OL : Avec « son cœur énorme », le « tourbillon » Islam Slimani peut être le facteur X du rêve lyonnais

PORTRAIT Présenté comme « un guerrier au mental d’acier », l’international algérien de 32 ans s’est engagé mercredi avec l’OL, en remplacement de Moussa Dembélé, prêté à l’Atlético de Madrid

Jérémy Laugier

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Islam Slimani a beaucoup apporté à l'AS Monaco la saison passée.
Islam Slimani a beaucoup apporté à l'AS Monaco la saison passée. — Elyxandro CEGARRA/SIPA
  • L’OL a profité du mercato hivernal pour prêter son seul joueur offensif majeur en difficulté, Moussa Dembélé (Atlético de Madrid), tout en recrutant Islam Slimani.
  • Libéré de ses derniers mois de contrat avec Leicester, le buteur algérien de 32 ans débarque avec une féroce envie d’être sacré champion en club pour la première fois de sa carrière.
  • 20 Minutes retrace le parcours atypique de l’ancien Monégasque, en se penchant notamment sur ses dernières saisons en Algérie, avec le CR Belouizdad (de 2009 à 2013).

Peut-on perdre un attaquant auteur de 45 buts en 108 matchs à Lyon, héros du plus grand exploit européen de l'OL depuis dix ans, l’été dernier contre Manchester City (3-1), et se renforcer ? Ça sera le challenge d’Islam Slimani (32 ans), officialisé mercredi par le surprenant champion d’automne, en remplacement de Moussa Dembélé, prêté à l’Atlético de Madrid. Déterminant la saison passée avec l’AS Monaco (9 buts et 8 passes décisives en 18 matchs), l’international algérien reste sur neuf mois frustrants, avec seulement 19 minutes de Premier League disputées sous le maillot de Leicester.

Libéré par les Foxes, le voilà donc lyonnais jusqu’en juin 2022, avec comme immense défi de remporter un premier championnat dans son atypique carrière professionnelle. A 21 ans, le natif d’Alger évoluait encore à Chéraga, un club amateur de D3 algérienne. L’entraîneur argentin Miguel Angel Gamondi se souvient avoir remarqué à l’entraînement un « petit bijou », lorsqu’il est devenu en 2010 entraîneur du CR Belouizdad, le premier club pro d’Islam Slimani.

On sentait bien qu’Islam n’avait pas eu de véritable formation. Il avait de vraies lacunes tactiques et notre propre public rigolait même parfois lorsqu’il commettait des erreurs. Il n’était pas encore pris au sérieux. Mais j’ai perçu tout de suite qu’il avait un cœur énorme, qu’il n’était pas du tout égoïste et qu’il avait un physique et une vitesse d’apprentissage incroyables. »

« Il courait tout le temps de partout »

Il faudra attendre un quadruplé mémorable contre la JS Kabylie (7-1), en mai 2011, pour que la carrière d’Islam Slimani ne décolle pour de bon. Grâce à quatre saisons dans l’élite avec le CRB, il accède à l’équipe nationale en 2012 et il se démarque déjà avec son intensité de tous les instants. « En Algérie, la plupart des avants-centres passent leur temps dans la surface, résume son ex-capitaine au CRB Mohamed Herida. Mais lui, il courait tout le temps de partout, c’était un tourbillon. A l’entraînement, en tant que défenseur, je me méfiais toujours de lui, de son pressing et de ses appels. »

Sur ce point, son entente avec Wissam Ben Yedder a souvent régalé la Ligue 1 la saison passée. « Il a toujours été plus performant avec un autre attaquant près de lui, décrypte Ishaq Chebli, journaliste pour DZfoot. C’était surtout un joueur de surface au début de sa carrière. Mais aujourd’hui, je pense qu’il sera plus précieux à l’OL que Dembélé pour la qualité de son jeu de passes en pivot. Car auprès d’un coach comme Jorge Jesus au Sporting [il a inscrit 31 buts avec lui en 2015-2016], il a su faire évoluer son jeu. »

