OL-PSG : Comment le « bluffant et passionné » John Textor a levé les nombreux doutes l’entourant à Lyon
PORTRAIT•Le propriétaire de l’Olympique Lyonnais, qui vise une apothéose samedi (21 heures) lors de la finale de la Coupe de France, s’est imposé ces derniers mois comme l’un des présidents les plus attachants de Ligue 1Jérémy Laugier
L'essentiel
- Longtemps relégable en Ligue 1, l’Olympique Lyonnais a fini le championnat en boulet de canon en se qualifiant dimanche pour la Ligue Europa.
- Cette folle réussite en 2024, avant la finale de la Coupe de France samedi (21 heures à Lille) contre le PSG, est aussi celle de John Textor, qui a su s’entourer d’hommes de confiance.
- En poste depuis décembre 2022, le propriétaire américain s’est du même coup offert au fil des mois une légitimité, et même un gros capital sympathie, auprès de tout le club et des supporteurs de l’OL.
La cantine du Club sportif neuvillois n’a pas l’habitude de voir le président d’un club professionnel débarquer pour prendre son plateau-repas en toute simplicité, au milieu de joueurs de 14 et 15 ans. Lors de la 35e édition du tournoi international de Pentecôte U15 organisé à Neuville-sur-Saône, commune rhodanienne de moins de 8.000 habitants, tout le monde a donc halluciné samedi dernier en découvrant la présence du propriétaire américain de l’Olympique Lyonnais John Textor. Y compris les jeunes joueurs et le staff de l’OL présents sur place, alors que les pros s’apprêtaient à disputer une dernière journée de Ligue 1 déterminante le lendemain contre Strasbourg (2-1), puis la finale de la Coupe de France samedi (21 heures à Lille) face au PSG.
« Il est arrivé sans calcul ou coup de com, indique Cyrille Dolce, l’entraîneur des U15 lyonnais. Il n’avait prévenu personne au club. Il voulait voir ce football sans calcul qu’il aime tant, et il n’est pas resté pour un match ou un jour, mais pour l’intégralité de ce tournoi sur trois journées. » Finaliste de cette compétition rassemblant 20 équipes, les ados de la « formidable académie » ont donc côtoyé un supporteur de choc, aussi passionné à Neuville que pour célébrer à Décines la qualification inespérée du groupe professionnel en Ligue Europa.
« Les joueurs ont tous été très touchés »
« C’est quelqu’un de très simple, très accessible, bluffant même, poursuit Cyrille Dolce, qui a pu compter sur Antoine, jeune joueur libanais trilingue, pour assurer la traduction avec tout le groupe. Il s’est installé derrière la main courante. C’est une guest-star qui ne s’est pas prise pour une guest-star. » Au point que l’homme d’affaires floridien est passé dans le vestiaire de l’OL durant le tournoi, à la demande de l’entraîneur.
« Il a tenu à savoir le nom et le prénom de chaque joueur, c’est l’OL de demain à ses yeux. Il a amené une force supplémentaire à notre groupe. Les joueurs ont tous été très touchés de voir le président rester tout le tournoi avec nous. Après la défaite en finale [0-1 contre le pôle Espoirs de la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes], il leur a dit : « Les larmes d’aujourd’hui serviront aux victoires de demain. »
Le grand écart semble total entre cet épisode et l’image d’actionnaire distant, symbole de la multipropriété des clubs avec sa structure Eagle Football, qu’il renvoyait durant ses premiers mois à la tête de l’OL. Après avoir dû digérer la reprise officielle du club par John Textor en décembre 2022, puis l’éviction de Jean-Michel Aulas en mai 2023, les supporteurs lyonnais ont eu beaucoup de mal à accepter la communication de crise à l’américaine du nouveau boss. Avec, dans la foulée, le gros couac face à la DNCG et le début de saison 2023-2024 cataclysmique qui a conduit au licenciement de Laurent Blanc.
Le choix (gagnant) de Pierre Sage est clairement le sien
Alors moins présent à Lyon qu’au Brésil (Botafogo fait partie avec Molenbeek et l’OL de la galaxie Eagle), le propriétaire profite fin octobre d’un passage en zone mixte après un flippant revers contre Clermont (1-2), synonyme de 18e place au classement avec 3 points au compteur en 9 journées de Ligue 1, pour assurer : « Cette équipe ne risque pas la relégation. Aucune équipe reléguée dans n’importe quel championnat ne joue comme on l’a fait ce soir. Non, ouvrez les yeux, notre équipe est trop bonne pour ça ».
