VIDEO. Bastia-Caen: Le volcan Furiani s'est-il apaisé? Il est toujours chaud mais on y est «bien reçu»

FOOTBALL Ça ressemble à quoi, un stade qui a une âme ? Notre reporter raconte le huitième de finale de Coupe de France Bastia-Caen de l’intérieur

Jean Saint-Marc
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Les Bastiais ont frôlé l'exploit, ce mardi 5 février 2019, face à Caen.
Les Bastiais ont frôlé l'exploit, ce mardi 5 février 2019, face à Caen. — P. Pochard-Casabianca / AFP
  • Les supporters de Bastia, moins nombreux depuis la rétrogradation en National 3, semblent aussi être un peu moins agités.
  • Des personnalités importantes du club ont identifié que les bagarres récurrentes et cris racistes nuisaient à l’institution entière.
  • Furiani a poussé, ce mardi, derrière son équipe, Petit Poucet de National 3 qui défiait les professionnels de Caen (Ligue 1). En vain.

De notre envoyé spécial à Bastia,

Le volcan n’est pas éteint. Et il chante bien. Quand 10.000 spectateurs entonnent « ‘ssu cantu fattu di turchinu », le visiteur frissonne. Cet hymne « fait de bleu », une « chanson d’amour » au Sporting, l’a porté. Deux fois menés (Tchokounté, 4e et Ninga, 94e), les Bastiais ont finalement été éliminés, aux tirs au but par Caen, malgré des buts de Poggi (70e) et Santelli (117e).


Le Sporting a prouvé ce mardi soir que « Furiani retrouvera un jour les sommets du foot, car c’est sa place ! » La prédiction est du capitaine Gilles Cioni, resté à bord du navire dans la tempête de l’été 2017 – une rétrogradation en National 3 après une saison ponctuée par des bastons, des cris racistes et un envahissement de terrain.

« Les Corses contre les Arabes, ça faisait un peu choc des civilisations » (sic)

« C’est un stade plein de passion. Et la passion, parfois, ça déborde, confie le défenseur à 20 Minutes. Mais on a appris de nos erreurs. On ne peut pas dire : "On a qu’à continuer comme ça, de toute façon, ils ne nous aiment pas !" Il faut reconnaître ses torts. » Une violente bagarre a émaillé un Endoume-Bastia, en 2018, mais le club marseillais a eu des problèmes avec tout le monde, cette année-là. Alors que l’AS Saint-Rémy, a « toujours été bien reçu à Bastia. Ils nous ont même payé l’hôtel, cette saison », assure la dirigeante Elodie Garcia.

Les autorités ont parfois tremblé, toutefois. « On craignait le Bastia-Noisy le Grand, au tour précédent. Les Corses contre les Arabes, ça faisait un peu choc des civilisations », ose un institutionnel, avant de regretter cette formule. Les supporters bastiais ont été impliqués dans de nombreuses polémiques sur fond de racisme, à l’époque du professionnalisme. « En dix ans, rien n’a changé », nous disait Pascal Chimbonda en janvier 2017, quelques jours après des cris de singe contre Mario Balotelli. Chimbonda a évolué sous les couleurs du Sporting entre 2003 et 2005.

« Il y a des racistes partout, je ne vais pas dire que ce n’est qu’en Corse, ni que tous les supporters bastiais sont racistes. Mais tant que les gens ne feront pas le nécessaire, ça se reproduira », nous disait-il. Chimbonda en veut au Sporting, qui, selon lui, « minimisait les faits. » « Moi, les supporters m’ont dit, "sale noir, tu ne mouilles pas le maillot." (…) Au club, ils disaient que c’était à cause de moi, que je ne m’investissais pas assez sur le terrain. Mais tu ne peux pas justifier les insultes racistes ! »

Aimable bizutage en 2016 et parking séparé

Nous n’en avons que très peu entendu, ce mardi, même si quelques « Français de mer** » ont fusé de la tribune Nord après certaines décisions de Benoît Bastien, l’arbitre de ce Bastia-Caen. Globalement, l’ambiance est restée bon enfant. Loin de ce récit d’un confrère reporter pour une radio nordiste. Il s’était fait chahuter en commentant un Valenciennes-Bastia. Ou même de notre souvenir personnel d’un aimable bizutage, en 2016 : des agents de sécurité avaient jugé drôle de nous indiquer un lointain terrain vague en guise de parking presse.

La presse continentale se gare toujours à l’opposé des médias locaux, mais l’ambiance semble plus apaisée et l’accueil est cordial. Chaud, tout de même, pour des adversaires comme le Caennais Erwin Zelazny, qui a jugé « formidables » les supporters bastiais. « Mes joueurs ont essayé de répondre aux attentes du public, même avec des crampes, ils se sont donnés », apprécie le coach Stéphane Rossi. « Revenir deux fois, vous avez été énormes » : deux papis réconfortent Gary Coulibaly, dans un coin du parking. Le milieu défensif est dégoûté mais salue la ferveur des supporters : « On ne peut pas décrire ces émotions avec des mots ! »

C’est grâce aux fans que les Bastiais ont « fait jeu égal avec Caen », comme le reconnaît l’entraîneur Normand, Fabien Mercadal : « On n’a pas battu une équipe de National 3, ce soir… Ils ont un niveau haut de tableau en National ! » Bastia, premier de sa poule, en cinquième division, est quasi assuré de monter. La Coupe de France, c’était la petite sucrerie. Un appât, aussi, pour les supporters.

Un ado Bastiais, Johnny Rep et l’âme bleue

Un noyau d’environ 4.000 fans fréquente Furiani (16.048 places) cette saison. Les « Bastia 1905 » sont toujours aussi chauds : on a vu des minots très excités courir sur la voie ferrée pour arriver en tribune Est dès 19 heures, et, surtout, on les a entendus chanter sans discontinuer. « Uniti vinceremu », scandaient-ils en fin de rencontre. C’est loupé, mais selon Stéphane Rossi, « c’est un match qui nous permettra de fédérer toutes les composantes du club : joueurs, dirigeants… Et supporters. » Car certains, comme Emilio, se sont éloignés de Furiani. Ce mardi, avant le match, il pronostiquait « une victoire 4-0. Car rêver, c’est encore gratuit. »


Les vieilles histoires aussi. Par exemple ce match qu’Emilio, alors adolescent, a passé au côté d’un Johnny Rep blessé. Le stade vétuste et minuscule, portait le nom de Docteur Luciani. L’attaquant néerlandais, finaliste de la Coupe UEFA 1978 avec Bastia, rendra à Furiani le plus beau des hommages : « Si je l’avais vu plus tôt, je n’aurais jamais signé. Mais je ne l’ai jamais regretté ! » L’Oranje a, lui aussi, l’âme bleue.