Ici face à Porto et Mangala, Islam Slimani n'a découvert l'Europe que lors de la saison 2013-2014 avec le Sporting.
Ici face à Porto et Mangala, Islam Slimani n'a découvert l'Europe que lors de la saison 2013-2014 avec le Sporting. - Patricia De Melo Moreira/AFP

« Combativité, expérience et rage de vaincre »

Une réussite qui l’a ensuite conduit en 2016 à un transfert de 35 millions euros (bonus inclus) vers Leicester, lui qui avait coûté… 300.000 euros au club portugais trois ans plus tôt. Bien placé pour recruter le néo-Fennec en 2013, le FC Nantes était passé à côté d’un gros coup, en lui proposant un salaire trop modeste. Son parcours est presque inespéré pour un joueur n’ayant quitté le championnat algérien qu’à 25 ans. Surtout qu’il faut y ajouter comme titre majeur la Coupe d'Afrique des nations 2019, même si c’était dans la peau d’un remplaçant.

« Islam avait l’intime conviction qu’il allait jouer en Europe, se souvient Miguel Angel Gamondi. J’essayais de le raisonner en lui rappelant que ça n’était pas logique, qu’il avait déjà 23 ans à l’époque, mais il n’en démordait pas. » Depuis sa présentation devant la presse mercredi, trois mois après avoir vu son transfert bloqué par le non-départ de Memphis Depay au Barça, l’intéressé martèle qu’il peut apporter à un groupe en pleine réussite « combativité, expérience et rage de vaincre ». Un cocktail qui a toujours défini Islam Slimani, comme lorsque le grand public l’a réellement découvert à la Coupe du monde 2014, où il a porté l’Algérie jusqu’au premier 8e de finale de son histoire en inscrivant deux buts.

Le 26 juin 2014, Islam Slimani marque l'histoire de la sélection algérienne en inscrivant face à la Russie (1-1) le but synonyme de premier 8e de finale de Coupe du monde de l'histoire pour les Fennecs.
Le 26 juin 2014, Islam Slimani marque l'histoire de la sélection algérienne en inscrivant face à la Russie (1-1) le but synonyme de premier 8e de finale de Coupe du monde de l'histoire pour les Fennecs. - Michael Sohn/AP/SIPA

« Il est le rêve algérien »

De quoi vous fournir une dose de confiance à vie, même en cas de situations d’échec comme à Leicester ou lors d’un prêt à Fenerbahçe (2018-2019). « Croyez-moi, il n’aura pas besoin de temps d’adaptation, assure son ami Mounir Ouassel, journaliste, à l’origine du site Le Score. Le challenge lyonnais l’excite depuis cet été déjà. Il peut être un bon joker mais dans son esprit, il vient pour devenir titulaire. Il n’a pas de limites dans sa tête, c’est un guerrier au mental d’acier. » Ancien coéquipier d’Islam Slimani au CRB, Adel Messaoudi complète : « Il a toujours eu des ambitions très élevées. Il est prêt à tout donner, à bosser comme un fou aux entraînements tant qu’il n’a pas atteint son but. Ces derniers mois, il avait des offres attractives de pays du Golfe mais il préfère jouer au niveau le plus élevé ».

Ça ne sera après tout que la quatrième saison de sa carrière dans l’un des cinq championnats les plus importants d’Europe. « Son éthique de travail et son mental m’ont toujours impressionné, insiste Mohamed Herida. Il est devenu un exemple en Algérie tant il est parti de rien avant de se révéler en Europe. » En février 2020, l’emblématique milieu des Fennecs Sofiane Feghouli indiquait même sur France Football : « Le parcours personnel d’Islam Slimani pourrait faire l’objet d’un long-métrage au cinéma. Il est le rêve algérien ». Le nouveau chapitre pourrait aussi faire rêver les Lyonnais, en quête d’un sacre en Ligue 1 depuis 13 ans.