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La saison « historique » de l’OL, le kif ultime pour tout supporteur ?

OL-Strasbourg : Encore « un scénario Netflix » pour conclure en apothéose une saison lyonnaise « historique »

Ligue 1Vainqueur au bout du temps additionnel du RC Strasbourg dimanche (2-1), l'Olympique Lyonnais est passé en cinq mois d’une relégation garantie en Ligue 2 à une qualification en Ligue Europa
Ligue 1: Le débrief d'OL-Strasbourg (2-1)
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Après deux années d’absence, l’Olympique Lyonnais va retrouver l’Europe la saison prochaine, grâce à son succès dimanche contre Strasbourg arraché par son capitaine Alexandre Lacazette (2-1, 90e+6).
  • Cette qualification directe en Ligue Europa, avec cette sixième place qui semblait hors de portée de l’OL durant toute la saison, est l’épilogue parfait à une année « historique » pour le club.
  • Guidés par l’inexpérimenté Pierre Sage, dont John Textor a annoncé la prolongation dimanche soir, les Lyonnais ont raflé 46 points en Ligue 1 depuis son arrivée fin novembre, soit autant… que le PSG sur la même période.

Au Parc OL,

Une minute en neuf mois de compétition. L’Olympique Lyonnais, qui clamait son ambition de retrouver la Ligue des champions lors du lancement de cette saison, n’a occupé la sixième place synonyme de qualification en Ligue Europa que lors d’une minute sur 34 journées de Ligue 1. La bonne nouvelle pour la bande à Alexandre Lacazette, c’est que cela a été à 22h55 dimanche, au bout du bout du temps additionnel de l’ultime multiplex du championnat.

Un penalty de l’inévitable attaquant de l’OL (19 buts en L1 cette saison) a ainsi permis aux siens de venir à bout de Strasbourg (2-1, 90e+6), et de coiffer Lens (7e), qui se retrouve en Ligue Europa Conférence. De la folie furieuse quand on repense à trois stats rendant l’exploit lyonnais « historique », comme l’ont martelé joueurs et staff après la rencontre :

  • Le 6 décembre 2023, l’OL est 18e avec 7 points, dont une victoire pour neuf défaites en 14 journées de Ligue 1, ce qui le rend statistiquement condamné à la Ligue 2.
  • Fin janvier 2024, après 19 journées, l’OL est encore barragiste (16e), à 14 points du 6e (Reims). Aucune équipe dans l’élite n’avait (évidemment) réussi l’exploit de devenir européen en partant d’aussi loin.
  • Depuis qu’il a remplacé Fabio Grosso fin novembre, Pierre Sage a enquillé 46 points avec l’OL en Ligue 1, soit une cadence (de champion) de 2,09 points en moyenne que seul le PSG de Luis Enrique a tenue.
Alexandre Lacazette laisse éclater sa rage, après avoir inscrit le penalty synonyme de qualification directe en Ligue Europa contre Strasbourg (2-1, 90e+6).
Alexandre Lacazette laisse éclater sa rage, après avoir inscrit le penalty synonyme de qualification directe en Ligue Europa contre Strasbourg (2-1, 90e+6). - O. Chassignole/AFP

« M. Prud’homme, les joueurs sont tous nuls »

Interrogé par Free Ligue 1 dimanche, le directeur général de l’OL Laurent Prud’homme a confié avoir été marqué par la fessée subie à Marseille (3-0), pour son premier match dans ses nouvelles fonctions le 6 décembre : « Jean-Pierre Papin était assis à côté de moi et il m’avait dit : "M. Prud’homme, les joueurs sont tous nuls, vous allez en Ligue 2 directement". Là, je me suis demandé si je n’avais pas fait une connerie ». C’est plutôt JPP qui en avait dit une, puisque l’OM conclut sa saison hors de la zone Europe, contrairement à des Lyonnais pouvant de plus remporter leur premier titre depuis 2012, avec la finale de la Coupe de France samedi face au PSG.

Mais pour en arriver là, l’OL a connu son lot de « dingueries » (le mot le plus cité par les joueurs dimanche soir), avec des succès épiques sur la phase retour, notamment à Toulouse (de 2-1 à 2-3) et à Lille (de 2-0 à 3-4), ou contre Brest (de 1-3 à 4-3) et Monaco (de 0-1 à 3-2). Rebelote dimanche puisqu’il a fallu un nouveau sacré alignement de planètes pour envoyer Lyon dans la deuxième plus prestigieuse Coupe d’Europe.

  • A la mi-temps du multiplex de Ligue 1, le RC Lens mène tranquillement 2-0 et verrouille quasiment sa 6e place synonyme de Ligue Europa.
  • A la 77e minute de jeu, alors que l’OM (8e) vient tout juste de doubler la mise au Havre (0-2), Lyon concède un penalty, un quart d’heure après avoir été rejoint au score (1-1). Si Emanuel Emegha marque, l’OL perd carrément sa 7e place et la Ligue Europa Conférence.
  • L’attaquant strasbourgeois trouve le montant d’Anthony Lopes et Lyon reste en vie. Le succès de l’OM au Havre (1-2) devient inutile, et grâce au penalty « clutchissime » de Lacazette, l’OL dépasse Lens, rejoint au score à la surprise générale par le MHSC après une improbable bourde d’Adrien Thomasson (2-2, 75e).

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« On était morts et enterrés »

Précieux homme de l’ombre comme Laurent Prud’homme, le directeur sportif David Friio résume à sa façon ce redressement dans une année 2024 qui fera date.

