Liverpool – Real Madrid : Faux billets et vraies embrouilles… Comment la fête au Stade de France a été gâchée

FOOTBALL Le coup d’envoi de la finale de la Ligue des champions entre Liverpool et le Real Madrid a été retardé de 36 minutes samedi soir. La faute à des incidents à l’entrée du Stade de France

Nicolas Stival
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Des supporteurs de Liverpool bloqués derrière les grilles de l'enceinte du Stade de France avant la finale de Ligue des champions contre le Real Madrid, samedi.
Des supporteurs de Liverpool bloqués derrière les grilles de l'enceinte du Stade de France avant la finale de Ligue des champions contre le Real Madrid, samedi. — Christophe Ena / AP / Sipa
  • De nombreux supporteurs, notamment de Liverpool, garderont un souvenir amer de leur séjour à Saint-Denis samedi, et pas seulement à cause de la défaite face au Real Madrid (0-1).
  • Nombre d’entre eux, possesseurs de vrais billets pour la finale de la Ligue des champions, se sont retrouvés bloqués devant les grilles du Stade de France, alors que d’autres personnes sans ticket ou avec des documents falsifiés tentaient de forcer le passage.
  • Le coup d’envoi du match a été retardé de plus d’une demi-heure. Une histoire qui fait tâche pour la France et sa réputation en matière d’organisation d’événements.

Au Stade de France

Ce samedi soir à Saint-Denis, le Real Madrid a remporté sa 14e Ligue des champions aux dépens de Liverpool (1-0), pour s’installer encore plus haut sur l’Olympe du football européen. Mais faute d’un match ébouriffant, le monde entier – hors supporteurs Merengue – gardera surtout de ce 28 mai 2022 le souvenir de la pagaille monstre avant une finale organisée dans notre cher pays. Le coup d’envoi fixé à 21 heures a été retardé de 36 minutes pour cause « d’arrivées tardives de supporteurs dans le stade », selon le message diffusé sur les écrans géants du Stade de France, une première fois à 20h45, puis une demi-heure après.

Les faits diffèrent quelque peu de cette communication pudique. Des intrus qui escaladent les grilles de l’enceinte et sprintent façon Kylian Mbappé entre des stadiers complètement perdus… Du gaz lacrymogène envoyé par les forces de l’ordre dans le visage de supporteurs des Reds qui brandissent leur billet… Les images et vidéos ont rapidement submergé les réseaux sociaux. Avant l’été, la « destination France » aurait rêvé meilleure publicité pour faire revenir certains touristes étrangers (et notamment asiatiques) portés disparus depuis la crise du Covid-19.

Ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin a émis une communication de crise depuis le PC Sécurité de l’enceinte dyonisienne, où il se trouvait en compagnie d’Amélie Oudéa-Castéra, la nouvelle ministre des Sports. « Des milliers de "supporteurs" britanniques, sans billet ou avec des faux billets ont forcé les entrées et, parfois, violenté les stadiers, a-t-il twitté. Merci aux très nombreuses forces de l’ordre mobilisées ce soir dans ce contexte difficile. »

La sortie du Stade de France s’est faite « sans difficulté »

Plus tard, à minuit et demi, la préfecture de police ne mentionnait pas la nationalité des fans impliqués et soulignait une « dispersion des spectateurs » « sans difficulté » après la rencontre et « aucun incident majeur constaté sur les deux fan zones [à Saint-Denis pour les Espagnols, cours de Vincennes à Paris pour les Anglais] ». A 23h45, le ministère de l’Intérieur avait annoncé un bilan provisoire de « 53 interpellations et 24 gardes à vue » à Paris et Saint-Denis, ainsi que « 115 supporteurs légèrement blessés dont quatre évacués par les sapeurs pompiers ».

Entre le tweet du ministre et celui de la préfecture de police s’est immiscé celui de l’UEFA. L’instance européenne confirme la piste des faux billets et entre dans les détails. « A l’approche du coup d’envoi du match, les tourniquets [régulant l’entrée au stade] du côté des tribunes réservées à Liverpool ont été bloqués par des milliers de spectateurs qui ont acheté des faux billets qui ne fonctionnaient pas », indique l’UEFA. « Cela a créé une accumulation de spectateurs qui essayaient de rentrer dans le stade et en conséquence, il a fallu retarder de 35 minutes le coup d’envoi pour permettre à un maximum de spectateurs munis de billets valables d’entrer dans le stade. »



Ensuite, la spirale infernale s’est enclenchée. « Comme le nombre de personnes en dehors du stade continuait à augmenter après le coup d’envoi, la police a dû faire usage de gaz lacrymogène pour les disperser », d’après l’autorité suprême du foot européen, qui promet un audit urgent, en liaison avec les autorités françaises et la FFF.

Plusieurs témoignages corroborent la thèse de l’UEFA et disculpent les fans anglais, dont certains ont raté une bonne partie de la première période. L’AFP a ainsi interrogé l’un des fraudeurs, pas né sur les rives de la Mersey. « Les places coûtaient 2.000 euros, jusqu’à 3.000. Si c’était 600 euros, j’en aurais pris une », a lâché cet homme de 30 ans, qui se présente comme un chauffeur et aurait réussi à atteindre les escaliers avant d’être repoussé par un policier.

Liverpool réclame une enquête

Le club de Liverpool a réclamé « officiellement » une enquête. « Nous sommes extrêmement déçus des problèmes d’accès et des violations du périmètre de sécurité qu’ont subis les supporteurs de Liverpool », ont affirmé les Reds, évoquant des « problèmes inacceptables ». Le manager Jürgen Klopp a regretté de son côté que « des familles [aient] dû batailler pour entrer dans le stade. » « Pourquoi ? Je ne sais pas encore, il faut une enquête. »

Quelque 60.000 Anglais ont afflué ce week-end dans la capitale française, par tous les moyens possibles, de l’avion au train en passant par le bateau à moteur. Mais les Reds, comme les Merengue, n’avaient à disposition qu’un contingent de 20.000 places. Sur les murs et le mobilier urbain de la capitale comme de Saint-Denis, des centaines de petites affiches ont fleuri ces derniers jours, assorties de numéros de téléphone, comme autant de bouteilles à la mer, en quête de billets pour cette affiche prestigieuse. Si prestigieuse que la demande excédait très largement l’offre de 80.000 places du Stade de France.

- Christophe Ena / AP / Sipa

Le pari logistique qui avait mis les autorités françaises sur les dents a donc été perdu. Et Aleksander Ceferin, le président de l’UEFA, se dit sans doute après réflexion que le choix de la France pour organiser la finale de la C1, malgré de nombreuses autres candidatures (Wembley, pays du Golfe, Budapest, notamment), n’était peut-être pas le plus avisé, une fois officialisé le retrait de l’organisation à Saint-Pétersbourg, pour cause d’invasion de l’Ukraine par la Russie. Notre pays doit accueillir la Coupe du monde de rugby en 2023 puis les Jeux olympiques 2024. Pour une nouvelle finale de Ligue des champions, il faudra sans doute attendre un peu.