OL-Losc : « On espère que ce n’est pas la fin »… La Ligue 2 tend les bras à un Lyon perdu avec Fabio Grosso
FOOTBALL•À nouveau battu à domicile en Ligue 1 par les Lillois dimanche (0-2), l'Olympique Lyonnais reste lanterne rouge du championnat. Avec toujours à sa tête Fabio Grosso, dont les choix du jour se sont révélés incompréhensiblesJérémy Laugier
L'essentiel
- Vainqueur deux semaines plus tôt à Rennes (0-1), une première en Ligue 1 cette saison, l’Olympique Lyonnais a rechuté dimanche contre le Losc (0-2).
- Toujours lanterne rouge de la Ligue 1, avec cinq points de retard sur le premier non relégable, l’OL poursuit sa crise, alors que Fabio Grosso semble se perdre dans ses choix.
- Entre changements de joueurs et de tactiques à outrance, l’entraîneur italien est notamment en train de perdre son capitaine Alexandre Lacazette, et la question de son avenir à Lyon va forcément se poser.
Au Parc OL,
Comme toute équipe en perdition qui se respecte, l’Olympique Lyonnais a officiellement droit depuis dimanche, et une 7e défaite en 12 matchs de Ligue 1 contre le Losc (0-2), à des chants chambreurs de ses supporteurs. Le virage nord du Parc OL a ainsi entonné en deuxième période « Chevalier, si t’es sympa, laisse marquer Mama Baldé » et « Vive le vendredi, le samedi on est mauvais, et le dimanche aussi ». A défaut de tensions dans ses tribunes, la lanterne rouge du championnat y provoque donc un mélange de soutien sans bien y croire, de résignation et de moqueries. Le jeune Skelly Alvero ne s’en offusque pas, alors qu’environ 40.000 spectateurs étaient encore de la partie dimanche soir : « Un grand merci à eux car si on prend des situations similaires pour d’autres clubs les années précédentes, y avait-il autant de supporteurs venant encore au stade ? ».
L’ancien milieu de terrain sochalien n’a pas tort, et on peut imaginer qu’une désertion du Parc OL serait la prochaine étape de la désastreuse saison du club, à cinq points du premier non relégable (Toulouse). Ce premier succès (bien veinard) depuis le printemps dernier, il y a deux semaines à Rennes (0-1) n'a donc rien bouleversé chez ce « collectif » au point mort. Et depuis le début de la crise (dès le premier match disputé à Strasbourg en clair), Skelly Alvero est apparu dimanche comme celui ayant livré le regard le plus brutal/honnête sur cet OL 2023-2024.
« Le premier but lillois ne nous a pas assommés car cette année, on a pris l’habitude d’être menés au score, c’est factuel. Je n’aurais pas pu imaginer jouer le maintien à Lyon. Il faut avoir les épaules pour ça. On est dans une situation assez alarmante et il faut tout donner pour casser cette dynamique. On ne peut plus se cacher. Après cette bonne note à Rennes, on replonge un peu, on espère que ça n’est pas… la fin. » »
Une gestion de match digne d’un scénar de David Lynch
L’hésitation d’une grosse seconde avant de lâcher le mot fatal en disait long sur l’état du vestiaire lyonnais après cette nouvelle désillusion à domicile, où il n’y a pas eu la moindre victoire depuis très exactement six mois. Le Losc n’a même pas eu à s’employer, il n’a commis que cinq fautes sur l’intégralité de la rencontre, et il a puni en quatre minutes l’apathie défensive de l’OL grâce à Jonathan David (0-1, 28e) et Tiago Santos (0-2, 32e). S'il y a bien un visage (meurtri) qui incarne ce désarroi lyonnais, c’est celui de Fabio Grosso.
Pour son septième match sur le banc, l’entraîneur italien a trouvé le moyen de lancer son 21e titulaire différent, à savoir Tino Kadewere, auteur d’un duel en or manqué face à Lucas Chevalier (58e). C’est dire à quel point le champion en titre de Serie B tâtonne avec son effectif, mais aussi avec ses dispositifs tactiques. On vous récapitule sa mystique soirée de coaching digne d’un scénar de David Lynch à son prime.
- De la 1re à la 45e minute : L’OL évolue dans un 4-3-3 « classique », tout va bien jusque-là, enfin hormis le score de 0-2.
- De la 46e à la 64e minute : Fabio Grosso prend un coup de speed dès la mi-temps, avec trois changements, dont la sortie lunaire d’Alexandre Lacazette (on en reparlera). L’entrée en jeu de Rayan Cherki transforme le 4-3-3 en 4-2-3-1, avec l’international Espoirs en meneur de jeu.