«  Même si on écrit un scénario pour Netflix, on ne peut pas inventer celui-ci. On était morts et enterrés au bout de 14 journées. Et là, on se qualifie pour une Coupe d’Europe. C’est une catastrophe qui se transforme en rêve. Ces dernières semaines, il y a eu des scores incroyables, des remontées, des 4-3, des 3-2. Il y a eu une prise de conscience, un mercato réalisé, une osmose et une émulation entre les anciens et les nouveaux du vestiaire. Pierre Sage est très intelligent et il a amené du calme. »

David Friio

Le nom du héros principal de ce miracle lyonnais est lâché. A 45 ans, l’ancien directeur du centre de formation de l’OL a bondi sur la chance de sa vie pour relancer un effectif moribond et inoffensif. Alexandre Lacazette nous en dit plus sur ses méthodes décisives pour remettre à l’endroit l’ex-lanterne rouge de Ligue 1. « A chaque fois, nos objectifs étaient à notre portée, et c’est là que le coach Pierre Sage a été bon, indique l’ancien Gunner, qui évoque "la plus belle saison de l’OL depuis les sept titres de champion". Il nous a parlé de maintien plutôt que d’Europe quand on était tout en bas, c’était intelligent. On s’est fixé des objectifs auxquels on croyait. »

A ce rythme, un mois de compétition supplémentaire et la Ligue des champions était carrément dans le viseur… « On aurait pu avoir un match facile contre Strasbourg et on est retombé dans nos scénarios habituels, en se le rendant spectaculaire, note Pierre Sage. Mais bon, c’est l’histoire de notre saison, et au final, c’est encore mieux ainsi. »

Sage confirmé comme entraîneur la saison prochaine

Les 57.027 spectateurs, en transe à partir du penalty manqué par Emegha, valident. Une partie d’entre eux a même pu s’offrir un nouvel envahissement de terrain après celui de la demi-finale de Coupe contre Valenciennes (3-0) le 2 avril. Que l’ancien adjoint d’Habib Beye au Red Star se rassure, il sera bien sur le banc lyonnais la saison prochaine pour ce retour du club sur la scène européenne depuis la saison 2021-2022. On l’a d’abord appris avec une boutade d’un John Textor aux anges, au moment de se pointer peu après 0h30 en zone mixte avec un ramequin rempli de raisins (puis une canette de bière).

Interrompu par un étrange cri dans les travées du Parc OL, le propriétaire américain a glissé, sourire en coin : « C’est Pierre Sage, il vient de découvrir qu’on allait le garder ». Il n’a pas fallu longtemps pour qu’il enchaîne plus sérieusement : « Bien sûr que Pierre reste notre coach, comment pouvez-vous encore vous poser cette question ? On verra comment officialiser ça après la finale de la Coupe de France. Personne au club n’a pensé à un autre coach ».

Après avoir félicité son double buteur du soir Alexandre Lacazette, John Textor a confirmé le bluffant Pierre Sage dans ses fonctions pour la saison prochaine.
Après avoir félicité son double buteur du soir Alexandre Lacazette, John Textor a confirmé le bluffant Pierre Sage dans ses fonctions pour la saison prochaine. -  O. Chassignole/AFP

Un choix évidemment logique tant le visage de cette équipe n’a plus rien à voir avec les déroutes subies en 2023 sous Laurent Blanc et Fabio Grosso. « Tout le monde nous enterrait à juste titre dans la première partie de saison, et là on a écrit l’histoire, sourit Maxence Caqueret, très ému. C’est ma saison la plus belle, la plus touchante. » Pour lui aussi, le responsable numéro un se nomme « Stone Wise » : « Pierre a amené sa simplicité, c’est ce qui a tout changé. Il a redonné à tout le monde le plaisir de rejouer au football. C’est un coach incroyable ».

« Les joueurs se sont mis à y croire »

C’est simple, même lorsqu’il est scotché au bout du banc comme dimanche, le bouillant Gift Orban n’hésite pas à bondir dans les bras de son entraîneur au coup de sifflet final. Une énième preuve symbolique que staff et joueurs ont su créer une alchimie particulièrement rare et kiffante dans le football professionnel français. Et le public l’a bien perçu, comme en témoigne l’affluence moyenne de plus de 45.000 spectateurs sur toute cette saison des extrêmes.

« Les joueurs se sont mis à y croire et à remporter des matchs que nous ne devions pas gagner », suggère John Textor. Parmi eux, même un Corentin Tolisso totalement dépassé durant la phase aller se révèle précieux en 2024. « En revenant au club, je ne pensais pas vivre les émotions que j’ai vécues en début de saison, avoue le champion du monde 2018 sur Free Ligue 1. Mais au final, je le referais tous les jours pour avoir cette émotion aujourd’hui. » Il reste encore un match, et pas n’importe lequel, avec cette finale de la Coupe de France face au PSG à Lille samedi (21 heures), pour tenter de conduire cette saison dans une autre dimension.

NOTRE DOSSIER SUR L'OL

« L’objectif samedi, c’est de rendre cette saison historique, cette fois avec un H majuscule », résume Pierre Sage. Avant de remercier « tout le monde de (l)'avoir accepté après de durs débuts », le facétieux John Textor a lâché dimanche devant la presse : « Une équipe de cette qualité ne peut pas être reléguée ». Une belle référence à sa sortie médiatique qu’on avait fustigée, fin octobre, après une défaite flippante contre Clermont (1-2), et un total de 3 points après neuf journées. My bad, John.