Cris de singe contre Balotelli à Bastia: «En dix ans, rien n'a changé», s'énerve Chimbonda, lui aussi victime de racisme

TEMOIGNAGE Le défenseur Pascal Chimbonda avait été victime d'insultes racistes en Corse en 2004 et 2005...

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Pascal Chimbonda à Bastia en 2005
Pascal Chimbonda à Bastia en 2005 — S. Agostini / AFP

Pascal Chimbonda a beaucoup hésité avant d’accepter de répondre aux questions de 20 Minutes. « De toute façon, ça ne changera jamais », s’agaçait l’ancien défenseur international (une cape), qui vient de passer son diplôme pour devenir entraîneur. Comme Mario Balotelli ce vendredi, le Guadeloupéen dit avoir été victime d’insultes racistes, à plusieurs reprises, lors de son passage à Bastia entre 2003 et 2005.

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Est-ce que ça vous a étonné, ces cris de singe contre Mario Balotelli à Bastia ?

Pas du tout… Ça fait plus de dix ans que ça m’est arrivé, et là ça se reproduit, dans le même contexte, dans le même stade, la même ville. En dix ans, rien n’a changé ! Bien sûr, il y a des racistes partout, je ne vais pas dire que ce n’est qu’en Corse ou que tous les supporters bastiais sont racistes, pas du tout ! Mais tant que les gens ne feront pas le nécessaire, ça va se reproduire.

Qu’est-ce qu’il faudrait faire selon vous ?

Il faut vraiment sanctionner les racistes. Et ne pas minimiser les faits. Moi j’ai été insulté plusieurs fois par des supporters, ils m’ont dit : « Sale noir, tu ne mouilles pas le maillot ». Le club, les supporters, certains autres joueurs… Tout le monde a minimisé les choses.

Ils disaient que c’était aussi à cause de moi, que je ne m’investissais pas assez sur le terrain… [Après coup, le président bastiais Louis Multari avait menacé de poursuivre en justice ceux qui accusaient son club de racisme. Le joueur Pierre-Yves André avait lui affirmé que les « problèmes » rencontrés par Chimbonda étaient liés à « un manque de professionnalisme et un comportement dilettante ».] Tu ne peux pas dire ça, rien ne peut justifier des insultes racistes, dire à quelqu’un « Sale noir », ce n’est pas juste parce qu’il ne mouille pas assez le maillot ou qu’il ne fait pas assez pour son équipe. D’ailleurs, les propos de Julian Palmieri m’ont agacé. Même si tu joues mal, ça ne peut pas être un prétexte pour des insultes racistes.

Vous l’aviez très mal vécu, j’imagine ?

Bien sûr, c’est vraiment choquant. Je me souviens d’un match contre Istres à Furiani, c’était tellement pénible que j’ai voulu quitter le terrain [son coéquipier, Christian Karembeu, l’en avait dissuadé].

Ça vous est arrivé plusieurs fois ?

Oui, pendant un match, une fois après un match contre Saint-Etienne, en sortant du stade. J’ai connu ça aussi à Clermont-Ferrand quelques années plus tard. Par contre en Angleterre, ça ne m’est jamais arrivé. Je n’ai jamais été traité de singe, de sale noir en Angleterre [entre 2005 et 2014, Pascal Chimbonda est passé par huit clubs anglais, de la première à la troisième division.]

Qu’est-ce que vous avez envie de dire à Mario Balotelli ? Vous lui conseillez de porter plainte ?

Porter plainte contre qui ? Les supporters qui ont fait ça sont nombreux, tous ne seront pas reconnus… C’est la LFP qui doit prendre une décision comme ça ! Mario Balotelli, il ne peut rien faire. Moi on m’a dit de porter plainte. Je l’ai fait, le club l’a fait, mais contre X [Il insiste]. Une plainte contre X… A la fin, rien n’a été fait [la plainte a été classée sans suite, faute de preuves.] Après j’ai envie de lui dire que je le soutiens à 100 %, qu’il a raison de dénoncer ça, que je suis sûr que c’est la vérité ce qu’il raconte.