- De la 65e à la 79e minute : Lyon reste sur un enchaînement inattendu de trois immenses occases vendangées (57e, 58e et 60e, par Mama Baldé à deux reprises et par Tino Kadewere), ses trois premières du match, et Fabio Grosso surprend tout le monde en faisant entrer un troisième défenseur central, Dejan Lovren, à la place… de l’attaquant Tino Kadewere. Oui oui, avec deux buts à remonter donc. Le tout pour passer dans un improbable 5-2-3. Zéro opportunité sur la période étrangement.
- De la 80e minute à la fin du match : Et hop, retour à une défense avec deux centraux puisque Sinaly Diomande cède sa place à l’ailier Diego Moreira. Place donc de nouveau à un 4-2-3-1. Un modèle de rétropédalage.
« On a ainsi essayé de rester dans le match en ne prenant pas le 3e but »
Une question brûlait alors les lèvres de tout le monde à Décines : sincèrement, tu es davantage en perdition que Jack Shephard et toute sa clique, Fabio ? « Non, moi je ne me sens jamais perdu, a assuré l’intéressé après la rencontre. Dès qu’il y a la place pour batailler, je reste avec courage, envie et détermination. J’ai maîtrisé le match, je l’ai bien compris (?!?!?). » Accordons lui le mérite d’avoir décrypté chacune de ses décisions tactiques en conférence de presse. A ce propos, on garde une affection particulière pour la justification de l’entrée en jeu de ce bon vieux Dejan Lovren, pour bétonner à 0-2 donc : « On perdait les distances en deuxième période, donc j’ai remis un peu d’équilibre. On a ainsi essayé de rester dans le match en ne prenant pas le troisième but. Puis les dix dernières minutes, j’ai remis un joueur offensif pour essayer de marquer et de revenir ».
Sans surprise, les Lyonnais ont évité de dézinguer les choix foutraques de leur coach, dimanche en zone mixte. « Je pense que tout le monde comprend ce que veut le coach. Il essaie de trouver le meilleur moyen pour nous faire évoluer », a ainsi sobrement glissé Jake O’Brien. « On laisse tout entre les mains du coach, on lui fait totalement confiance, assure pour sa part Skelly Alvero. Il sait ce qu’il fait, il sait ce qu’il veut, il faut essayer de le suivre au maximum. On est tous dans le même camp et si ça paie demain, on dira merci au coach. » Encore faudrait-il que John Textor soit plus patient que d’habitude au moment de trancher l’avenir d’un des entraîneurs de sa « galaxie Eagle Football ». Car vu qu’il n’y a pas la moindre micro-évolution positive dans le jeu de l’OL, on voit mal comment la présence de Fabio Grosso sur le banc à Bollaert (samedi à 17 heures) pourrait couler de source.
L’impensable concurrence de Lacazette avec Mama Baldé
Qui plus est, après s’être immédiatement mis dans un rapport tendu avec Rayan Cherki, celui-ci en fait désormais de même avec Alexandre Lacazette. L’homme aux 31 buts en 39 matchs en 2022-2023 (seulement 3 buts en Ligue 1 cette saison) n’était entré qu’à la mi-temps à Rennes, et il vient donc cette fois de sortir dès la pause. Pas garanti que le capitaine de l’OL, extrêmement attaché à son club formateur, le vive bien, d’autant que c’est Mama Baldé (0 but et 0 passe décisive en 391 minutes de jeu à l’OL) qui en bénéficie. La maladresse chronique de l’attaquant de 28 ans, relégué en Ligue 2 avec Dijon (en 2021) et avec Troyes (en 2023) serait donc compensée, d’après Fabio Grosso, par « plus d’intensité et de courses » qu’avec Lacazette en pointe.
NOTRE DOSSIER SUR L'OLL’entraîneur lyonnais pourrait-il avec ce choix fort/étrange perdre pour de bon l’ancien Gunner, qui est apparu dépité sur le banc de touche durant la seconde période ? « Non, je ne l’espère pas, a confié Fabio Grosso sur Prime Video. C’est un joueur qui a de grandes qualités, il l’a démontré pendant toute sa carrière. Je fais toujours des choix pour le bien de l’équipe. » Des choix qui conduisent jusque-là à un bilan de quatre défaites en Ligue 1 (plus une victoire, et deux nuls), le plus haut total pour un entraîneur de l’OL après sept matchs dans l’élite depuis Raymond Domenech, en 1989-1990. Une référence ultime donc.


















