bien même Deschamps place le résultat au-dessus de tout, cela ne veut pas dire pour autant que ce succès étriqué (mais mérité) face à la Belgique est la conséquence directe de ce choix tactique à faire voir flou à n’importe quel tacticien un tant soit peu sensé. Il faut bien appeler une chatte, une chatte : on est quand même loin du coup de génie Guardiolesque. Car Griezmann a eu beau faire de son mieux, le pauvre est quand même passé à côté de son match.
Ce revirement soudain traduit surtout un tâtonnement certain du côté de Deschamps, lequel ne semble pas, comme c’est souvent le cas en cours de compétition, avoir encore trouvé la solution miracle. Mais c’est peut-être ça, au fond, la solution miracle : prendre tout le monde à contrepied en tentant des trucs absolument improbables pour déstabiliser la terre entière, joueurs compris. Partant de là, vivement la prochaine compo en 3-5-2 face au Portugal avec Griezmann en n° 6 et Jonathan Clauss avant-centre.


