Un discours quasiment hors sol tant la situation semblait désespérée ce soir-là, comme à tant d’autres moments de la phase aller, l’OL étant encore 18e avec 7 points en 14 journées le 6 décembre. Sauf qu’entre-temps, John Textor a eu le mérite de vite acter l’échec Fabio Grosso pour installer sur le banc un dénommé Pierre Sage, alors inconnu du grand public. Il avait déjà songé au directeur du centre de formation lyonnais après le départ de Laurent Blanc, mais il en avait été dissuadé en interne.
« On travaille en parfaite osmose »
L’incroyable réussite de Pierre Sage sur la phase retour en Ligue 1 (de 18e à 6e avec 2,09 points par match en moyenne), et en prime ce parcours en Coupe de France, porte clairement sa patte. Outre le maintien inspiré du supposé intérimaire « Stone Wise », John Textor a officialisé en deux semaines fastes un directeur sportif, David Friio, ainsi qu’un directeur général, Laurent Prud’homme.
« Quand un nouveau propriétaire arrive, ça crée un peu d’instabilité, décryptait mardi David Friio. Mais on a un propriétaire incroyable. Il est tellement passionné, il regarde des matchs et il a une vraie connaissance. Le plus important, c’est d’avoir un alignement entre lui, Laurent, Pierre et moi. On est soudé, on sait où on veut aller. On va continuer à bâtir sur cette dynamique pour être ambitieux la saison prochaine. »
Ce nouvel « alignement » trouvé dans l’organigramme lyonnais, alors que Michael Gerlinger (ex-Bayern Munich) a en plus été officialisé en mars comme directeur global du football chez Eagle, évitera-t-il désormais à John Textor de (trop ?) s’immiscer dans le mercato ? Et ce après sa gestion des recrutements de Jeffinho, Adryelson et Perri (Botafogo), Jake O'Brien (Molenbeek), mais aussi le prêt de Diego Moreira (Chelsea). « John est très impliqué dans le sportif, il est tenu au courant, il valide des choses, répond David Friio quand on l’interroge sur ce point précis. On travaille en parfaite osmose et il n’y a pas de secret : si l’OL en est là maintenant, c’est que ça fonctionne. »
« Je n’ai jamais eu un président comme ça »
On le croit volontiers, d’autant que les joueurs montrent le même enthousiasme au sujet de cette personnalité atypique aux différentes vies, de champion de skateboard à patron d’une société d’effets spéciaux pour le cinéma… et conducteur du car de l’académie de football qu’il avait créée en Floride. Ce qui pousse l'international algérien Saïd Benrahma, l'une des principales recrues de l'ambitieux mercato hivernal lyonnais, à se marrer lorsqu'on évoque avec lui le nom de John Textor.
« Je n’ai jamais eu un président comme ça. Il est vraiment simple, que ce soit avec nous dans le vestiaire, avec les supporteurs ou avec les jeunes du club. Tous les présidents ne font pas ça. Il fait du bon taf et c’est vraiment un bon gars. »
Car oui, passé la longue période de défiance à son égard, exacerbée par sa guégerre avec JMA, les supporteurs aussi en sont à présent convaincus. Et ce après l’avoir vu coller des stickers de groupes ultras de l’OL, après avoir partagé une bière avec lui lors d’un match de Coupe de France à Besançon, sur un derby U17 contre l’ASSE (2-0) au centre d’entraînement de Décines, ou même dans un McDonald’s du Doubs avant qu’il ne file reprendre un avion.
« La multipropriété, ça cartonne ou ça tue le football ? »
« Je n’ai désormais aucun doute sur le fait qu’il soit sympa et naturel, confirme Richard (45 ans), un habitué du virage sud. Il a bien structuré le club ces derniers mois, il faut aussi lui reconnaître ça. Mais a-t-il réellement les moyens de faire réussir l’OL ? Je ne suis pas certain qu’on soit à l’abri d’une nouvelle mauvaise surprise lors du passage devant la DNCG cet été. Il ne m’a pas encore retourné sur ce point. »
Notre dossier sur l'OLQuand on se remémore les banderoles déployées par le virage nord l’automne dernier, type « Il y a le feu à la maison, mais où est la direction ? » et « La multipropriété, ça cartonne ou ça tue le football ? », on se dit pourtant qu’il a presque autant retourné le public lyonnais en 2024 que son équipe a retourné la Ligue 1. Et si on n’était plus qu’à un (miraculeux) succès supplémentaire d’entendre une place des Terreaux en liesse scander « Textor, Textor » ?


















