Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Pourquoi John Textor veut-il déjà à tout prix se séparer de la LDLC Arena ?

OL : Pourquoi John Textor veut-il déjà à tout prix se séparer de la LDLC Arena ?

SPORTAlors que les basketteurs de l’Asvel vont inaugurer ce jeudi (20 heures) la LDLC Arena de Décines, à l’occasion d’un match d’Euroligue devant 12.000 spectateurs, la direction de l’OL fait tout pour vendre l’ultime projet majeur de l’ère Aulas
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’Asvel va pour la première fois quitter l’Astroballe, ce jeudi (20 heures), afin de défier le Bayern Munich en Euroligue dans son nouvel écrin européen, la LDLC Arena de Décines.
  • Cette salle multifonction (modulable de 12.000 à 16.000 places) est la propriété d’OL Groupe. Inaugurée ce jeudi, elle accueillera dans les prochaines semaines les spectacles de Florence Foresti, Lomepal et Sting.
  • Considérée par Tony Parker comme « l’une des plus belles salles au monde », cette LDLC Arena initiée par Jean-Michel Aulas cherche à être vendue depuis plusieurs semaines par le nouveau propriétaire de l’OL John Textor.

Même pas encore officiellement ouverte au public et déjà sur le point d’être vendue. C’est l’étrange destin de la LDLC Arena de Décines, située à proximité du Groupama Stadium, qui va accueillir son premier événement ce jeudi. A 20 heures, l’Asvel de Tony Parker y accueillera le Bayern Munich en Euroligue, avant que ne s’enchaînent dans cette enceinte de 12.000 à 16.000 places des spectacles de Florence Foresti (le 28 novembre), Lomepal (1er décembre) et Sting (13 décembre). « C’est la salle de demain, et ça va être l’une des plus belles au monde », martèle l’ancien meneur de jeu des Spurs, qui voit dans cette propriété d'OL Groupe « l’aboutissement d’une décennie » à la présidence de l’Asvel.

Un enthousiasme que partageait Jean-Michel Aulas, en septembre 2022, lors de la pose du premier siège. Sauf que son successeur John Textor compte donc se séparer au plus vite de cette LDLC Arena dont le coût global de construction s’est élevé à 141 millions d’euros. Le propriétaire américain de l’Olympique Lyonnais a assumé ce choix, le 27 septembre, dans le Financial Times, en annonçant vouloir « réduire les actifs physiques trop lourds et non essentiels pour se concentrer sur le football ». Mais pourquoi donc cette salle multifonction destinée à accueillir entre 80 et 120 événements par an (dont 13 matchs d’Euroligue de l’Asvel) semble-t-elle être perçue comme un boulet par le boss d’Eagle Football ?

La section féminine de l’OL et OL Reign également vendues bientôt

Selon Matthieu Llorca, maître de conférences en économie à l’université de Bourgogne, cette décision est clairement à mettre en lien avec la délicate situation économique de l’OL, qui a communiqué le 8 novembre un accord préliminaire sur un refinancement de sa dette à hauteur de 320 millions d’euros. « Une agence vient d’attribuer une notation financière BBB, soit juste deux rangs au-dessus d’une catégorie spéculative, explique l’économiste. Ça montre que le club n’est pas ultra-sain financièrement, et qu'il y a un besoin de cash pour financer la dette. C’est pourquoi cette LDLC Arena va être vendue. » Tout comme l’équipe féminine de l’OL octuple championne d’Europe (à l’Américaine Michele Kang) et la franchise US OL Reign, qui devraient rapporter à elles deux environ 100 millions d’euros à OL Groupe.

A Lyon, John Textor est donc prêt à liquider les bijoux de famille de l’ère Aulas aussi vite que JMA avait transféré Bruno Guimaraes et Lucas Paqueta à la suite du départ de Juninho. Le directeur général adjoint de l’OL en charge du Groupama Stadium et de la LDLC Arena Xavier Pierrot, qui racontait en septembre sa « fierté » de voir l’Arena sortir de terre, avec un naming lyonnais LDLC (jusqu'en 2031), peut désormais déchanter comme de nombreux dirigeants historiques de l’OL. Car ce projet d’arena lancé en 2019, qui s’accompagne d’un contrat très longue durée avec l'organisateur de spectacles Live Nation, n’a pas convaincu John Textor, au contraire de Tony Parker.

