Ligue 2 : De retour en pro, Bastia « veut prendre le temps de se reconstruire » grâce à un « modèle unique »

FOOTBALL Les Corses ont enchaîné trois montées en quatre ans depuis la Nationale 3

Antoine Huot de Saint Albin
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Le Sporting n'a plus évolué en pro depuis 2017 (archive)
Le Sporting n'a plus évolué en pro depuis 2017 (archive) — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Après un dépôt de bilan en 2017, le Sporting club de Bastia retrouve le monde professionnel ce week-end.
  • Le club s'appuie notamment sur les supporteurs, intégrés au capital.
  • Les Corses espèrent se maintenir pour mieux structurer le club.

C’était il y a quatre ans, déjà. Alors relégué sportivement en L2, le Sporting Club de Bastia allait finalement atterrir quatre échelons plus bas, en National 3 : 30 millions d’euros de dettes, dépôt de bilan, 50 salariés sur le carreau, tout à (re)construire. Samedi, à 15 heures, au stade Armand-Cesari, le « Sporting Club de la Corse », comme aime l’appeler Guillaume Longo, secrétaire général du Socios étoile club bastiais, retrouvera, après un long chemin, le monde professionnel face à Nîmes, tout frais descendu de L1.

De l’effectif présent à la fin de la saison 2016-2017, il ne reste qu’un seul homme : Gilles Cioni. « Je suis passé de la L1 à la N3 et de la N3 à la L2, raconte à 20 Minutes l’ancien latéral, qui a mis fin à sa carrière cette saison après une grosse blessure, mais qui a intégré le staff bastiais. Samedi, il va y avoir un pincement au cœur d’avoir tourné la page. Je serai sûrement très ému, de revoir des images d’avant, et en même temps beaucoup de fierté d’avoir permis au club de retrouver son rang. »

Un modèle unique avec les supporteurs

Un rang que le Sporting, qui a obtenu son statut professionnel le 9 juillet, ne souhaite plus quitter. « Il n’y a pas d’obligation de monter en L1, mais une quasi-obligation de se maintenir en L2 », assure à 20 Minutes Claude Ferrandi, le président bastiais. Cet industriel du secteur des hydrocarbures est à la tête du club depuis « ce qu’il s’est passé en 2017 », comme un cauchemar que l’on ne veut pas nommer. Depuis, le club s’est structuré sous la forme d’une Société coopérative d’intérêts collectifs (SCIC), avec les supporteurs au cœur du projet, les Socios étoile club bastiais.

« C’est un modèle unique, on détient 20 % du capital du club, indique Guillaume Longo à 20 Minutes. Nous sommes consultés, on est forces de proposition et on a un droit de regard. On n’est pas d’accord sur tout, mais on trouve toujours des arrangements. » Mais ce modèle peut-il survivre au monde pro ? « Moi, j’y crois, répond du tac au tac le socio n° 7 du SCB. Il y a un modèle concret. On a une bonne relation avec les dirigeants, les échanges sont constructifs. »

Notre vision a toujours été la même, reprend Guillaume Longo. Prenons le temps de se reconstruire. On accepte de passer trois, quatre ans en L2 si c’est pour mettre des bases solides, avec un centre de formation, sur lequel on va investir. Il faut que le club ne soit plus tributaire de la vente de joueurs, qu’il soit indépendant financièrement par le fait de former ses propres joueurs. »

Se souvenir d’où le club revient

« Il faut rendre le club le moins dépendant possible des résultats sportifs, complète Claude Ferrandi. Avec le centre de formation, avec quelques filiales de notre société coopérative… » Le SCB a ainsi créé sa propre agence de communication, Corsicom, a développé sa boutique et les produits dérivés, et entend poursuivre sa mutation pour aller chercher d’autres ressources, avec notamment beaucoup de projets autour du numérique : e-sport, agora numérique, open data… « On a manqué de crédibilité pendant longtemps, mais des gens nous rejoignent de plus en plus dans le capital », se réjouit Claude Ferrandi.

A Bastia, on espère que ce retour dans le monde professionnel ne fera pas oublier « d’où (re) vient le club ». De ces années en amateurs, Gilles Cioni espère que ses anciens partenaires garderont le sens de l’humilité : « On a été confrontés à la vie de milliers de footballeurs qui bossent à côté du terrain. La seule différence avec les autres, c’est qu’on pouvait avoir 3.000, 4.000 à 7.000 spectateurs à Furiani en N3. Il y aura toujours des gens comme moi, vigilants, pour que ceux qui arrivent ne s’enflamment pas. Les quelques joueurs qui se sont pris pour des divas à Bastia, ça ne s’est jamais bien passé. Le plus important, c’est le club. Les dirigeants passent, les supporteurs passent, le blason reste. »

Déjà 5.000 abonnés

La ferveur aussi, reste. Des drapeaux du SCB flottent dans la ville, les gens évoquent ce retour en L2… Quand le Sporting va, tout va. « Il y a toujours eu une ferveur incroyable, indique Gilles Cioni. Historiquement, en Corse, dans les moments compliqués, la mobilisation est présente. Les gens sont impatients de retrouver le stade. »

Avant la reprise de la saison, 5.000 personnes ont déjà pris leur carte d’abonnement pour cette saison. « Mais les annonces sanitaires ont un peu tassé tout ça », regrette Claude Ferrandi. Ajoutez à cela une température supérieure aux 30 °C et, samedi à 15 heures, Furiani ne devrait pas être rempli. « Il y aura quand même une très belle ambiance. »