Equipe de France: En recrutant un coach mental, Diacre a-t-elle trouvé la clé pour aller loin en Coupe du monde?

FOOTBALL La sélectionneuse des Bleues a choisi de s'entourer d'un préparateur mental expérimenté

Aymeric Le Gall

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Richard Ouvrard (à gauche, donc), le préparateur mental de l'équipe de France.
Richard Ouvrard (à gauche, donc), le préparateur mental de l'équipe de France. — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Pour la première fois de l'histoire de l'équipe de France féminine, les Bleues comptent dans leur rang un préparateur mental. 
  • Richard Ouvrard est censé apporter un petit plus au niveau psychologique afin d'aider les joueuses à aller loin dans la compétition. 
  • Avant de travailler avec les Bleues, le coach mental avait collaboré avec l'équipe de France féminine de handball, championnes du monde et championnes d'Europe en titre. 

Toutes celles et ceux qui connaissent Corinne Diacre vous le diront, la sélectionneuse de l’ équipe de France n’est pas du genre à laisser la moindre chance au hasard. Dans son management et sa quête de Coupe du monde, l’ancienne coach de Clermont s’acharne depuis sa prise de fonction à la tête des Bleues en septembre 2017 à maîtriser le moindre petit aspect censé emmener son équipe sur le toit du monde.

Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à apprendre que, pour la première fois de l’histoire de l’équipe de France féminine, le staff s’est étoffé afin de faire de la place à Richard Ouvrard, un spécialiste de la gestion mentale d’une compétition.

Après le hand, le foot

« Notre discipline évolue, je connais mes compétences mais aussi mes limites et j’ai envie de dire : à chacun son métier, avouait Corinne Diacre en conférence de presse avant le troisième match contre le Nigeria. Il aide les joueuses à formaliser… pas leur doute, mais à formaliser des choses au sein du groupe pour qu’il vive le mieux possible. La principale raison de sa présence, c’est que le groupe vive mieux sur le terrain, car l’essentiel c’est ça. » Et si on regarde un peu le passif du bonhomme, on comprend mieux pourquoi la sélectionneuse a fait appel à lui en particulier. Son tableau de chasse a de l’allure : Tony Estanguet, Yannick Agnel, Alain Bernard ou encore Amaury Leveaux.

Mais si, jusqu’ici, cet ancien nageur avait beaucoup fait parler sa science du sport individuel et dans les bassins, il a depuis mis les pieds dans un collectif, celui de l’équipe de France féminine de handball, lors du retour d’Olivier Krumbholz à sa tête en 2016. Entre-temps, les joueuses ont raflé la médaille d’argent aux JO, le titre de championne du monde en 2017 et celui de championne d’Europe en décembre. Coïncidence ? Pas sûr. Pas que, en tout cas.

L’épanouissement comme clé du succès

« Ce sont les filles qui ont fait la demande d’avoir un préparateur mental avec nous, j’étais très content que ça vienne d’elles et non de moi », nous confie Krumbholz, pour qui l’aspect mental dans la gestion d’un groupe est primordial. Et ça ne date pas d’hier. « C’est un sujet qui m’a très tôt intéressé puisque dès 1992 ou 1993, à l’ASPTT Metz, je faisais déjà appel à des coachs mentaux. J’ai toujours été convaincu que ça apportait un plus à une équipe et que tout ce qui est cognitif devait être pris très au sérieux. Les joueuses ou les joueurs, ce ne sont pas des machines. Je suis intimement persuadé qu’on ne peut pas performer si on n’est pas foncièrement heureux dans ce qu’on fait et bien dans sa peau. »

Avec Richard Ouvrard, c’est le coup de foudre immédiat. « J’ai demandé des conseils auprès de personnes qui le connaissaient, finalement on a dîné ensemble tous les deux et le courant est bien passé ». Impossible pour lui en revanche de nous dire à quel point l’apport du coach mental a compté dans les titres glanés par son équipe depuis 2016. Pour la gardienne tricolore Laura Glauser, il n’y a pas photo : « Richard a évidemment une grande part de responsabilités dans ces succès, confiait-elle au Parisen. Il nous apporte beaucoup de sérénité, nous aide à connaître nos limites… Moi qui, par exemple, n’ai pas une confiance en moi débordante, je sens la différence depuis qu’il est à nos côtés. »

« Je ne suis pas étonné qu’elle ait dit ça, note Olivier Krumbholz quand on lui rapporte les propos de sa joueuse. Une équipe, un groupe, c’est une addition de personnalités parfois très fortes. C’est une bonne chose qu’il y ait quelqu’un pour aider à réguler les échanges, développer l’empathie, l’écoute et la compréhension. »

« Un moyen de se sentir vraiment unies »

C’est exactement ce que recherche Corinne Diacre, pour qui la notion de groupe, le vivre ensemble, « est devenu primordial dans une compétition comme la Coupe du monde. Quand on regarde les équipes qui gagnent, cela fait partie de la réussite. J’ai été en équipe de France dans d’autres rôles (joueuses et capitaine, 93-2005, adjointe de Bruno Bini 2007-2013) et c’est certainement ce qui nous a manqué pour aller plus loin dans plusieurs compétitions. »

Solène Durand, la troisième gardienne des Bleues, n’a pas mis longtemps à se convaincre de l’apport d’un tel élément dans le staff : « Ça permet que le groupe vive bien et aille le plus loin possible dans ce Mondial. On fait des activités qui nous permettent de mieux nous connaître, car à la base on a plus d’affinités avec telle joueuse et moins avec telle autre. C’est un moyen d’améliorer les choses, de se sentir toutes vraiment unies, toutes ensemble fixées vers le même objectif. »

Richard Ouvrard, « amoureux » du travail collectif

On a essayé de gratter un peu auprès d’Olivier Krumbholz pour comprendre les méthodes de travail du coach mental mais c’était peine perdue, ou presque. « Son travail, ce qu’il fait avec les joueuses, ça doit rester dans la confidentialité, glisse-t-il avec un sourire. Je peux juste vous dire que le travail est collectif, surtout dans les moments ultimes, quand vient l’heure de la compétition, et plutôt individuel dans les phases de préparation. » « On fait des choses collectives mais aussi parfois des entretiens individuels car il y a des choses plus intimes qu’on préfère partager en face-à-face », confirme la capitaine des Bleues Amandine Henry. On n’en saura pas plus.

Quoi qu’il en soit, si ce préparateur mental ne va pas remporter la Coupe du monde à lui tout seul, il semblerait au moins que l’idée de Corinne Diacre de le prendre dans ses valises fasse l’unanimité dans le groupe. Et c’est réciproque, nous dit Krumbholz : « Travailler avec un collectif, ça n’a évidemment rien à voir avec le fait de collaborer avec un sportif de manière individuelle. Et je crois pouvoir dire qu’il a adoré ça. » Mieux, « il en est tombé amoureux ».