Lors de la visite de presse du 22 septembre à la LDLC Arena, on pouvait retrouver, de gauche à droite, TJ Parker (alors encore coach de l'Asvel), Xavier Pierrot (OL Groupe), Gaëtan Muller (président délégué de l'Asvel), Tony Parker, et Laurent de la Clergerie (fondateur et président de LDLC).
Lors de la visite de presse du 22 septembre à la LDLC Arena, on pouvait retrouver, de gauche à droite, TJ Parker (alors encore coach de l'Asvel), Xavier Pierrot (OL Groupe), Gaëtan Muller (président délégué de l'Asvel), Tony Parker, et Laurent de la Clergerie (fondateur et président de LDLC).  - Jérémy Laugier/20 Minutes

Tony Parker confiant pour racheter la salle

« Je suis vraiment content de vous recevoir aujourd’hui », lançait lors de la visite de presse du 22 septembre à la LDLC Arena « TP », dont le club avait besoin d’une salle de plus de 10.000 places pour s’inscrire durablement en Euroligue. Louant alors « le gagnant-gagnant de travailler main dans la main avec les équipes de l’OL », il pourrait être rapidement plus que le président du club résident des lieux. Celui qui rêve d’organiser à Décines un Final Four d’Euroligue masculin et féminin, un match Asvel-Spurs avec Victor Wembanyama mais aussi… des concerts de Jay-Z et Beyoncé, a confirmé ses intentions d’acquérir 100 % de la LDLC Arena mercredi dans Le Progrès : « Le rachat de la salle est en bonne voie. Nous sommes plusieurs actionnaires et partenaires à vouloir créer un groupe pour la racheter ».

Un groupe où figure Alexeï Fedorychev, président de l’AS Monaco basket et fondateur, via sa société Fedcom, de la plateforme de diffusion de basket Skweek, sponsor maillot de l’Asvel. Celui-ci sera d’ailleurs présent ce jeudi pour cette grande première à la LDLC Arena, contrairement à John Textor. Une absence symbolique pour pareille inauguration, et le signe d’un désintérêt de sa part pour les perspectives même hors basket de la plus moderne arena française ? Et ce moins d’un an après l’officialisation de la prise de pouvoir du propriétaire de Botafogo et de Molenbeek à Lyon, qu’on pensait justement guidée par la grande diversification de l’OL.

L’OL pourrait louer la LDLC Arena pour les spectacles

« De par sa capacité (59.000 places), il y aura beaucoup plus de recettes billetterie avec le Groupama Stadium, qui a généré 37,7 millions d’euros la saison passée [et qui accueillera deux concerts de Taylor Swift et trois de Coldplay en juin 2024], rappelle Matthieu Llorca. Or le basket français est un petit marché. D’où l’intérêt de céder cette salle, même si on peut imaginer des accords pour une synergie Groupama Stadium-LDLC Arena au niveau des spectacles et événements d'entreprises avec les futurs propriétaires. »

John Textor, ici en septembre dernier à l'occasion de la présentation face aux médias de Fabio Grosso.
John Textor, ici en septembre dernier à l'occasion de la présentation face aux médias de Fabio Grosso. - Mourad ALLILI/SIPA

On pourrait en effet se tourner vers une opération de cession-bail (sale and leaseback dans la langue de John Textor), pour permettre à OL Groupe de continuer à utiliser son actif LDLC Arena, mais en location. Matthieu Llorca pointe « la multipropriété » de la galaxie Eagle Football, qui induit « quasiment une stratégie de firme multinationale ».

« Ce qui est surprenant, c’est le timing : la LDLC Arena sort à peine de terre qu’on la vend déjà sans donner sa chance au produit. John Textor raisonne comme un investisseur à court terme, alors qu’une arena est évidemment un projet pour durer et te rendre moindre dépendant des performances sportives. L’Olympique Lyonnais était réputé pour sa stabilité avec Jean-Michel Aulas. Or on a aujourd’hui au club un gros problème de gouvernance au niveau financier comme sportif. » »

« Eagle Football n’a aucun intérêt à se séparer du stade »

Le président de la métropole de Lyon Bruno Bernard (EELV) avait d'ailleurs qualifié, le mois dernier, la politique de John Textor d'« illisible ». Alors qu’un rendez-vous majeur se jouera mardi prochain pour l’OL face à la DNCG après son couac estival, la principale curiosité sera de voir comment l’argent bientôt récupéré dans le triptyque OL féminin-OL Reign-LDLC Arena va réellement être réinjecté. Le Financial Times expliquait en septembre qu’Eagle Football souhaitait utiliser une partie de cette future vente de la LDLC Arena pour « développer des académies de football ». Matthieu Llorca résume ainsi : « On sent un véritable repositionnement du club, qui compte tout miser sur le football ». Le football 100 % masculin en l’occurrence donc.

NOTRE DOSSIER SUR L'OL

Finalement, une vente du Groupama Stadium ne pourrait-elle pas être l’ultime étape de la cassure totale avec les 35 années du règne de Jean-Michel Aulas ? « Non, Eagle Football n’a aucun intérêt à se séparer du stade, tranche Matthieu Llorca. Malgré les mauvais résultats sportifs actuels [l'OL est 18e en Ligue 1], il y a d’énormes recettes de billetterie et un chiffre d’affaires du club en hausse. Ce stade privé est le cœur du projet Textor. » Loin, très loin de cette première soirée d’Euroligue de l’histoire pour l’Asvel dans son nouvel écrin.