Gaëtane Thiney lors du match contre le Nigeria, à Rennes.
Gaëtane Thiney lors du match contre le Nigeria, à Rennes. — FRANCK FIFE / AFP

FOOTBALL

Equipe de France féminine: «Elle n'est pas au niveau»... Corinne Diacre doit-elle se passer de Gaëtane Thiney?

La meneuse de l'équipe de France affiche un niveau de jeu préoccupant dans la perspective des huitièmes de finale

  • Titulaire lors des trois premiers matchs de l'équipe de France dans ce Mondial, Gaëtane Thiney s'est montrée très discrète au poste de meneuse de jeu. 
  • La joueuse du Paris FC continue pourtant d'avoir la confiance de Corinne Diacre. 
  • Ce qui n'empêche pas certains de penser que l'heure est venue de changer de système et de se passer de la meneuse des Bleues. 

Une pique verbale qui en dit long. Après la toute petite victoire des Bleues face au Nigeria, lundi soir à Rennes, nous avions eu le malheur d’oser demander à Gaëtane Thiney s’il était logique de s’interroger sur le niveau de cette équipe, après trois matchs de poules pas franchement rassurants malgré les trois victoires. Une question légitime, pourtant, surtout quand on voit le niveau des Américaines – potentielles adversaires des Bleues en quart de finale – qui éclatent tout sur leur passage depuis le début du Mondial.

Mais on s’est fait reprendre de volée par la meneuse de jeu, qui a pris à témoin un journaliste américain pour légitimer la cartouche qu’elle allait mettre à la presse sportive française : « Je suis contente qu’il y ait le journaliste du New York Times à côté de vous, il va pouvoir témoigner. Chez eux, quand les filles gagnent, c’est merveilleux, c’est magnifique. Ce qui est sûr, c’est que là-bas, ils sont très positifs et quand elles gagnent 13-0 contre la Thaïlande, on dit que c’est un record historique. Ici, on aurait dit que la Thaïlande était une petite équipe. »

Trois matchs très moyens

Gaëtane Thiney était-elle vraiment en rogne contre nous ? Peut-être un peu, oui. Mais on peut aussi imaginer que cette sortie était le résultat d’une frustration personnelle, après trois performances pour le moins moyennes de la part de la joueuse du Paris FC. « C’est sûr qu’elle peut faire encore mieux, mais je l’ai quand même trouvé plus à l’aise que lors de deux premiers matchs », tentait de relativiser Corinne Diacre, qui a fini par rappeler la joueuse de 33 ans après six mois passés loin de la sélection.

Désormais indéboulonnable au poste de numéro 10 dans le 4-2-3-1 mis en place par Corinne Diacre, la Française avait déjà expliqué ne pas se fier aux critiques qui ont tout doucement pointé le bout de leur nez sur les réseaux sociaux. « Moi, je ne connais pas "Fafa 22" ou "Cécé du 12"… Je comprends [les critiques] mais je ne veux pas rentrer là-dedans. C’est un phénomène de société, tout le monde a le droit de s’exprimer, mais personnellement je n’en tiens pas compte ».

Thiney n’échappe plus aux critiques

Le problème, c’est qu’après un troisième match de rang sans relief, lors duquel Thiney a semblé effacée (pour ne pas dire carrément transparente), la Troyenne a pu constater que les critiques ne se cantonnaient plus à « Cécé du 12 ». Dans les colonnes de L’Equipe, la coach de Guingamp, Sarah M’barek, a mis les bons mots sur ce qu’on ressent depuis les tribunes. « Elle n’est pas du tout utilisée dans le jeu. Soit ses coéquipières ne la voient pas, soit elles ne veulent pas lui donner le ballon, soit elle ne fait pas les bons déplacements, mais ça va être difficile de continuer comme ça sans passer par elle. »

« C’est vrai que c’est très moyen jusqu’ici, nous confirme Patrice Lair, ancien coach des féminines du PSG et nouvel entraîneur de l’équipe masculine de Guingamp. Je trouve qu’elle a du mal à se situer entre les lignes, qu’elle manque de présence dans les 30 derniers mètres. Avec la grosse préparation physique qu’elles ont eu avant le début de la Coupe du monde et qui est censé les emmener vers un pic de forme à partir des huitièmes, j’espère que Gaëtane va monter en puissance parce que pour le moment ce n’est pas ça. »

Pas assez « tueuse » devant le but

« Avec Bruno Bini, je jouais à gauche, je rentrais intérieur en deuxième 10. Avec Philippe Bergeroo, j’évoluais comme attaquante dans un 4-4-2. Là, je maintiens l’équilibre de l’équipe, j’essaie de faire le lien entre les lignes, entre l’axe et le côté et je dépense beaucoup d’énergie dans ce domaine », s’est-elle défendue en conférence de presse avant le Nigeria. La capitaine Amandine Henry a aussi essayé de défendre sa coéquipière en mettant en avant « le travail de l’ombre » de Thiney sur le terrain, mais l’argument semble peu recevable pour une joueuse placée au poste de numéro 10 et censée animer les phases offensives de son équipe.

Patrice Lair acquiesce : « Elle joue au poste de numéro 10, on est quand même en droit d’attendre d’elle qu’elle participe à l’animation offensive. C’est à elle de donner le tempo, de donner des dernières passes, de marquer. Or, à Rennes, elle ne fait pas les bons gestes. » C’est rien de le dire. Son énorme raté face au Nigeria, à dix mètres des cages après un service caviar en retrait de Cascarino, illustre parfaitement ses lacunes à la finition. D’ailleurs, son dernier but en bleu remonte au 1er septembre dernier et, en compétition, officielle, il faut carrément remonter aux JO de 2012. Ca commence à faire long.

Le changement, ce n’est pas (encore) maintenant

Doit-on voir pour autant le spectre du Mondial 2015 au Canada, quand Thiney avait fini par sortir du onze de départ à partir des huitièmes de finale ? Certains le souhaitent, comme cette ancienne internationale qui nous a glissés que la meneuse de jeu n’était « pas au niveau » et qu’elle préférerait « voir Eugénie Le Sommer à sa place ». Cela ne semble pas au programme de Corinne Diacre pour le moment.

« A priori, la sélectionneuse va la maintenir à son poste et rester sur ses idées », parie Patrice Lair. Lui aurait pourtant aimé voir Corinne Diacre oser le changement : « On pourrait imaginer un passage en 4-3-3 avec Bussaglia en sentinelle et un duo Amandine Henry-Grâce Geyoro un peu plus haut. Je connais bien ces deux joueuses pour les avoir entraînées et je sais qu’elles sont capable de changer de rythme au milieu du terrain et de casser les lignes avec des passes dans les intervalles. » Si Diacre décide de lui accorder encore toute sa confiance et de reconduire sa meneuse dimanche soir, en huitième de finale au Havre, un nouveau match sans pourrait bien l’amener à revoir sa position. A Thiney de lui prouver que ça ne sera pas nécessaire.