ASSE-AJ Auxerre : On vous raconte de l’intérieur le « dramatique » chaos qui s’est emparé du Chaudron après le match

FOOTBALL Dans la foulée de la séance de tirs au but, synonyme de relégation en Ligue 2, dimanche soir contre l’AJ Auxerre (1-1, 4-5 aux tab), des dizaines de supporteurs stéphanois ont envahi la pelouse pour balancer des fumigènes à tout va

Jérémy Laugier
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Ligue 1: Le débrief et les images des incidents d'ASSE-AJ Auxerre (1-1, 4-5 aux tirs au but) — 20 Minutes
  • L’ASSE a coulé dimanche soir en Ligue 2, pour la première fois depuis 18 ans, après sa défaite aux tirs au but contre l’AJ Auxerre (1-1, 4-5 aux tirs au but).
  • Encore plus que ce couac sportif qui pendait au nez des Stéphanois (18es de Ligue 1 avec 20 défaites), c’est l’après-match qui a mis K.-O. tout le peuple vert.
  • Dès la fin de la rencontre, des dizaines d’individus sont ainsi facilement parvenus à envahir le terrain, où ils se sont mis à jeter des fumigènes, avant de multiplier des violences en dehors du stade jusqu’à 23h15.

Au stade Geoffroy-Guichard,

Lors de notre précédent match à Saint-Etienne, le 14 mai contre Reims (1-2), on avait quitté le Chaudron dans la nuit en croisant la police scientifique, venue enquêter sur l’incendie d’un car régie de télévision, déclenché par des jets de fumigènes malgré un huis clos total. Dimanche, on a cette fois eu droit à la visite en salle de presse de deux CRS, près de quatre heures après la fin du le barrage retour perdu par l’ASSE contre l’AJ Auxerre (1-1, 4-5 aux tirs au but). Est-ce si improbable que ça au vu de l’après-match apocalyptique sur la pelouse ?

De Gabriel Silva à Miguel Trauco, tous les joueurs stéphanois ont été sonnés par le terrible dénouement de leur saison dimanche.
De Gabriel Silva à Miguel Trauco, tous les joueurs stéphanois ont été sonnés par le terrible dénouement de leur saison dimanche. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

La réponse est clairement négative, car avant cela, des pompiers nous ont stoppés dans la soirée pour nous demander si on avait « pris du gaz », et plusieurs stadiers et spectateurs ont trouvé refuge dans la salle de presse en pleine conférence de Jean-Marc Furlan. De même, l’une des questions cruciales de la nuit dernière, dans les coursives de Geoffroy-Guichard, n’était pas de trouver un projet clair pour la Ligue 2, mais plutôt des extincteurs, qui faisaient visiblement défaut face à pareille galère.

Cagoules et barrières en métal projetées sur la pelouse

Comme on pouvait le redouter, dans une saison déjà marquée par de gros incidents contre Angers, à Jura Sud et face à Reims, l’après-match s’annonçait explosif dans le Chaudron, surtout en cas de relégation en Ligue 2, comme en 1962, 1984, 1996 et 2001. Avec en prime une séance de tirs au but marquée par l’échec initial de Ryad Boudebouz, l’ASSE a donc sombré au bout du bout d’une année cauchemardesque. Après le barrage aller à Auxerre (1-1) trois jours plus tôt, le milieu offensif algérien rêvait naïvement « de faire une petite fête avec les supporteurs ». Plusieurs dizaines d’entre eux avaient prévu l’attirail pyrotechnique pour présenter un véritable feu d’artifice.


Sauf qu’à en voir plusieurs enfiler une cagoule et descendre au plus près de la pelouse avant la séance de tirs au but, on pouvait douter de leurs intentions festives, et plutôt prévoir un envahissement de terrain des plus ingérables si ça tournait mal. La frappe victorieuse de l’Auxerrois Birama Touré a à peine fait trembler les filets de Paul Bernardoni que le chaos s’est bel et bien déclenché, avec des panneaux publicitaires à LED fracassés en bord de pelouse, et des barrières en métal projetées en direction des CRS ayant pris place peu avant en bas de la tribune officielle Pierre-Faurand, histoire de bloquer l’accès aux vestiaires, aux joueurs, ainsi qu’au président Roland Romeyer.

« On aura des huis clos à la pelle, comme d’habitude »

Sauf qu’avec leurs fumigènes et fusées, ceux que la préfète de la Loire Catherine Séguin considère comme « des voyous » ont la possibilité de viser n’importe qui et n’importe comment. La sécurité des joueurs, dirigeants et spectateurs est alors le cadet de leurs soucis, au vu des scènes surréalistes constatées pendant plusieurs minutes sur la pelouse, avec par exemple un siège du banc de touche stéphanois totalement brûlé à la clé. La réponse des forces de l’ordre mobilisées est tout aussi immédiate : des gaz lacrymogènes à tout va, qui vont même placer l’enfant du milieu de l’ASSE Zaydou Youssouf en insuffisance respiratoire dans la tribune, d’après L’Equipe. Petit panel de réactions recueillies parmi les 24.489 spectateurs de ce match décisif ayant viré au cauchemar.

