Des clubs de foot arnaqués, 1.400 diamants saisis… Une vaste escroquerie pilotée depuis Israël démantelée

ENQUETE Le préjudice de cette arnaque hors-norme, pilotée depuis Israël, est estimé à 30 millions d’euros

Caroline Politi

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Une vaste escroquerie aux diamants
Une vaste escroquerie aux diamants — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Le réseau mafieux démantelé a mis en place une arnaque à l’investissement de diamants dont le préjudice est aujourd’hui estimé à… 30 millions d’euros.
  • Vingt-sept personnes ont été mises en examen, principalement dans la région parisienne et marseillaise et en Israël.
  • Parmi les 1.200 victimes, on trouve des clubs de foot pros qui ont été arnaqués par de faux ordres de virement.

Tous les excédants de bagages ne se valent pas. Lundi, un enquêteur de la direction centrale de la police judiciaire est arrivé d’Israël avec un sac de près de 27 kg, rempli de… 800 diamants. Un bagage hors-norme qui conclut une affaire d’escroquerie qui l’est tout autant et qui a mobilisé pendant près de quatre ans, de nombreux services de police partout en France, sous la houlette de la juridiction interrégionale spécialisée de Nancy. Au total, 27 personnes ont été mises en examen, principalement dans la région parisienne et marseillaise mais également en Israël, a appris 20 Minutes de sources concordantes. Le préjudice est évalué à plusieurs millions d’euros.

Tout débute à l’été 2017 lorsque plusieurs clubs de football, le SCO Angers, Sochaux et Dijon, sont victimes de la même arnaque aux faux ordres de virement : les malfaiteurs se font passer pour des agents de joueurs et arguent que ce dernier a changé de compte bancaire. Leur salaire est alors directement transféré vers le compte frauduleux. En quelques semaines, plus de 80.000 euros sont détournés. Mais au fil des investigations, les enquêteurs découvrent que cette escroquerie n’est que la partie émergée de l’iceberg : en parallèle, le réseau mafieux a mis en place une arnaque à l’investissement de diamants dont le préjudice est aujourd’hui estimé à… 30 millions d’euros.

1.200 victimes répertoriées

« Ils promettaient aux particuliers un investissement particulièrement rentable en leur proposant d’acheter des diamants d’une qualité exceptionnelle », précise la commissaire divisionnaire Anne-Sophie Coulbois, la chef de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) qui a chapeauté les investigations. Une vingtaine de sites Internet sont créés, des « commerciaux » démarchent des particuliers… Pour corroborer leur discours, ils achètent parfois des pierres précieuses mais de mauvaise qualité. « Les victimes se rendaient compte de l’arnaque lorsqu’elles demandaient à récupérer les rendements de leur investissement ou à défaut la pierre », poursuit la policière. Au total, près de 1.200 victimes ont été répertoriées.

Les investigations techniques et téléphoniques permettent de suivre les flux bancaires qui transitent à travers une quinzaine de pays jusqu’en Chine ou dans la péninsule hongkongaise. Sur place, des complices, eux-mêmes de mèches avec des commerçants chinois installés en France, récupèrent une partie de l’argent et le reversent, en espèce, aux membres du réseau dans l’Hexagone. Dès le mois d’avril 2018, une première vague d’interpellation a lieu, principalement à Paris et Marseille. D’autres suivent rapidement. Lors des perquisitions, environ 600 diamants de mauvaise qualité sont découverts dans diverses planques. Ceux-là mêmes qui sont exhibés aux victimes pour les pousser à investir toujours plus.

800 diamants sous un lit

Mais depuis longtemps déjà, les enquêteurs ont acquis la certitude que les têtes du réseau résident en Israël. En 2019, une commission rogatoire internationale est délivrée et des perquisitions menées en Israël. Chez l’un des mis en cause, les enquêteurs découvrent, cachés sous un lit 800 diamants, de mauvaise qualité comme ceux retrouvés en France mais dont la valeur est estimée entre 500.000 et un million d’euros. Après près de deux ans de négociations, ce sont ces diamants qui ont finalement regagné la France ce lundi pour indemniser, tout du moins partiellement, les victimes de ces arnaques. Par ailleurs, 4,5 millions d’euros d’avoirs criminels, en espèce ou sur des comptes bancaires, ont été saisis.

L'information judiciaire, ouverte en 2018, pourrait être clôturée en début d'année prochaine, précise une source judiciaire. Au total, 27 hommes et des femmes, âgés de 25 à 60 ans, ont été mis en examen, notamment pour escroqueries commises en bande organisée, blanchiment du produit des escroqueries et association de malfaiteurs.Onze ont la double nationalité française et israélienne.