Equipe de France: Les vannes de Diacre, le Gauvin Gate et le gymnase de Mandelieu... Retour sur un mois de juin en bleu (1/2)

FOOTBALL Retour sur les moments les plus marquants de l'aventure des Bleues en Coupe du monde

Aymeric Le Gall

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Malgré l'élimination en quart, les Bleues auront tout de même vécu de supers moments de joie.
Malgré l'élimination en quart, les Bleues auront tout de même vécu de supers moments de joie. — FRANCK FIFE / AFP
  • L'équipe de France à échoué en quart de finale de la Coupe du monde, après une défaite contre les Etats-Unis. 
  • Même si la fête à été trop courte à notre goût, on a quand même vécu de supers moments en suivant ce groupe du début à la fin. 
  • Voici le premier volet de ce coup d'oeil dans le rétro de l'équipe de France. 

Et voilà, c’est déjà fini. On aurait bien aimé que l’aventure des Bleues se poursuive jusqu’au 7 juillet, que se prolonge encore un peu cette ivresse populaire, dans un pays qui vibré comme pas permis durant près d’un mois. Mais il faut se faire une raison, après la gamelle contre les Etats-Unis vendredi soir, les Françaises ne verront pas Lyon.

Si l’aventure fut de courte durée, il s’est quand même passé plein de choses sympas, fortes ou marquantes durant cette compétition autour des Bleues. On prend le temps de rembobiner tout ça. Voici l’épisode 1 d’une impressionnante série de deux épisodes.

  • Joue-la comme Deschamps

Tout au long du Mondial, on a essayé d’éviter de tomber dans le piège facile de la comparaison avec l’équipe de France championne du monde en 2018. Mission accomplie, mais maintenant que c’est plié on peut le dire : la sélectionneuse a profité de l’expérience victorieuse de Didier Deschamps pour jeter un œil aux méthodes de son homologue.

Au moment d’établir sa liste des 23, par exemple, Diacre n’a pas caché qu’elle s’était inspirée de la philosophie de DD qui veut que, pour construire un groupe soudé, il faille parfois privilégier l’attitude au talent. « Je ne vais pas faire un copier-coller, mais je sais que ça fonctionne, donc je ne vais pas faire différemment », disait-elle avant l’annonce de la liste. D’où l’absence dans le groupe de la jeune prodige parisienne, Marie-Antoinette Katoto (20 ans), la meilleure buteuse de D1 sacrifiée sur l’autel du « vivre ensemble ». Diacre lui a préféré la jeune guingampaise Emelyne Laurent, pas du genre à l’ouvrir pour réclamer du temps de jeu, ce qu’elle n’a d’ailleurs pas eu de toute la compétition.

D’un point de vue des relations avec les médias aussi, Diacre s’est inspirée de Deschamps. Disons en tout cas qu’elle est allée tâter le terrain, en se glissant discrètement, un jour, à l’une des conférences de presse du sélectionneur à Clairefontaine, histoire de voir comment s’en sortait le spécialiste face à une horde de journalistes. Durant la compétition, l’ancienne capitaine des Bleues a semblé à l’aise dans l’exercice, s’autorisant même des petits moments de craquages plutôt sympas. On y reviendra.

  • Le Gauvin gate

Un départ en fanfare. La Coupe du monde n’a même pas commencé que c’est déjà le cirque en coulisse avec le fameux « Gauvin Gate », juste avant le match d’ouverture face à la Corée du Sud au Parc. Elément clé du dispositif de Diacre depuis son arrivée à la tête des Bleues en 2017, la Montpelliéraine s’est fait taper sur les doigts et mettre sur le banc à cause d’une histoire de retards répétés à Clairefontaine. Manquer un tel événement pour une histoire de snooze à répétition, vous avouerez que c’est un peu con. La buteuse finira tout de même par entrer en jeu, preuve que la sélectionneuse n’a pas toujours la rancune tenace.

Mais le mic-mac ne s’arrête pas là. Alors que Gauvin nous affirmait, comme Jérôme Cahuzac, les yeux dans les yeux, s’être fait sanctionner pour des raisons de comportements, quelques mètres plus loin Corinne Diacre racontait une autre histoire : « Si elle a estimé que c’était à cause de ses retards, ce n’est pas mon cas. C’était un choix tactique ». Tout rentrera rapidement dans l’ordre et Gauvin ne quittera plus le onze de départ. Elle termine la compétition avec deux buts au compteur, ce qui est plutôt pas mal vu le peu de fois où elle a été trouvée dans de bonnes conditions.

  • Le gymnase de Mandelieu-la-Napoule

Alors que le football féminin est entré définitivement dans une nouvelle dimension durant cette Coupe du monde, on a quand même perçu quelques vestiges de l’ancien temps. Un petit côté old school ou bonne franquette qui le rend parfois plus sympa à suivre que le Mondial masculin et son immense machinerie froide et aseptisée.

Un exemple : la transformation du gymnase du complexe sportif de Mandelieu-la-Napoule, près de Nice, où s’entraînaient les Bleues avant leur deuxième match contre la Norvège. C’est là, au milieu des tapis de gym et des barres parallèles (notre plus grand cauchemar d’EPS au lycée), que la Fédé avait bricolé un espace pour les conférences de presse. Notre plus gros regret, ne pas avoir eu le cran d’organiser une balle aux prisonniers avec les joueuses.

  • Le « Corinne Comedy Club »

Ça restera le plus grand moment hors terrain de cette aventure. En débarquant dans l’immense salle de presse de l’Allianz Riviera, en ce beau matin du 11 juin, pour assister à la conf d’avant-match de Corinne Diacre, personne n’imaginait prendre une telle claque. Cet exercice médiatique s’avère souvent être un moment chiant comme la pluie, fait d’éléments de langage et de beaucoup de langue de bois, il n’y avait pas de raison que ça change. Et pourtant.

Pendant près d’une demi-heure, la sélectionneuse n’a cessé d’enchaîner les punchlines, rompant instantanément avec son image de femme de fer pas très loquace face à la presse. Se renommant ironiquement la « mère fouettarde » en réponse à une question du journaliste de Quotidien, Corinne Diacre s’est lâchée comme jamais. Le point d’orgue de ce one woman show, le passage sur ses occupations en dehors des entraînements : « Pour moi, à Nice, c’est piscine et transat. Et pour mes joueuses c’est à l’ombre, bien évidemment, puisque comme je suis rigoureuse, il faut qu’elles restent à l’ombre, dans leur chambre, enfermées à double tour. Et moi, par contre, j’en profite bien. Je me repose beaucoup, je travaille très peu, je laisse ça à mon staff. »

  • Thiney en a vu d’autres

Ce fut le gros débat de l’après-phase de poule. Franchement en dessous de son potentiel lors des trois premières rencontres des Bleues, Gaëtane Thiney a concentré sur elle la plupart des critiques au sujet du jeu de cette équipe de France. Résultat, comme en 2011 au Canada, la voilà sortie du onze de départ pour le huitième de finale contre le Brésil. Mais la Parisienne en a vu d’autres, et des bien pires : « Ce n’était pas difficile à encaisser. J’ai connu des changements beaucoup moins sympas et avec moins de communication ».

Sa sortie ne changera finalement pas grand-chose aux maux, plus profonds et plus nombreux, de cette équipe de France. De retour dans le game en quart de finale face aux Etats-Unis, Thiney a offert une passe décisive sur coup franc à Wendie Renard, pour le but de l’espoir vendredi. « Sur le coup, je me suis dit "c’est là, c’est le moment, c’est parti", confiait-elle après l’élimination. Et puis en fait non ».