OL-PSG : « Il y a une énergie positive, on va tout faire pour être champions », assure Mattia De Sciglio

INTERVIEW Arrivé en prêt cette saison de la Juventus, le latéral italien de 28 ans évoque pour « 20 Minutes » la fin de saison haletante de l’OL (3e), qui accueille dimanche (21 heures) le PSG pour le choc de la Ligue 1

Propos recueillis par Jérémy Laugier
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Mattia De Sciglio a signé l'une de ses meilleures prestations sous le maillot lyonnais, le 3 mars face à Rennes.
Mattia De Sciglio a signé l'une de ses meilleures prestations sous le maillot lyonnais, le 3 mars face à Rennes. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Réclamé par Rudi Garcia en fin de mercato, le latéral de la Juventus Mattia De Sciglio a rejoint l’OL en prêt sans option d’achat.
  • Auteur de prestations contrastées sur ses 21 matchs de Ligue 1 disputés à Lyon, l’international italien s’est confié en français à 20 Minutes avant le choc OL-PSG de dimanche (21 heures).
  • Il décrypte les ambitions d’un Lyon qui n’avait jamais autant rêvé du titre depuis sa fin de règne en 2008, ainsi que son image d’exemple au niveau de sa « culture du travail ».

Mattia De Sciglio a bien fait de reprendre contact en octobre dernier avec sa professeure de français au lycée à Milan. Cinq mois seulement après son arrivée surprise en prêt à Lyon, au bout du mercato, l’ancien latéral de la Juventus a pu accorder à 20 Minutes plus d’une demi-heure d’interview, dans un français très fluide. Avant le choc de la Ligue 1, dimanche (21 heures) contre le PSG, l’international italien de 28 ans s’est confié sur les objectifs de l’OL (3e) dans ce sprint final et sur sa « culture du travail » louée par Rudi Garcia.

Aurait-on pu vous voir sous le maillot parisien dimanche, si on en croit les insistantes rumeurs d’échange avec Layvin Kurzawa durant l’hiver 2020 ?

Oui, j’étais vraiment sur le point de signer à Paris à cette période-là. Mais au dernier moment, le transfert n’a pas abouti, sur décision de la Juve. Je suis finalement à l’OL et je suis très content ainsi.

Quelle image le club lyonnais véhicule-t-il en Italie ?

L’OL est une équipe historique en Europe et dans le monde entier. Je me souviens bien de ce match de Ligue des champions contre Lyon (quart de finale 2006 remporté par les Italiens) quand j’étais petit et que je jouais à l’AC Milan. L’OL gagnait alors toujours le championnat de France, avec Juninho comme capitaine. On cherche à ramener le club à ce niveau.

Avant d’accepter ce prêt d’une saison, avez-vous pu échanger avec Fabio Grosso, dernier joueur italien passé par Lyon (de 2007 à 2009) et latéral comme vous ?

Oui, il m’a dit qu’il était resté in love de Lyon, du club et de la ville. Pour lui, je devais accepter de venir ici sans réfléchir, et c’est ce que j’ai fait. J’avais justement en tête de vivre une expérience à l’étranger quand l’OL s’est présenté.

Avouez-le, vous aviez zappé ce match amical disputé en juillet 2015 à Gerland par Mattia De Sciglio, alors au Milan AC, contre l'OL de Clinton Njie à Gerland?
Avouez-le, vous aviez zappé ce match amical disputé en juillet 2015 à Gerland par Mattia De Sciglio, alors au Milan AC, contre l'OL de Clinton Njie à Gerland? - PHILIPPE DESMAZES / AFP

Dès votre première saison professionnelle à Milan, vous avez disputé 50 % de vos matchs en tant que latéral droit, et 50 % à gauche. Vous ne le saviez pas encore, mais cette polyvalence semble partie pour vous suivre durant toute votre carrière, non ?

Oui, ma place naturelle est évidemment à droite, sur mon pied fort. Pour chaque joueur, c’est mieux d’avoir de la continuité et des repères à une position. Mais dès le début de ma carrière, en club puis en sélection, j’ai aussi joué beaucoup de matchs à gauche, donc je suis habitué, ce n’est pas un problème. Le plus important reste d’être sur le terrain.

À neuf journées de la fin, que vise véritablement l’OL (3e à 3 points du leader lillois) ?

On est en train de faire une grande saison et on va voir jusqu’où elle va nous mener. On a perdu des points importants et on doit ne rester concentrés que sur nous. On verra ce que donneront ces affrontements directs contre Paris, Lille et Monaco. On fera tout notre possible pour gagner le championnat, mais il ne faut pas perdre de vue que notre objectif principal, c’est la qualification européenne.

Après avoir remporté trois fois de suite le titre national avec la Juve, vous vous contenteriez de cette troisième place actuelle en Ligue 1 ?

Non, je veux toujours gagner, bien sûr. Si on se comporte comme une équipe, qu’on combat les uns pour les autres, avec l’état d’esprit qu’il faut, nous pouvons être champions.

Avez-vous senti un déclic au sein du groupe après le succès (0-1) au Parc des Princes le 13 décembre, une première depuis 13 ans pour l’OL en Ligue 1 ?

Je ne connaissais pas cette statistique (sourire). Nous avions livré un gros match d’équipe ce soir-là. Chacun de nous a couru et a combattu sur chaque ballon, de la première à la dernière minute. À nous de faire le même match dimanche, et pas seulement contre le PSG d’ailleurs. Paris possède des individualités qui peuvent faire la différence à tout moment, alors que nous, on se doit de combattre sur tous les matchs.

Rudi Garcia loue régulièrement votre « culture du travail ». Que faites-vous concrètement de plus, ou de différent, que les autres ?