La fin de la séance de tirs au buts s'est suivie d'un envahissement de terrain hallucinant, dimanche soir à Saint-Etienne.
La fin de la séance de tirs au buts s'est suivie d'un envahissement de terrain hallucinant, dimanche soir à Saint-Etienne. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
  • Mathis (20 ans), resté bloqué pendant près d’1h30 en loges après le match, comme le voulaient les consignes du club : « On était super anxieux. On est remonté se mettre à l’abri et les portes de la tribune ont été fermées pour garantir notre sécurité ».
  • Gabrielle (20 ans), dans la même configuration de « bunkerisation » de la tribune Pierre-Ferrand et plus remontée encore, alors qu’elle passait son temps à se frotter les yeux dimanche soir à cause des lacrymos : « En arriver à emmerder tout le monde comme ces gens le font là, ça boucle notre saison sur une note terrible ».
  • Stéphane (44 ans), dubitatif sur les moyens mis en œuvre (250 effectifs de police et de gendarmerie selon la préfecture, « un dispositif exceptionnel de près de 500 agents de sécurité » pour l’ASSE) : « C’est dramatique en tous points, à l’image de notre saison mais aussi de la société. Il y a des questions à se poser sur la partie sécurité : une bagarre a éclaté en première période entre des Magic Fans et des Auxerrois, mais tous ont pu remonter tranquillement dans leur tribune. C’est le signe que le club accepte pas mal de choses ».
  • Stéphane (49 ans), fataliste, complète : « On aura des huis clos à la pelle, comme d’habitude ».
  • Jean-Marc Furlan, coach avec une analyse plus décalée en raison de sa nouvelle accession en Ligue 1 : « J’ai flippé car j’ai pris beaucoup de bombes lacrymogènes sur la gueule, je ne faisais que pleurer (sourire) ! A la fin du match, on est tous rentrés rapidement et on avait peur qu’il en manque un ou deux dans le vestiaire, donc on a compté tout le monde. Quelque part, j’ai envie de dire que ça n’existe qu’en France. Il y a des pays qui ont complètement éteint tout ça. Depuis plusieurs mois et années, il y a beaucoup de violence dans nos stades sans qu’on puisse les réfréner et les éradiquer. C’est un peu tristouille ».

Ce qui l’est encore plus, c’est cette poursuite de violences constatées aux abords du stade. L’ASSE tente un pare-feu dès 22h02 (à défaut du point presse supposé obligatoire du futur-ex coach Pascal Dupraz) en annonçant à demi-mot l’annonce de la vente du club par le duo Romeyer-Caïazzo dans un futur proche ?


Environ 200 Stéphanois (d’après la préfecture) s’en fichent pas mal et jettent bouteilles en verre, cailloux, et même panneaux de signalisation au-dessus du grillage donnant sur l’entrée officielle des joueurs, dirigeants et partenaires, ainsi qu’en direction des CRS regroupés à cet épicentre des tensions.

A l’ordre du jour de la réunion d’urgence au ministère des Sports ?

« C’était irrespirable, on sentait qu’ils voulaient en découdre avec les joueurs en s’en prenant à leurs bagnoles, confie un témoin proche du chaos, épisode 2, en dehors du Chaudron, et ce jusqu’à 23h15. Le bilan aurait pu être bien plus grave ce soir. » La préfecture de la Loire fait ainsi état dans son dernier point de 14 blessés légers parmi les supporteurs, ainsi que « deux blessés parmi les joueurs de l’AJA ».

250 policiers et gendarmes étaient mobilisés sur ce barrage Ligue 1-Ligue 2 dimanche à Saint-Etienne, selon la préfecture de la Loire.
250 policiers et gendarmes étaient mobilisés sur ce barrage Ligue 1-Ligue 2 dimanche à Saint-Etienne, selon la préfecture de la Loire. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Comme contre Reims, l’imposant engin lanceur d’eau des forces de l’ordre a aidé à disperser les fauteurs de troubles, alors qu’aucune interpellation n’a été communiquée jusque-là. Dans un autre communiqué publié dans la nuit, l’ASSE assure qu’elle « entamera les procédures judiciaires qui s’imposent ». La réunion d’urgence, programmée ce lundi au ministère des Sports, sur les dysfonctionnements dans l’organisation de la finale de la Ligue des champions aura-t-elle un petit moment à accorder à la deuxième partie de l’un des plus sombres week-ends de l’histoire du foot en France ?