Coupe du monde: Malgré le choc, les Bleues «ont gagné le cœur de millions de Français» et espèrent que ce n’est qu'un début

FOOTBALL Si l'aventure a pris fin bien trop tôt, les Bleues ont tout de même gagné l'amour des Français durant ce mois du juin

Aymeric Le Gall

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Eugénie Le Sommer, en larmes après l'élimination de la Coupe du monde.
Eugénie Le Sommer, en larmes après l'élimination de la Coupe du monde. — FRANCK FIFE / AFP
  • Battue (2-1) par les Etats-Unis en quart de finale, l’équipe de France est éliminée du Mondial.
  • Pourtant, si le parcours des Bleues n’a pas été irréprochable, les Françaises ont soulevé les foules durant tout le mois de juin.
  • Les Bleues espèrent désormais que l’élan qu’elles ont impulsé pour le foot féminin sera suivi d’effets au niveau des instances.

De notre envoyé spécial au Parc des Princes,

L’histoire retiendra que, pour l’équipe de France, la Coupe du monde 2019 s’est arrêtée brutalement un soir de 28 juin, dans la touffeur parisienne, bien loin de l’objectif du 7 juillet que s’était fixé ce groupe depuis des mois. A peine commencé, déjà terminé. Le coup est rude. On a eu l’impression, dans les heures qui ont précédé le quart de finale des Bleues face aux Etats-Unis, que cette Coupe du monde allait enfin livrer sa pleine mesure.

La France avait fini première de son groupe et battu le Brésil dans de belles ambiances, c’est vrai. Mais il y avait quelque chose en plus à l’approche de ce choc : le sentiment que c’était le moment pour les Françaises de faire le grand saut, et d’embarquer tout le monde avec elles. Raté.

Le Parc était prêt pour le grand soir

Avant la rencontre, on avait pourtant senti cette atmosphère si particulière qui fait du Parc des Princes un stade à part, unique en son genre. La vérité, c’est que le public ne demandait que ça. Hurler, vibrer, pleurer (de joie), et pousser les Bleues jusqu’à l’exploit, tels étaient ses mots d’ordre vendredi soir. Et on ne peut pas dire qu’il est passé à côté de son sujet. A plusieurs reprises, notamment après le but de l’espoir signé Wendie Renard, on a carrément été parcouru de frissons. Les joueuses nous ont avoué s’être senties comme portées. Et c’est finalement ça qu’elles ont choisi de garder en mémoire, avant de quitter le stade et le Mondial par la même occasion.

« Les gens ont été derrière nous du début à la fin, le public a une nouvelle fois été fantastique ce soir [vendredi], tenait à dire Eugénie Le Sommer, avant de voir plus loin. Je pense qu’on a vraiment réussi quelque chose par rapport à ça. Je suis fière d’avoir pu montrer à la France que le football pouvait aussi se jouer avec des filles. C’est une première victoire et c’est tout ce que je retiendrai. » « A défaut d’avoir gagné la Coupe, on aura gagné le cœur des Français, commentait joliment Amandine Henry quelques instants plus tôt. En tout cas, c’est un grand pas pour le foot féminin français. »

Les derniers mots de Wendie Renard, la dernière à quitter la zone mixte du Parc, étaient aussi dirigés vers « ce public fantastique. J’espère que cette coupe du monde aura permis de changer pas mal de mentalités et qu’on va continuer à avancer dans ce sens. » Sur ce point, pas de doute, même si l’aventure s’est terminée bien trop tôt pour définitivement embraser le pays et le rappeler aux bons souvenirs d’un certain été 2018, les Bleues ont bel et bien gagné le « cœur de millions de Français », dixit Corinne Diacre.

Un succès populaire indéniable

Chaque match de l’équipe de France s’est accompagné d’un délire populaire dans tous les stades où elles sont passées. Du côté des audiences télé aussi, le succès est total. Ce qui nous fait dire qu’il y aura forcément dans ce pays un avant et un après Mondial 2019. Grâce à cette équipe de France, le football féminin a mis un pied dans la porte, charge à lui désormais de ne plus jamais le retirer. C’était en tout cas le souhait de Corinne Diacre après le match : « J’espère que ce Mondial va aider notre discipline à franchir entre un cap ».

Les instances du foot, qui avait misé gros sur cette compétition pour donner un immense coup de boost au football pratiqué par les femmes, vont devoir se servir de cet engouement pour poursuivre sa transformation et améliorer encore son environnement. « J’espère que ça va aider. Je ne peux pas encore dire ce qui va se passer dans le futur, mais avoir suscité un tel engouement, c’est déjà une bonne chose. Il faut se servir de ça pour continuer à se développer », se félicitait Eugénie Le Sommer.

« Il ne faut pas rater le train »

Mais la Lyonnaise n’est pas naïve. Elle sait que le soufflé peut vite retomber et n’hésite pas à mettre en garde ses dirigeants : « Les autres pays sont en avance sur nous, il ne faut pas prendre de retard. Même l’Espagne est en train de mettre de gros moyens, il ne faut pas rater le train qui passe. Il faut maintenant que derrière, ça suive. » Comment ? Elle détaille.

« On doit se donner les moyens de progresser et de se professionnaliser, parce que les autres pays le font et c’est peut-être pour ça qu’ils sont devant nous aujourd’hui. On a un bon championnat, mais toutes les équipes ne sont pas professionnelles et, à l’arrivée, ça peut donner l’impression d’un championnat à deux vitesses. Se professionnaliser, c’ est le seul moyen d’être au plus haut niveau. »

Le message est passé, à la Fédé de montrer qu’elle l’a bien reçu. Car pour le reste, et ce mois de juin nous l’a clairement démontré, le public est prêt à suivre le mouvement les yeux fermés.