Soupçons de match truqué: «Des accusations mensongères et fantaisistes», on a parlé aux avocats de l’Etoile Rouge de Belgrade

INFO 20 MINUTES L'avocat de l'Etoile Rouge de Belgrade explique à 20 Minutes les dessous de l'accusation de match truqué à l'encontre du club serbe...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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PSG-Belgrade, au cœur des soupçons de la justice.
PSG-Belgrade, au cœur des soupçons de la justice. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Le club serbe de l'Etoile Rouge de Belgrade est empêtré dans une affaire de soupçons de match truqué après qu'un informateur - dont on ignore encore l'identité - a contacté l'UEFA pour lui révéler qu'un dirigeant serbe aurait parié cinq millions d'euros sur une défaite de son équipe contre le PSG par cinq buts d'écarts.

Mis au courant de cette affaire par l'instance européenne, la justice française par le biais du parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête. De leur côté, les dirigeants de l'Etoile Rouge ont engagé le cabinet d'avocat Dupont-Moretti & Vey afin de défendre leurs intérêts. L'un d'eux, Me Antoine Vey, a accepté de nous parler de cette affaire en cours. 

Où en est l’affaire aujourd’hui ? 

Notre client, l’Etoile Rouge de Belgrade, considère qu’il a été victime d’une dénonciation calomnieuse. Il considère ces accusations comme mensongères, étayées par aucun élément matériel et totalement fantaisistes. Elles ne sont absolument pas de nature à créer un doute au sein du club et elles causent au club un préjudice très important, notamment en termes d’image. Pour nous, il s’agit d’aller au bout d’une procédure qui n’est pas seulement une contre-attaque mais qui vise aussi à identifier l’auteur de ces dénonciations, à clarifier la position du club vis-à-vis du public. Elle vise ensuite à obtenir la réparation du préjudice. La première des actions engagées sera une plainte en dénonciation calomnieuse dans les tous prochains jours.

Ce sera donc une plainte contre X ? 

Oui, ce sera une plainte contre X à double titre puisqu’on ne connaît pas l’identité de ce supposé dénonciateur, et on ne sait pas dans quelles conditions sa dénonciation a été relayée. Ce qui est très bizarre, c’est que ce n’est pas un dénonciateur qui se serait directement adressé au parquet mais que tout cela transite par les instances de l’UEFA. Quand nous auront accès à la procédure, à de nouveaux éléments, nous verront si cela a été fait dans des formes acceptables et raisonnables ou s’il y avait vraiment, de la part de certaines personnes, une intention de nuire.

Vous pensez aujourd’hui que la ou les personnes à l’origine de cette affaire auraient pu agir dans le but de nuire aux dirigeants de l’Etoile Rouge ?

Oui, parce que nous savons, au niveau du club, que cette fraude est strictement impossible à mettre en place. D’ailleurs, il y a des instituts chargés d’analyser les paris sportifs faits à l’échelle de l’Europe et du monde et qui, apparemment, ont pour l’instant contredit l’allégation. Les mobiles qui ont pu conduire à vouloir diffuser ce type d’information sont de plusieurs ordres. Ce n’est pas à nous de faire l’enquête, mais il y a soit le mobile de vouloir nuire à la fois le PSG et l’Etoile Rouge de Belgrade, soit des mobiles plus politiques qui consisteraient à fragiliser le président de l’UEFA ou certains membres de l’UEFA. Je ne veux pas relayer des rumeurs sur lesquelles nous ne disposons pas d’éléments matériels, c’est pour cela qu’on dépose une plainte : pour identifier la personne qui a cru devoir dénoncer ces faits et, ensuite, pouvoir faire en sorte qu’elle soit interrogée et comprendre les motivations qui ont pu la conduire à agir de la sorte. 

Pour que l’UEFA alerte la justice française via le PNF (parquet national financier), n’est-on pas en droit de penser que les soupçons étaient réels et fondés ?

Il y a, au sein de l’UEFA, une procédure qui consiste à inviter toute personne qui allègue une fraude à contacter ses services. Et les statuts de l’instance européenne l’obligent à mener une enquête. Quant au parquet, il ne lui appartient pas de clôturer une enquête avant même d’avoir procédé à un minimum d'investigations. Il n’y a donc rien dans les actes conduits jusqu’ici qui indiquerait dans cette dénonciation ait ou non un caractère sérieux. 

Donc le club de l’Etoile Rouge ne craint pas, à l’heure actuelle, de se faire sanctionner ?

Non, ils craignent d’autant moins une sanction qu’ils sont dans l’attitude totalement inverse. Ils ont mené une enquête interne pour vérifier que personne dans leur club n’a pu agir ainsi, mais vraiment pour la forme parce que parier cinq millions d’euros c’est matériellement impossible sans que ça se voit ou sans que ça ne génère des doutes. Donc on ne comprend même pas comment le dénonciateur aurait finalement dénoncé une fraude qui, à notre échelle, paraît totalement impossible à mettre en place.

Même sur la scène des paris clandestins ? 

Un pari clandestin dont on connaîtrait le montant exact, cela paraît peu plausible encore une fois. Tout est possible, mais les instances du club ont analysé les choses, elles connaissent les gens au sein de leur club et elles assurent qu’il est impossible que cette histoire soit vraie. Nous voulons simplement que la lumière soit faite sur ces accusations, et je crois que le PSG est dans la même position. L’Etoile Rouge souhaite que l’on puisse avoir rapidement accès à l’enquête et y contribuer, afin de dissiper définitivement les doutes et comprendre qui est derrière ces informations malveillantes. 

Les dirigeants de l’Etoile Rouge sont aussi à la recherche de ce fameux informateur mystère ? 

Oui parce qu’ils comprennent bien que c’est un coup politique, destiné à nuire à leur image et leur réputation. C'est le sens de leur plainte pour dénonciation calomnieuse, ils s'en remettent aux justices françaises et serbes pour qu’elles les assistent dans ce travail.

On a aussi lu que les dirigeants serbes envisageaient de déposer une autre plainte, contre le journal L’Equipe, qui a divulgué l’affaire en France. Est-ce toujours d'actualité ?

Oui, c’est un arbitrage que nous sommes en train d’étudier. C’est technique et purement juridique : de quelle façon envisage-t-on ou non de mettre en cause le journal, sur le terrain du droit de la presse ou dans le cadre d’une accusation qui consiste à soutenir qu’ils ont relayé de fausses accusations. Nous allons en discuter avec l’Etoile Rouge dans les prochains jours.