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A quel point la gestion de John Textor peut-elle fragiliser l’OL ?

Ligue 1 : A quel point la gestion de John Textor peut-elle fragiliser l’OL ?

FOOTBALLLe propriétaire américain de l’Olympique Lyonnais, qui cherche activement le remplaçant de Laurent Blanc sur le banc de touche, suscite de nombreuses craintes auprès des supporteurs de l’OL, qui peuvent craindre un destin bordelais
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Actuellement lanterne rouge de la Ligue 1, l’Olympique Lyonnais réalise un début de saison catastrophique avant d’affronter Le Havre dimanche (20h45).
  • Deux jours après l’officialisation de l’éviction de Laurent Blanc, John Textor s’active pour trouver un nouvel entraîneur, qui pourrait être l’Italien Gennaro Gattuso.
  • Il s’agirait d’une nouvelle décision surprenante/contestable de la part du propriétaire américain, dont les premiers mois ne sont guère convaincants du côté de l’OL.

John Textor a trouvé un sacré passe-temps pour occuper la trêve internationale de football : il s’est en effet programmé en moyenne un entretien par jour avec un candidat au poste d’entraîneur de l’Olympique Lyonnais. Avant même d’officialiser l’éviction de Laurent Blanc, le propriétaire américain a ainsi rencontré Graham Potter (ex-Brighton et Chelsea) puis Oliver Glasner (ex-Francfort), avant d’enchaîner avec Habib Beye (Red Star, National), le toujours favori Gennaro Gattuso (ex-Naples et AC Milan) et désormais peut-être Frank Lampard (ex-Chelsea). Autant de profils de coachs différents qui en disent long sur le flou entourant cet OL version John Textor. A cinq jours du prochain match contre Le Havre, la lanterne rouge de la Ligue 1 s’est entraînée mardi matin à l’abri des regards, avec à sa tête Jérémie Bréchet (habituel coach des U19), aux côtés de Jean-François Vulliez (ex-directeur de l’académie du club) et de Sonny Anderson.

Ce trio intérimaire sera-t-il sur le banc dimanche soir au Parc OL ? Ce n’est pas du tout certain tant John Textor semble déterminé à trouver au plus vite le successeur de Lolo White. Mais au fait, comment celui-ci a-t-il donc pu être confirmé après l’inattendu départ en mai de Jean-Michel Aulas, à l’origine de sa venue, puis après la flippante série de matchs de préparation de mi-juillet à début août (quatre défaites de rang sans un but inscrit) ? Car les possibilités auraient alors été nettement plus vastes pour trouver plus sereinement celui qui allait porter le projet de ce nouvel OL pour cette saison 2023-2024 supposée déboucher sur le retour du club en Ligue des champions.

Quel sens a le recrutement de Paul Akouokou ?

C’est l’une des erreurs majeures de John Textor depuis son début de règne comme actionnaire majoritaire, en décembre 2022. Et ce d’autant que seulement dix jours avant d’être limogé, Laurent Blanc avait vu son souhait de longue date exaucé : celui d’obtenir le renfort d’un milieu défensif, Paul Akouokou (25 ans, Betis Séville). Un joueur qu’il désirait personnellement, alors que la nouvelle cellule de recrutement installée depuis le 1er juillet autour de Matthieu Louis-Jean ne l’avait pas ciblé. En quoi ce recrutement d’un international ivoirien en criant manque de temps de temps de jeu/références (32 matchs de Liga depuis 2020), pour 3 millions d’euros, a-t-il un quelconque sens dans ce contexte ? L’histoire retiendra que le désormais ancien coach lyonnais n’a même pas pu faire appel à lui une seule minute en Ligue 1 avant de prendre la porte.

Quatre mois plus tôt, lors de sa conférence de presse en tant que PDG de l’Olympique Lyonnais, John Textor prévenait que cette fonction liée au limogeage de JMA n’était que « par intérim ». « Ça ne durera pas longtemps, assurait-il. Ce club a besoin d’un PDG basé ici, ancré dans l’histoire et la culture de la région. C’est un des meilleurs jobs possibles. » Même s’il a depuis nommé Santiago Cucci comme président exécutif, l’Américain de 57 ans a pris goût aux responsabilités dans le domaine sportif et n’est clairement pas qu’un simple propriétaire.

L’ombre de Mendes plane après les transferts de Barcola et Moreira

Après avoir personnellement fait venir l’ailier brésilien Jeffinho (de Botafogo, l’un des deux autres clubs de la galaxie Eagle Football, avec Molenbeek en Belgique) et tenté de recruter Joao Gomes (Flamengo) en janvier, John Textor a tout fait pour signer l’ailier américain de Chelsea Christian Pulisic, quitte à l’aborder en personne durant des vacances en Floride. Puis vient une épineuse actualité autour de sa récente relation privilégiée avec l’agent star Jorge Mendes. Notamment représentant de l’actuel entraîneur de Botafogo Bruno Lage, celui-ci est surtout à la fois à l’origine du retentissant départ de Bradley Barcola au PSG et de l’arrivée surprise de Diego Moreira (Chelsea) au bout du mercato estival. Est-il parti pour avoir une immense emprise sur la politique sportive de l’OL comme cela est par exemple le cas depuis que le Paris Saint-Germain a comme conseiller Luis Campos ?