Je fais beaucoup de prévention. Je me gère du mieux possible. J’ai aussi depuis plusieurs saisons mon propre préparateur mental qui m’aide beaucoup. Chaque détail compte pour gagner, que ça soit les soins, le repos… Ma conviction forte, c’est que le travail paie toujours.

Au duel avec Joshua Kimmich lors d'un haletant quart de finale de l'Euro 2016 en France, Mattia De Sciglio présente également un beau CV avec la sélection italienne.
Au duel avec Joshua Kimmich lors d'un haletant quart de finale de l'Euro 2016 en France, Mattia De Sciglio présente également un beau CV avec la sélection italienne. - Antonio Calanni/AP/SIPA

Si bien qu’on a la sensation que vous avez autant été recruté par l’OL pour être un exemple sur qu’en dehors du terrain, non ?

J’ai un peu d’expérience au niveau international (il a disputé 39 matchs depuis 2013 avec la sélection italienne). Comme on est une équipe très jeune à Lyon, je fais tout mon possible pour être un exemple dans le groupe, c’est très important pour moi.

Avez-vous constaté un manque d’exigence de travail dans le football français lors des entraînements ?

En fait, c’est différent ici. En Italie, on travaille beaucoup chaque jour la tactique. En France, il n’y a pas cette même culture tactique. Les entraînements y sont par contre plus dynamiques et plus ludiques. Ce n’est pas forcément moins dur qu’en Italie mais on utilise davantage le ballon.

Vous avez côtoyé de nombreux grands joueurs à l’AC Milan et à la Juventus. Quel regard portez-vous sur Rayan Cherki ?

Je remarque déjà que les clubs français ont moins de craintes à lancer des jeunes joueurs par rapport à l’Italie. Pour Rayan, c’est sûr qu’il a les qualités pour être l’un des plus grands joueurs au monde. Quand on y pense, il n’a que 17 ans, c’est bien ça ?

Oui, oui…

C’est incroyable qu’il joue déjà en équipe première comme il le fait. En Italie, il est difficile de trouver un jeune avec ses qualités à seulement 17 ans. Dans les prochaines années, il peut devenir un joueur très important.

Mattia De Sciglio a croisé de sacrés joueurs durant sa carrière en Serie A, comme ici un certain Cristiano Ronaldo avec la Juve.
Mattia De Sciglio a croisé de sacrés joueurs durant sa carrière en Serie A, comme ici un certain Cristiano Ronaldo avec la Juve. - Antonio Calanni/AP/SIPA

Si on vous dit qu’on vous a parfois trouvé en difficulté sur vos 21 prestations en Ligue 1, comme à Rennes (2-2) ou à Brest (2-3), êtes-vous d’accord ?

Je ne sais pas, chaque match est différent… À Rennes, c’est toute l’équipe qui était en difficulté. À Brest, je ne pense pas que j’ai été moins performant que sur d’autres rencontres.

Vous couvriez notamment Irvin Cardona sur le deuxième but brestois…

Ah oui, je regardais alors le ballon et mon adversaire… Le plus important, c’est d’avoir gagné ce jour-là, je crois, non ?

On aurait par contre pu vous imaginer plus dans le dur dans votre duel avec l’ailier rennais Jérémy Doku (1-0 le 3 mars)…

Au match aller, sa vitesse m’avait impressionné, surtout sur ses premiers appuis. J’ai regardé des vidéos de lui avant le match retour pour être prêt et ça s’est bien passé pour moi.

Mattia De Sciglio, ici en train d'adresser un centre, le 18 octobre contre Strasbourg.
Mattia De Sciglio, ici en train d'adresser un centre, le 18 octobre contre Strasbourg. - FREDERICK FLORIN / AFP

Vous êtes arrivé pour un prêt d’un an sans option d’achat et vous n’aurez plus qu’une année de contrat avec la Juve. Comment voyez-vous votre avenir la saison prochaine ?

J’aimerais rester ici, ça dépend de moi, de Lyon et de la Juve. On verra à la fin de la saison.

Selon vous, à quel niveau la différence va-t-elle se faire entre les équipes de tête sur cette fin de saison hyper serrée ?

La chose la plus importante pour gagner, ça sera la dimension mentale. La condition physique est importante, mais juste avec le mental, on peut gagner quand même. Cette fin de saison est le moment le plus critique pour toutes les équipes. Il faut faire plus d’efforts, et c’est vraiment le mental qui permettra d’aller au bout.

Sentez-vous que tout le monde est comme en mission dans ce groupe, même les joueurs qui arrivent en fin de contrat cet été comme Memphis Depay et vous ?

Oui, toute l’équipe est sur la même route, avec le même objectif, arriver le plus haut possible. Il y a une énergie positive. On va tout faire pour être champions. D’ailleurs, depuis combien de temps Lyon n’a-t-il pas remporté de titre ?

2008 pour la Ligue 1 et 2012 pour la Coupe de France…

Je pensais qu’il y avait eu des trophées plus récemment. C’est anormal mais ce n’est pas un problème, on ne doit pas commettre l’erreur de se mettre de la pression. Restons concentrés, positifs et tranquilles.

Durant les saisons précédant l’arrivée de Juninho comme directeur sportif en 2019, Jean-Michel Aulas avait coutume d’attribuer d’emblée le titre de champion au PSG et Lyon finissait toujours une vingtaine de points derrière. « Juni » mentionne-t-il clairement le titre dans le vestiaire ?

Oui, il nous en parle quelquefois. Mais le président avait raison aussi d’estimer que le PSG était dans une autre galaxie. C’est pour ça que l’objectif principal du club est de retrouver l’Europe au bout de la saison. Maintenant, on a un autre objectif, celui d’arriver le plus haut possible en championnat, mais aussi en Coupe de France.