Cette perspective n’est en tout cas pas de nature à rassurer les supporteurs lyonnais, d’autant que le Portugais représente également Gennaro Gattuso, qui reste sur un échec à Valence. « S’il privilégie Jorge Mendes à sa propre cellule de recrutement, c’est à la fois incohérent et inquiétant, pointe Thomas, un supporteur de longue date de l’OL. Quand il met un pied dans un club comme à Valence, ce n’est pas pour un one shot. C’est ce qui fait craindre le pire. » Le pire concernant cet OL en plein déclassement en Ligue 1 (7e en 2020 et 2023, 8e en 2022, 1 nul et 3 défaites jusque-là cette saison) tient dans le parallèle qui fait de plus en plus sens avec le sombre destin des Girondins de Bordeaux, à partir du rachat en 2018 par les investisseurs américains GACP et King Street.

Jorge Mendes s'est amusé comme jamais en Ligue 1 cet été, entre l'OL et surtout le PSG.
Jorge Mendes s'est amusé comme jamais en Ligue 1 cet été, entre l'OL et surtout le PSG.  - Shutterstock/SIPA

Des points communs avec les Girondins époque DaGrosa

Banquier spécialisé en financement immobilier et supporteur du club scapulaire, David Gluzman valide en partie cette comparaison. « Il y a trois gros points communs, indique celui qui collabore pour la revue de l’After (RMC Sport). Les deux clubs ont déjà clairement été surpayés, surtout quand on sait que l’OL est chroniquement déficitaire. La vente a mis beaucoup de temps à se finaliser, ce qui montre qu’il y a des gros nuages sur la pérennité du business plan. Et on voit que John Textor est économiquement minoritaire dans l’opération, comme Joe DaGrosa l’était à l’époque à Bordeaux, avec énormément de dettes et de risques. »

Des risques avant tout pour Ares, le fonds d’investissement ayant participé à la majeure partie du prêt contracté par la holding Eagle Football. C’est là que se situe la principale différence par rapport aux Girondins époque GACP-King Street-Fortress, comme le détaille David Gluzman.

« Ce qui peut sauver l’OL, c’est la qualité de son actionnariat et le fait que le club a plusieurs couches de protection par rapport aux Girondins, à savoir un actif joueurs et immobilier avec le stade, le centre d’entraînement et désormais l’Arena. Si la situation financière dérape trop, Ares va constater que Textor ne pourra jamais les rembourser et va devenir le propriétaire du club. Ares pourrait alors se rembourser sur la vente des joueurs mais aussi de l’immobilier. Ça pourrait plutôt être comparé à la situation d’Elliott à l’AC Milan et au Losc, époque Gérard Lopez. J’ai vraiment l’impression que Textor a acheté une villa à 10 millions d’euros sans pouvoir payer la taxe foncière. » »

Joe DaGrosa, l'homme que tous les supporteurs bordelais auraient aimé ne jamais connaître.
Joe DaGrosa, l'homme que tous les supporteurs bordelais auraient aimé ne jamais connaître.  - Romain Perrocheau / AFP

Les couacs Lukeba et Barcola et leurs conséquences devant la DNCG

Il s’agissait en l’occurrence d’un club pour 800 millions d’euros, mais sans pouvoir s’offrir des recrues phares à tout-va derrière comme son compatriote Todd Boehly à Chelsea. Encore moins après l’énorme couac estival des passages devant la DNCG, avec à la clé la sanction de l’encadrement de la masse salariale. Une situation qui aurait été évitée en cas de ventes des deux plus prometteurs joueurs lyonnais, Castello Lukeba et Bradley Barcola. Sauf que John Textor a mis un veto à ces départs… avant de céder en août à leur souhait de rejoindre respectivement Leipzig et le PSG. Autant d’atermoiements qui tranchent avec la tranquillité ambiante qui accompagnait mardi la présentation à la presse de la LDLC Arena, deux mois avant son premier grand rendez-vous, avec le match de basket Asvel-Bayern Munich en Euroligue (le 23 novembre).

NOTRE DOSSIER SUR L'OL

Prévu pour cette visite, Santiago Cucci était finalement le grand absent de dernière minute. Dans un organigramme manquant cruellement d’un directeur sportif fixant le cap, on a donc le boss John Textor, véritable électron libre sur le mercato, son représentant à Lyon Santiago Cucci, la présence de l’ancien bras droit de Jean-Michel Aulas, Vincent Ponsot (directeur du football), qui a poussé cette semaine pour la candidature de Christophe Galtier, et une nouvelle équipe de recrutement, pas toujours écoutée, autour de Matthieu Louis-Jean. On a déjà connu meilleure harmonie, même durant cette interminable disette de titres à Lyon depuis 2012, non ?